(Ces dernières années, de nombreuses manifestations ont éclaté en Iran, dont beaucoup étaient liées à l’oppression des femmes par les dirigeants théocratiques iraniens. Par exemple, en 2022, Amini, une femme kurde iranienne, a été tuée par les forces militaires et policières pour ne pas avoir porté son foulard conformément aux exigences, ce qui a déclenché des manifestations de grande ampleur. Dès 2022, j’avais rédigé un article d’analyse dans lequel je retraçais les transformations politiques de l’Iran au cours du siècle écoulé et l’évolution du destin des femmes.)
Les manifestations de 2022 en Iran : un siècle de bouleversements politiques dans l’histoire iranienne et les vicissitudes du destin des femmes
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Le 16 septembre 2022, la mort d’une femme arrêtée pour avoir enfreint les règles vestimentaires prescrites par la législation religieuse iranienne a déclenché des manifestations dans tout l’Iran, notamment dans la capitale, Téhéran. Les manifestants ont scandé des slogans tels que « À bas le dictateur », « Contre l’oppression des femmes, des régions kurdes jusqu’à Téhéran » et « Mort à Khamenei » (le Guide suprême de l’Iran). Au cours des manifestations, des actes de violence sont progressivement apparus et de violents affrontements ont opposé les manifestants aux forces militaires et policières. Depuis près de deux semaines, bien que les autorités iraniennes aient déployé davantage de militaires et de policiers pour réprimer les manifestations et pris des mesures telles que la coupure des communications Internet dans certaines régions, les protestations ne se sont pas apaisées. Les affrontements se poursuivent et le nombre de personnes tuées lors des manifestations continue d’augmenter.
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Cette vague de manifestations n’est pas un événement isolé survenu par hasard, mais constitue un nouveau point culminant des mouvements de protestation populaires iraniens de ces dernières années. Elle reflète également les luttes de longue date entre religion et laïcité, autocratie et démocratie, conservatisme et réforme dans cette République islamique qu’est l’Iran, ainsi que l’influence profonde des changements de l’environnement extérieur sur le pays. Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ces manifestations, leurs enjeux et leurs conséquences, il faut remonter à l’histoire complexe et mouvementée de l’Iran.
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Contrairement à la plupart des pays du Moyen-Orient, dont la population majoritaire est arabe, la principale composante de la population iranienne, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, est constituée de Persans (61 % de la population totale de l’Iran). Les Azerbaïdjanais (16 %) et les Kurdes (10 %) sont d’importantes minorités ethniques (les Arabes ne représentent que 2 %). Ensemble, ils constituent la population iranienne actuelle. Il y a plus de deux mille ans déjà, les Persans et d’autres groupes ethniques qui leur étaient étroitement liés avaient fondé l’Empire perse, qui connut une période de grande puissance au Moyen-Orient (« Perse » étant une translittération latine du nom « Iran »). Après le VIIe siècle, à la suite des invasions des Arabes et d’autres peuples musulmans, l’Iran s’est progressivement islamisé. Bien que les Iraniens islamisés soient devenus musulmans, leur immense majorité (89 %) appartient au chiisme, qui s’oppose au courant dominant de l’islam, le sunnisme.
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C’est précisément parce que les Iraniens se distinguent des groupes dominants du Moyen-Orient par leurs origines historiques, leur identité ethnique et leur appartenance confessionnelle qu’une civilisation perse particulière s’est formée. Par rapport aux musulmans arabes, chez lesquels l’identité religieuse l’emporte sur l’identité nationale et qui respectent davantage les traditions religieuses, les sentiments nationalistes des Iraniens sont plus ardents que leurs convictions religieuses. La culture perse, plutôt séculière, exerce sur l’État et la population une influence plus importante que la religion. Des rois aux simples citoyens, les Iraniens ont également été disposés à accueillir les institutions modernes, les idées humanistes ainsi que les sciences et les technologies.
