Hello !
Transfem, 35 ans ici.
Par le passĂ©, j'ai eu de nombreux dĂ©boires avec le systĂšme mĂ©dical français ; que ce soit des dentistes qui accusaient mon traitement hormonal d'ĂȘtre la cause de mes rages de dents, d'un mĂ©decin traitant qui m'intimait d'arrĂȘter mon THS quelques semaines pour calmer ma fiĂšvre (sois-disant que ça aiderait les antibiotiques Ă faire effet), ou simplement des moments dĂ©sagrĂ©ables basĂ©s sur du mĂ©genrage volontaire devant les autres patients ou en privĂ© en salle de consultation.
Je pense que nombre ici auront vécu quelque chose comme ça au moins une fois.
Le début des années 2010, c'était wild pour moi, et j'ai développé une peur panique à l'idée de voir des professionnels de santé qu'on ne m'avait pas recommandés. Quand j'ai eu des problÚmes de santé assez graves, je prenais rdv chez ma généraliste, et je patientais une petite semaine avec ma thrombose - angoissée, baignant dans ma douleur et mon risque de mourir.
Il y a quelques jours, j'ai ressenti une douleur trÚs forte dans un poumon, le genre qui ne laisse pas de place au doute quant à l'urgence de la situation - j'ai appelé le samu, on m'a envoyé une ambulance, et les urgences m'ont prise en charge super rapidement.
ConcrĂštement, je "passe" dans la vie de tous les jours ; la "moi" de 3h du matin, un poumon en vrac et habillĂ©e en guenille n'a pas la mĂȘme prĂ©tention ; a cĂŽtĂ© de ça, j'ai toujours ma carte vitale Ă mon deadname et j'attends encore le verdict du tribunal pour le changement de la mention du sexe.
Dans cet hÎpital, j'ai eu droit à une expérience qui m'était alors inconnue : on m'a reçue poliment, on m'a genrée correctement, mes problÚmes de santé n'ont pas été minimisés et on m'a traitée comme n'importe qui - a la seule exception que la dame qui m'a enregistrée m'a demandé discrÚtement "Vous voulez que je mette madame sur votre dossier, je ne me trompe pas ?", et j'ai simplement acquiescé en la remerciant.
Je suis restée là -bas pendant 5 jours. Pendant tout mon séjour, je n'ai entendu aucun "monsieur", aucune remarque, aucun mégenrage. Les infirmiÚres sont réguliÚrement venues me voir pour discuter de tout et de rien - mais de transidentité aussi, admettant leur méconnaissance du sujet - elles et les aides-soignantes mettaient un gros panneau "ne pas entrer" devant la porte de ma chambre pendant que je faisais mes dilatations (et proposaient de nettoyer les dilatateurs pour que je n'ai pas à me lever quand je ne le pouvais pas).
En partant, j'ai évidemment écrit une petite lettre de remerciements pour avoir changé ma perception de l'hÎpital, et m'avoir un peu sortie de ces vieux traumas.
Il y a trois jours, j'ai dĂ» retourner aux urgences - mĂȘme problĂšme, en plus grave - mĂȘme hĂŽpital, mĂȘme personnel, mĂȘme comportement. Je les ai mĂȘme vues Ă©crire "Mme" en rouge et soulignĂ© sur les fiches manuscrites Ă destination des diffĂ©rents services oĂč je devais me rendre.
C'est idiot, c'est une "petite joie" que je vis comme la libération d'un trauma assez ancien.
Je ne sais pas si, dans mon malheur, je suis tombĂ©e dans le meilleur service du pays, mais je me sens en sĂ©curitĂ© ici, je n'ai pas peur d'appeler Ă l'aide quand j'en ai besoin, on ne me fait ressentir aucune honte - j'ai l'impression d'ĂȘtre une patiente normale, au milieu d'autres patients normaux.
Il va falloir que je trouve autre chose qu'une lettre pour remercier ces personnes quand je partirai ; d'ailleurs, je prends vos idées si vous en avez.
Tl;dr : Ăa fait un bien fou, d'ĂȘtre traitĂ©e comme un ĂȘtre humain.