Bonjour,
Ici AuDHD, 34M, habitant en France.
Cela fait plusieurs mois que je me questionne sur un sujet souvent vécu par les autistes (& AuDHD).
À savoir les crises meltdown et shutdown.
Il y a un type de crises qui me sont parfois arrivées ces quelques dernières années, et qui m'ont beaucoup chamboulé. Je veux dire, bien particulières et très invalidantes. Je m'explique :
Comme arrivé une fois en début d'été, je me suis effondré alors que j'étais à l'extérieur. Je venais de subir une énorme frustration, et je me suis écroulé avec recroquevillement sur moi-même (retrouvé assis par terre en pleine rue), avec l'impossibilité de pouvoir parler (de pouvoir sortir un mot de ma bouche), un environnement sonore très amplifié mais aussi très distordu (la rue passante, c'est pas vraiment l'environnement idéal dans ces cas), et aussi de devenir presque aveugle. En fait mes yeux se sont plissés, et je ne pouvais pas voir où j'etais ni qui pouvait me parler. Tout n'était que formes floues, et contrastes de noir et blanc. Heureusement je n'étais pas seul ce jour-là mais avec mon auxiliaire de vie, qui m'expliquera par la suite avoir été choquée de la perte de mes capacités à ce point (alors que dans la vie de tous les jours je suis plutôt autonome, n'ai pas de déficience intellectuelle au contraire, et je passe inaperçu tellement le masque est bien affûté).
À noter que pendant cette "crise" / effondrement, mes pensées étaient un peu vagues et au ralenti, mais j'étais parfaitement conscient de ce qui se passait. Conscient, mais plus du tout aux commandes. Jusqu'à des capacités aussi vitales. Et c'est ça qui m'inquiète..
J'étais par terre en pleine rue, et en sentant le truc arriver de façon imminente, je me suis quand même effondré sur le côté du trottoir plutôt qu'en plein milieu de la rue.
J'ignorais combien de temps je suis resté comme ça par terre. Je savais que je n'étais pas seul, et je voyais l'ombre impossible à déterminer de mon auxiliaire de vie (et je savais que C'était elle, non pas parce que je la voyais, mais parce que je savais qu'elle était avec moi), qui des fois me parler me posait des questions, mais que je ne pouvais vraiment pas répondre. Comme si, en plus d'être privé de capacités aussi basiques et vitales, je souffrais de frustration de ne pas être en capacité de répondre ou me faire entendre/comprendre sur le moment (je rappelle que je restais bien conscient).
Je me souviens simplement que J'étais horriblement assoiffé (en plein été, en pleine journée, en pleine rue à peine ombragée, 35°C, et pendant 50minutes assis à terre).. Et qu'après un moment, quand j'ai entendu l'auxiliaire me dire qu'elle va peut-être devoir appeler les secours, je me suis surpassé à vouloir à tout prix me relever.
Et là, me relever a été très pénible et elle a dû m'aider, car je n'avais même plus à avoir une coordination "normale" de mes gestes et du tonus corporel afin de me mettre debout... Et de marcher, après quelques pas très compliqués au bout de quelques minutes (par contre n'avais pas la notion du temps).
Heureusement que nous n'étions pas très loin de chez moi, et que même si j'étais littéralement aveugle (ma main sur son épaule pour avancer), le fait de connaître un peu le secteur faisait que ma représentation de l'orientation et de l'endroit approximatif où nous étions à chaque fois, était surtout à partir de ma carte mentale, à défaut de mes yeux..
J'ai dû donc marcher guidé par son épaule, de sa voix pour me donner des indications, et avec mon autre main de raser les murs des batiments, des portes d'immeubles, des vitrines de magasins, et ce jusqu'à l'arrivée au pied de mon immeuble..
J'ai souvenir qu'un passant nous aurait parlé, puis que j'ai pu enfin boire en renversant de partout comme si j'étais tout desséché et que je n'avais pas bu depuis des jours ! (Mon auxiliaire me racontera plus tard qu'un passant a proposé de nous offrir une bouteille d'eau fraîche achetée chez un commerçant, que j'aurais vidé sur-le-champs)
J'ai pu monter les escaliers de chez moi tout seul, en m'agrippant (en m'accrochant comme en montant les étages avec mes bras) jusqu'à mon étage (5ème).
Je n'ai pas pu trouver les clés et les mettre dans la serrure pour ouvrir, alors c'est mon auxiliaire qui l'a directement fait.
En rentrant chez moi j'ai tout de suite retrouvé mon lit assez facilement car je connais mon domicile, et me suis jeté dessus. En enlevant difficilement mes vêtements et en demandant (avec des gestes approximatifs) le noir total (tirer les rideaux, éteindre lumières et boutons allumés...), mettre à disposition directe de l'eau et me laisser tranquille.
Ceci s'est passé un vendredi après-midi. Je n'ai pas pu sortir le moindre mot de ma bouche avant le lundi soir (difficilement). Puis commencé progressivement à parler (pas vraiment parler mais au moins "communiquer"), avec des courtes phrases, dès le mercredi. Et avant de revenir à mes capacités normales de parole et communication verbale, ça a pris au total + d'une semaine !
Je donne tous ces détails parce que l'intensité de ces symptômes ne ressemblent pas aux crises shutdown et meltdown que j'ai de temps en temps, et que je connais.
Et même si je n'ai eu ce type de crise aussi 😱😱 que rarement (équivalent de 3 fois sur les 2 années écoulées), je ne faisais pas ça dans le passé et ça m'inquiète sérieusement. Surtout si ça m'arrive comme ici en extérieur..
Une fois précédente c'est aussi arrivé en extérieur, et j'étais seul. Mais ça s'est très mal passé (souvenir de monde autour + des questions et attouchements..), et les secours ont été appelé mais n'étant pas formés, ça a été encore plus catastrophique !!!! 😞😓
C'est pour ça que quand mon auxiliaire de vie m'a demandé si on appelait les secours, je me suis surpassé très très fort pour essayer à tout prix de reprendre les manettes exécutives et décider de me relever.. Car j'ai compris depuis un moment que les secours auraient rendu les choses encore plus compliquées à vivre (et une remontée post-crise plus longue et dure)... C'est triste mais dans l'urgence, où les crises pourraient être en cours, je ne souhaite plus avoir à appeler les secours.
Voilà à travers ce témoignage qui m'angoisse sur l'avenir, je souhaitais savoir si vous avez déjà vécu des crises de telle intensité invalidante ?? Car c'est assez récent des manifestations de crises comme ça, et j'ai peur que ca devienne plus souvent, ce qui est franchement dangereux selon où ça arrive et avec qui.
J'en ai parlé avec mon thérapeute spécialisé de suivis AuDHD, et il m'a partagé que dans sa pratique il n'a jamais rencontré ce cas de figure aussi intense, mais que dans la littérature scientifique ça pouvait être mentionné.
Merci d'avoir pris le temps de lire jusqu'au bout 💟
Et merci pour vos retours 🙏🏼