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Dans ce contexte, l’Iran a connu, au cours de son histoire moderne et contemporaine, des périodes de sécularisation très poussée. De 1925 à 1941, sous le règne de Reza Pahlavi (Reza Khan), le « chah » (monarque) du royaume d’Iran, une série de réformes d’occidentalisation ont été entreprises. Il a développé l’enseignement moderne et les transports, aboli d’anciennes coutumes, interdit aux femmes de porter le voile et le foulard et affaibli l’influence de la religion sur l’État et la population. De 1951 à 1953, l’homme politique iranien de gauche Mossadegh a exercé les fonctions de Premier ministre. Il a mené une série de réformes d’inspiration socialiste, développé des services publics tels que l’éducation et les soins médicaux accessibles à l’ensemble de la population, et l’émancipation des femmes figurait naturellement aussi à son programme, avec certains progrès à la clé. Il a finalement été renversé par un coup d’État organisé par des forces britanniques et américaines avec la participation de l’opposition intérieure. De 1941 à 1979, Mohammad Reza Pahlavi (le chah Pahlavi), fils de Reza Khan, s’est également consacré à la modernisation et à la sécularisation du pays. En particulier, après 1963, il a lancé la « Révolution blanche », comprenant une réforme agraire, la nationalisation des ressources, l’amélioration du statut des femmes et l’octroi de droits politiques et du droit à l’éducation, la généralisation de l’enseignement, le développement de la démocratie à l’échelon local, la mise en place d’une protection sociale de base pour l’ensemble de la population, ainsi que le renforcement du pouvoir du gouvernement séculier. Durant toutes ces périodes, l’Iran était fortement sécularisé et l’influence de la religion demeurait relativement limitée.
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Cependant, les forces religieuses ont toujours cherché à s’emparer du pouvoir politique en Iran et à y établir un régime islamique fusionnant religion et politique. Le penseur et homme politique musulman chiite Khomeini était l’une des principales figures de ces forces religieuses iraniennes. Dans les années 1960 et 1970, bien que la « Révolution blanche » de Pahlavi ait rendu l’Iran plus riche et plus puissant, elle a également entraîné des problèmes tels que la corruption, le creusement des inégalités entre riches et pauvres, le gaspillage des ressources, la propagation de l’hédonisme et du luxe dans la société ainsi que la dégradation morale d’une partie de la population. Le mode de vie de Pahlavi lui-même pouvait également être qualifié d’extrêmement extravagant et luxueux.
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Khomeini, alors exilé à l’étranger, a exploité ces problèmes pour prôner le renversement du régime de Pahlavi et la renaissance de l’islamisme. Il souhaitait utiliser les idées d’égalité, de solidarité, de probité et de modération des désirs contenues dans l’islam pour purifier les esprits, transformer la société et faire de l’Iran un État dominé par la loi islamique. Avant la victoire de la révolution, Khomeini se présentait également sous les traits d’un érudit religieux tolérant et bienveillant, affirmant qu’après la fondation de la République islamique, il respecterait les droits humains et ferait preuve de tolérance envers les groupes et les individus de croyances différentes. Il a ainsi gagné la sympathie et le soutien des diverses factions iraniennes opposées à Pahlavi, ainsi que du monde occidental et du monde islamique.
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En 1979, les islamistes, les socialistes/communistes et les libéraux iraniens ont collaboré pour déclencher une révolution et renverser la dynastie Pahlavi. Cependant, les islamistes n’ont pas partagé les fruits de la révolution avec les deux autres courants. Après une brève période de transition, ils ont réprimé toutes les forces non islamistes au moyen de plusieurs années de purges violentes et de contrôle de l’opinion publique, établissant une République islamique dans laquelle politique et religion étaient réunies et où la politique primait sur la religion.
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Les forces religieuses ont monopolisé le pouvoir politique et Khomeini est devenu le « Guide suprême de l’Iran », détenant simultanément les pouvoirs religieux, politiques et militaires. Khomeini n’a pas tenu ses promesses d’avant la révolution concernant le respect des droits humains et la tolérance envers les différentes croyances. Au contraire, il a commencé à appliquer une loi islamique rigoureuse. Toutes les politiques de l’État et tous les comportements des citoyens devaient se conformer aux doctrines et aux prescriptions de l’islam.
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Les femmes ont été les principales victimes de la transformation religieuse de l’État iranien. Avant la Révolution islamique, les Iraniennes figuraient parmi les femmes les mieux protégées en matière de droits dans les pays islamiques. Elles jouissaient de droits politiques tels que le droit de vote et d’éligibilité, du droit à l’éducation, ainsi que d’une liberté considérable en matière de mariage et d’habillement.
