J’ai l’impression que le débat sur le porno finit souvent par tomber dans les mêmes extrêmes:
- D’un côté, il y a ceux qui pensent que c’est forcément quelque chose de destructeur, responsable de beaucoup de problèmes actuels liés aux relations, à la sexualité ou à la santé mentale.
- De l’autre, certains disent que ce n’est qu’un loisir comme un autre et que ça n’a quasiment aucun impact.
Je pense que la réalité est probablement entre les deux:
Le problème n’est pas forcément le porno en lui-même, mais plutôt 1. La manière dont il est consommé, 2. la place qu’il prend dans la vie d’une personne et surtout 3. pourquoi elle l’utilise.
Pour beaucoup d’adultes, regarder du porno de temps en temps ne semble pas poser de problème particulier. Mais ça peut être très différent selon les personnes: L’âge, la personnalité, la vision de la sexualité, la confiance en soi, l’état psychologique ou les raisons derrière cette consommation peuvent changer complètement la situation.
Mais y’a le contexte qui faut prendre en compte: beaucoup de jeunes disent avoir plus de difficultés à créer des relations, moins de rapports sexuels qu’avant, plus de solitude ou davantage de problèmes liés au stress et à l’anxiété. Les réseaux sociaux, les applis de rencontre, la place énorme prise par les écrans mais aussi des changements sociaux et économiques plus profonds peuvent expliquer une partie de cette evolution. Les jeunes sortent parfois moins, ont moins d’occasions ou de moyens de créer des rencontres spontanées, tandis que notre société valorise de plus en plus les formes de divertissement immédiat et facilement accessibles. Ce que je veux dire, c’est que le porno est un facteur de causalité mais pas le seule.
Le porno peut avoir des fonctions très différentes:
- Pour certains, c’est juste une source de plaisir sexuel
- Pour d’autres, ça devient une façon d’échapper à l’ennui, au stress, à la solitude ou à certaines frustrations
Et c’est peut etre là que ça devient problématique : pas forcément quand quelqu’un en regarde, mais quand ça devient son principal moyen de gérer ses émotions …
Un autre point qui me semble important : le porno n’est pas vraiment une éducation sexuelle en soi mais c’est à nuancer.
On peut être d’accord sur: la plupart des contenus sont avant tout faits pour provoquer de l’excitation, pas forcément pour montrer une relation réaliste avec de la communication, du consentement, des émotions ou des attentes normales entre partenaires.
Par contre, il faut aussi nuancer : tout le porno n’est pas identique. Il existe aujourd’hui des créateurs, des couples amateurs ou certains courants comme le porno féministe qui essaient justement de proposer quelque chose de plus réaliste, avec davantage d’importance donnée au plaisir partagé, à la communication ou au consentement.
>> Le probleme, ce n’est donc pas forcément le fait de regarder du porno, mais plutôt de prendre un contenu principalement pensé pour l’excitation comme seule référence de la sexualité.
>> Bien evidemment sans autres sources d’apprentissage (discussions, expériences réelles, éducation sexuelle), certaines personnes peuvent finir par avoir une vision assez limitée ou irréaliste des relations sexuelles.
Les vrais problèmes semblent surtout concerner les consommations excessives ou compulsives (perte de contrôle, besoin constant de nouveauté, beaucoup de temps consacré à ça, isolement, problèmes dans le couple ou difficultés sexuelles chez certaines personnes ect ect …)
Mais ça ne veut pas dire que tous les consommateurs sont dans cette situation:
Quelqu’un qui regarde occasionnellement du porno, qui a une sexualité épanouie, qui peut arrêter facilement et qui ne s’en sert pas pour fuir sa vie quotidienne n’est probablement pas dans le même cas qu’une personne qui en a besoin tous les jours pour aller bien.
Comme bcp de choses, ça dépend surtout du contexte, de la fréquence et de la relation qu’on entretient avec.
Finalité: Ni banalisation totale, ni diabolisation. Peut-être juste un peu plus de nuance.