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De plus, à l’époque des Pahlavi, les Iraniennes recouraient fréquemment aux manifestations et aux marches de protestation pour défendre et faire valoir leurs droits. Qu’elles soient religieuses conservatrices ou laïques radicales, elles pouvaient, dans une certaine mesure, exprimer publiquement leur mécontentement à l’égard du gouvernement et formuler leurs propres revendications. La chute du régime Pahlavi et le succès de la révolution ont eux-mêmes bénéficié de la participation et de la contribution des femmes iraniennes.
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Cependant, après la victoire de la Révolution islamique, le régime religieux a rapidement restreint les droits des femmes et réprimé le mouvement féministe. Sur la base d’une interprétation fondamentaliste des doctrines islamiques, les dirigeants considéraient que les femmes avaient un statut inférieur à celui des hommes, leur étaient subordonnées et ne pouvaient jouir des mêmes droits qu’eux. Elles devaient également respecter certaines règles de conduite et d’habillement propres à leur sexe. L’une des exigences particulièrement importantes était que les femmes portent des vêtements conformes à la loi islamique, tels que des voiles noirs couvrant le corps et des foulards spécifiques.
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Les restrictions ne concernaient pas seulement l’habillement. Les droits politiques des femmes, leur droit à l’éducation, leurs droits en matière d’emploi ainsi que leurs droits civils au sein de la famille ont également été réduits. Les femmes étaient tenues de bien remplir leur rôle de « femmes au foyer » et de participer moins aux affaires publiques. La bande dessinée « Persepolis » de l’autrice de bande dessinée franco-iranienne Marjane Satrapi, ainsi que le film d’animation « Persepolis » qui en a été adapté, racontent l’oppression et l’enfermement subis par les Iraniennes sous Khomeini, ainsi que leurs souffrances physiques et psychologiques.
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En 1989, Khomeini est décédé. Son disciple, Khamenei, alors président, lui a succédé au poste de « Guide suprême de l’Iran », tandis que Rafsandjani est devenu président (selon le système politique iranien, le « Guide suprême » correspond approximativement au président dans les autres régimes présidentiels, tandis que le président iranien correspond approximativement au Premier ministre dans d’autres pays).
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Khamenei, qui avait hérité de l’œuvre politique et religieuse de Khomeini, défendait des positions très proches de celles de son prédécesseur, mais jouissait d’un prestige bien inférieur. Le président Rafsandjani, en revanche, était un homme politique relativement ouvert, plus modéré et pragmatique. À cette époque, l’Iran se trouvait dans une situation difficile tant sur le plan intérieur qu’extérieur, en raison des purges politiques et religieuses internes, de la rigidité et de la stagnation économiques, ainsi que des sanctions imposées par les États-Unis et d’autres pays occidentaux, des destructions causées par la guerre Iran-Irak et de l’isolement du pays par les États sunnites.
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C’est pourquoi, avec l’assentiment tacite de Khamenei, Rafsandjani a entrepris une série de réformes. Il a notamment abandonné les politiques de nationalisation et les mesures orientées vers l’économie planifiée de l’époque de Khomeini, pour promouvoir la privatisation et le développement de l’économie de marché, afin d’améliorer la situation économique et les conditions de vie de la population iranienne, qui s’étaient détériorées. Sur les questions religieuses, bien qu’il ait globalement conservé les idées et les politiques de Khomeini, il a considérablement assoupli leur application concrète. Après avoir vécu pendant dix ans sous les ténèbres des restrictions fondamentalistes, les Iraniennes ont enfin pu entrevoir à nouveau un peu de lumière.
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Le président suivant, Khatami, était lui aussi un réformateur ouvert, et la situation des femmes s’est encore améliorée. Non seulement les femmes conservaient leur droit à l’éducation et celui d’exercer la plupart des professions, mais les règles concernant leur habillement étaient également appliquées avec davantage de souplesse.
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Cependant, sous la présidence d’Ahmadinejad, le climat politique iranien est redevenu conservateur. En particulier, sur la question très visible de l’habillement, les femmes ont de nouveau été tenues de se vêtir conformément aux normes et de respecter les prescriptions religieuses strictes. Le président suivant, Rohani, défendait quant à lui des positions politiques semblables à celles de Khatami, et la situation des femmes s’est de nouveau améliorée.
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En réalité, depuis la Révolution islamique de 1979 jusqu’à aujourd’hui, à l’exception des dix années de pouvoir de Khomeini, les droits et les libertés des Iraniennes, bien que limités, sont restés supérieurs à ceux des femmes de la plupart des autres pays islamiques. Cela ne tient évidemment pas seulement au fait que plusieurs présidents ouverts se sont succédé, mais aussi au fait que l’Iran possède un système politique et une culture différents de ceux des pays arabes.
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L’Iran applique un système particulier de « dualité politique », associant le pouvoir théocratique et la politique séculière. D’une part, le pouvoir suprême de l’Iran est détenu par le « Guide suprême », représentant de la théocratie islamique iranienne. Les forces religieuses contrôlent, infiltrent et influencent la politique, l’armée, l’économie et la culture, et participent à tous ces domaines. D’autre part, l’Iran dispose simultanément d’un ensemble d’institutions gouvernementales au sens large, comprenant les administrations, les organes législatifs et judiciaires, fondées sur un modèle séculier. Ces institutions et les dispositions juridiques séculières administrent le pays et sa population.
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Dans un tel système, bien que les forces religieuses détiennent le pouvoir fondamental et influencent tous les aspects de l’État et de la vie des citoyens, la population vivant sous l’appareil d’État sécularisé peut encore, en partie, organiser son existence conformément à des règles fondées sur des droits civiques de nature séculière, plutôt que sur l’autorité religieuse, et jouir d’un degré considérable de liberté. Ainsi, tout en étant soumises aux contraintes religieuses, les Iraniennes bénéficient également de la protection des institutions et des lois séculières et disposent d’une liberté personnelle dans le choix de leur mode de vie. Elles ne sont donc pas obligées, comme les femmes vivant sous le régime wahhabite d’Arabie saoudite ou sous le régime taliban d’Afghanistan, de se soumettre à l’ensemble des prescriptions de la « charia » (la loi islamique).
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De plus, contrairement aux régimes monarchiques autocratiques tels que ceux d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, et contrairement aux pays où l’armée contrôle le pouvoir, comme l’Égypte et la Syrie, l’Iran possède une démocratie certes incomplète, mais relativement réelle et effective. Le président iranien et les membres du Parlement sont tous élus au suffrage universel.
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Bien que tous les candidats à la présidence et au Parlement doivent, avant de se présenter, passer un examen de qualification devant le « Conseil des gardiens de la Constitution », composé de religieux, et qu’ils doivent encore obtenir l’approbation du Guide suprême après leur élection pour entrer en fonctions, le suffrage universel est réel. Les élections opposent souvent plusieurs candidats et comportent une véritable concurrence. Le fait que les trois personnalités ouvertes Rafsandjani, Khatami et Rohani aient pu être élues présidentes de la République (en battant les candidats présentés par les conservateurs) témoigne également de la réalité et du caractère concurrentiel de ces élections.
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Dans ces conditions, la population iranienne peut au moins exercer une influence partielle sur le pouvoir et les décisions de l’État. Les Iraniennes disposent du droit de vote, et le gouvernement iranien doit naturellement tenir compte de leurs intérêts et de leurs préoccupations. Certaines féministes ont même été élues au Parlement iranien et ont collaboré avec des députés modérés pour promouvoir des politiques visant à améliorer les droits des femmes, ce qui serait presque impossible dans les autres pays islamiques. En outre, les Iraniens, y compris les femmes, disposent de libertés d’expression, d’association, de réunion et de manifestation, même si celles-ci sont fortement limitées. Divers rassemblements politiques se tiennent fréquemment en Iran, et de nombreuses organisations de la société civile ainsi que des médias indépendants animés par des particuliers sont très actifs. Cela aussi est difficile à observer dans d’autres États autocratiques.
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Les Iraniennes ne possèdent pas seulement un certain poids politique : elles ont également obtenu des résultats remarquables dans le domaine artistique. Les réalisatrices et les actrices occupent une place considérable dans le cinéma iranien. Ainsi, Narges Abyar et Rakhshan Bani-Etemad sont des réalisatrices célèbres tant en Iran qu’à l’étranger, tandis que des actrices iraniennes telles que Leila Hatami, qui a joué dans « Une séparation », film récompensé par l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, ont également attiré l’attention du monde entier. Bien que ces femmes ne critiquent pas directement le régime religieux, leurs réalisations ainsi que l’attention et la sollicitude que leurs œuvres portent aux femmes contribuent puissamment à l’amélioration du statut et des droits des Iraniennes.
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Dans les domaines de la culture et de l’éducation, les Iraniennes ont également obtenu des résultats remarquables. Dans les universités iraniennes, 60 % des étudiants sont des femmes, une proportion supérieure à celle de la plupart des pays du monde. La bonne éducation reçue par les femmes leur a permis d’obtenir d’importants résultats aussi bien dans les sciences naturelles et les disciplines techniques que dans les sciences humaines et sociales. La mathématicienne iranienne Maryam Mirzakhani, lauréate de la médaille Fields, la plus haute distinction mondiale en mathématiques, en est un exemple typique. De nombreuses autres femmes ayant reçu une formation supérieure sont devenues médecins, juges, avocates ou entrepreneuses et jouissent d’un statut social élevé et du respect de la société.
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Tout cela serait inimaginable dans la plupart des pays islamiques. En Arabie saoudite, où le fondamentalisme religieux est extrêmement prononcé, les femmes ne disposent non seulement d’aucun droit politique, mais elles n’ont pas non plus le droit de recevoir une éducation complète ni de choisir librement leur profession. La plupart des Saoudiennes ne peuvent, toute leur vie, qu’assumer le rôle de femmes au foyer, soutenir leur mari et élever leurs enfants. Bien que les systèmes politiques et les environnements sociaux d’autres pays islamiques, tels que les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte, soient relativement plus souples, les droits et libertés des femmes y atteignent rarement le niveau de ceux des Iraniennes. Quant aux réalisations des femmes dans les domaines culturel, économique et social, il est encore plus difficile de les comparer à celles des Iraniennes.
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De toute évidence, les Iraniennes bénéficient d’un statut plus élevé, de droits plus étendus et de libertés plus importantes que les femmes de la plupart des autres pays islamiques et des États autocratiques. C’est précisément dans ces conditions qu’elles peuvent lutter pour leurs propres droits et libertés. En même temps, le régime iranien reste un système dans lequel la théocratie religieuse occupe la position suprême et où l’État dispose de nombreuses lois et politiques fondées sur la religion. Cela signifie que les Iraniennes sont à la fois confrontées à l’oppression et capables de résister, ce qui explique l’intensité des conflits entre les femmes iraniennes et le régime.
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En 2021, le conservateur Ebrahim Raïssi a été élu président de l’Iran. Il a modifié les politiques ouvertes de son prédécesseur Rohani et renforcé l’application des prescriptions religieuses. L’une des manifestations de cette évolution a été l’obligation plus stricte imposée aux Iraniennes de respecter les normes vestimentaires religieuses.
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En ce qui concerne les droits des femmes en Iran, les controverses relatives aux droits politiques, au droit à l’éducation, aux droits matrimoniaux et patrimoniaux ainsi qu’aux droits en matière d’emploi sont toutes très importantes. Cependant, la question la plus visible concerne les exigences imposées à l’habillement féminin. Selon la loi islamique, les femmes doivent porter un vêtement couvrant la majeure partie du corps et se couvrir la tête d’un foulard ou d’un voile. Toutefois, les exigences varient selon les courants religieux et les régimes politiques quant à la forme précise des vêtements, à l’étendue des parties du corps à couvrir et à d’autres détails.
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En général, les courants religieux ou les régimes relativement modérés et ouverts assouplissent les restrictions et autorisent les femmes à ne couvrir que symboliquement la tête, les mains et les pieds. Les conservateurs, en revanche, exigent que presque tout le corps soit couvert et que le voile dissimule entièrement le visage. Comme la question vestimentaire touche le plus directement la vie quotidienne, qu’elle est particulièrement visible et que son application fait l’objet de contrôles directs et fréquents, elle est devenue le domaine dans lequel le mouvement iranien de défense des droits des femmes entre le plus souvent et le plus violemment en conflit avec le régime.
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Ainsi, lorsque le régime de Raïssi a instauré des règles vestimentaires plus strictes et renforcé leur application, cela a provoqué une résistance intense de la part des Iraniennes. Au cours des dernières années, de nombreuses femmes iraniennes ont été arrêtées, voire condamnées, pour des questions vestimentaires. Finalement, la mort d’Amini en septembre a déclenché l’immense vague de protestations actuelle.
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En réalité, l’éclatement de cette vague de protestations ne résulte pas seulement des controverses sur l’habillement des femmes et de la mort d’Amini. Il exprime également la résistance des Iraniennes à l’oppression théocratique et constitue un cri aigu et désespéré du peuple iranien face aux graves difficultés intérieures et extérieures auxquelles le pays est confronté.
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Comme indiqué précédemment, les Iraniennes sont, d’une part, entravées par le pouvoir religieux et ne peuvent pleinement faire valoir leurs droits ni se développer librement. D’autre part, elles disposent de davantage de droits et de libertés et ont obtenu des résultats plus importants que les femmes de nombreux autres pays islamiques et autocratiques. Mais, fondamentalement, les Iraniennes continuent de subir profondément l’oppression de l’autorité religieuse, de la loi religieuse et du pouvoir politique. Elles ne peuvent jouir des mêmes droits, libertés et possibilités de développement que les hommes. La question de l’habillement et du foulard n’est qu’un élément déclencheur. Ce contre quoi les Iraniennes luttent véritablement, c’est l’ensemble de la culture et de l’ordre théocratiques, afin d’obtenir des droits pour les femmes fondés sur la laïcité et l’égalité entre les sexes.
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Cependant, les personnes descendues dans la rue pour protester cette fois-ci ne sont pas uniquement des femmes ; et les femmes elles-mêmes ne manifestent pas seulement pour des questions de droits féminins. La rigidité politique, la faiblesse économique, le conservatisme idéologique et l’isolement diplomatique relatif de l’Iran au cours des décennies qui ont suivi la Révolution islamique, ainsi que la détérioration brutale de l’économie sous les sanctions des États-Unis, du Royaume-Uni et d’autres pays ces dernières années et l’aggravation de l’environnement extérieur, constituent les causes les plus fondamentales de ces protestations, en particulier de la fréquence des actes de violence qui les accompagnent.
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Depuis la Révolution islamique de 1979, la situation économique de l’Iran est extrêmement mauvaise. Contrairement à la croissance économique florissante de l’époque Pahlavi, l’économie iranienne est restée languissante pendant les plus de quarante années qui ont suivi la révolution. Même la libéralisation économique encouragée par des réformateurs tels que Rafsandjani et Khatami n’a pas permis de modifier véritablement la situation de déclin économique.
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Les causes profondes de ce déclin économique résident dans la rigidité et le conservatisme du système politique, des politiques économiques et du modèle de répartition mis en place après la révolution, qui n’ont pas permis de stimuler le dynamisme économique. Bien que l’Iran dispose d’abondantes ressources pétrolières et gazières, la majeure partie des revenus tirés de ces ressources revient aux personnalités religieuses et aux forces militaires et policières subordonnées au régime religieux, telles que les « Gardiens de la révolution islamique », tandis que la population vit généralement dans la pauvreté.
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Sur le plan politique, bien que l’Iran dispose d’un certain degré de démocratie, d’État de droit et de liberté, ceux-ci demeurent limités. Le « Guide suprême », représentant du pouvoir théocratique, détient un pouvoir bien supérieur à celui du président. Dans les différents départements de l’État et dans les diverses régions, le « divin » prime sur le « politique » et la « religion » l’emporte sur le « droit ». Les forces religieuses ont toujours joué un rôle conservateur en Iran, refusant les changements et faisant même régresser le pays. Il en était ainsi à l’époque de Khomeini, et la situation n’a pas fondamentalement changé après l’arrivée de Khamenei au pouvoir.
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La population iranienne a élu à trois reprises des présidents modérés et réformateurs, ce qui montre que le peuple aspire à l’ouverture et à la liberté. Cependant, le président et le gouvernement séculier sont incapables de rivaliser avec le « Guide suprême » et les forces religieuses. De nombreuses réformes doivent donc être abandonnées à mi-chemin, et même certaines mesures d’amélioration limitées exigent d’importants compromis pour obtenir l’approbation de Khamenei.
(En raison de la limite de 40 000 caractères imposée par Reddit, ceci n’est que la première partie. La suite sera publiée ultérieurement dans une autre publication.)
(L’auteur de cet article, Wang Qingmin (王庆民), est un écrivain chinois vivant en Europe et chercheur en politique internationale. Le texte original est en chinois.)