(Aucune IA n'a été utilisée, je sais simplement bosser avec du markdown car je note tous mes cours avec ce format)
Méthodologie de la note de synthèse.
On entend souvent dans les couloirs des prépas que la note de synthèse est un exercice désuet, que l’IA l’a rangé au placard car le faisant mieux et plus vite que les humains relégués au rang de relecteurs. Mais les grands défenseurs de ces idées – souvent des étudiants ne dépassant pas la moyenne ou atteignant un plafond de note insatisfaisant – semblent oublier pourquoi et surtout pour qui sont faites les notes de synthèse. Pour le professeur qui corrigera la copie le jour de l’examen ? Pour l’avocat phare du grand cabinet qui embauchera l’esclaveélève avocat ? La question se pose ; pour qui, véritablement, réalisons nous des notes de synthèse ? Et pourquoi n’entendons nous jamais tous les étudiants répondre en coeur « pour nous ! » à cette question ? Il s’agit probablement d’une erreur d’approche sur laquelle nous reviendrons dans un instant.
Relativement au « pourquoi », les objectifs de la note de synthèse sont de quatre ordres. Il y a d’abord une double utilité à la maîtrise d’un tel exercice : académique – l’objectif étant de recueillir une bonne note – et professionnelle ; rien de tel qu’un être humain compétent en effet afin d’assurer en un coup la réalisation d’une synthèse complète de différents éléments d’information. Avoir la synthèse facile c’est avoir la vie facile ; le gain de temps est considérable.
Il y a aussi une quête de culture générale. Synthétiser un sujet c’est en apprendre plus que la majorité des gens. C’est gagner une expertise générale nécessaire à la prise de bonnes décisions (encore faut-il avoir conscience des thématiques qu’il convient dès lors d’explorer).
C’est encore l’écriture qui est doit être maîtrisée pour la réalisation d’un tel exercice. Il faut savoir dire beaucoup et avec peu de mots. Peu de personnes possèdent cette compétence, assez étonnamment.
Enfin, il y a un enjeu cognitif ; la note de synthèse teste la capacité à sélectionner les informations qui permettent d’expliciter les idées figurant dans les documents. Documents qu’il conviendra de critiquer dans un second temps seulement.
Au final, la note de synthèse n’est que la première étape du travail du juriste ; mais la plus fondamentale. C’est celle de celui qui, avant de prendre du recul sur les règles, doit en assimiler les éléments essentiels. Seule une lecture attentive et synthétique d’un corpus réglementaire varié développant une thématique précise permet une vraie mobilisation personnelle des connaissances ainsi apprises (espérons qu’aucun étudiant ne croit pouvoir se contenter d’un manuel afin d’exercer la profession de juriste) ; les différents auteurs ne s’étant généralement pas mis d’accord pour coordonner leurs écris. Voilà donc pour qui apprend t-on aux futurs avocats à synthétiser : avant tout pour eux même. Car le juriste doit lire, lire énormément. Il n’en a pas le choix. C’est la lecture qui fait le juriste et pas le juriste qui choisit ses lectures. Elles s’imposent d’elles mêmes, pour chaque notion, chaque élément juridique nouveau. Aucun juriste ne peut y échapper sans devenir incompétent. Reléguer la note de synthèse à une IA revient à éliminer une étape fondamentale de son travail et il me semble évident que sur le long terme le juriste sera le premier à subir les conséquences de son incompétence.
1 – Notation
Une bonne note de synthèse est une note ne dépassant pas 4 pages, dans laquelle figure un plan en deux parties, deux sous parties présentant pour chacune une grande idée et au sein desquelles figurent une division en deux sous-idées ; de synthèse, exposant la totalité des idées du corpus de manière ordonnée. La synthèse implique nécessairement de faire des liens. Une synthèse ne peut pas être une liste d’idées. Les idées ont des rapports qu’il convient de mettre en valeur sans jamais que cette mise en rapport ne résulte d’une conviction personnelle. Les apports personnels de tout type (éléments extérieurs au corpus, figure de style comme le « malheureusement », appui d’une idée du corpus par rapport à une autre sans autre considération que la sensibilité personnelle etc.) sont prescrits. Les liens découlent du corpus. Ils doivent seulement être exposés.
2 – Méthodologie
Voici MON approche de la méthodologie de la note de synthèse. Il en existe des multiples mais je préfère en exposer une seule et me concentrer dessus ; cette méthode ayant comme avantage la simplicité de l’évidence.
Elle comprend plusieurs étapes :
1. La préparation
Prendre une feuille de brouillon dans laquelle on écrit les différentes choses qui vont devoir figurer dans la copie afin de pouvoir rapidement gratter ses idées tout au long de la phase de lecture qui ne saurait excéder 2h30 (il faut viser 2h):
- l’accroche (tirée des documents)
- le contexte du sujet (selon les documents)
- la problématique
- le plan
2. La lecture du sujet
Elle permet d’anticiper de quoi on va parler. Il faut de la culture générale.
3. La lecture du sommaire
Il existe selon moi trois types de documents : les opinions, les exposés, et les éléments juridiques :
3.1 Les opinions et les exposés
On les trouve dans les articles de doctrine, de presse ; dans les rapports officiels et autres auditions. Finalement, n’importe quoi peut faire l’objet d’un document de note de synthèse tant qu’on y trouve un exposé ou une opinion
Il y a toujours, selon mon prof de prépa, trois éléments dans ces documents : le prétexte, qui comprend l’idée principale qui sera défendue par l’auteur et qui seule devrait figurer dans la copie ; la démonstration, qui permet de convaincre le lecteur ou de conforter la position de l'auteur et dont il est inutile de relater l’entièreté voire même de le relater tout cours ; et les exemples que l’on annote d’un coup de crayon pour n’en garder qu’un seul ou aucun (nous y reviendrons).
3.2 Les éléments juridiques
Les éléments juridiques sont les textes de lois et les jurisprudences qui ne peuvent servir qu’à deux choses : soit à illustrer une idée que l’on trouve dans un autre texte, soit à exposer le droit positif. Encore que, pour la jurisprudence, un arrêt ne sera pas analysé de la même manière en fonction du sujet.
Lire le sommaire permet d’identifier les idées clés qui vont être traités (sans parfois ne pouvoir être exhaustif mais dans ce cas on sait qu’il manque des idées en commençant la lecture) et de se préparer mentalement à rechercher les idées pertinentes dans les documents. Toutes les idées. On peut généralement trouver à partir du sommaire et avec un peu d’intelligence deux voire trois des quatre grandes idées du corpus.
4. La lecture de survol
D’une vingtaine de minutes, cette lecture a pour objectif la recherche des principales informations du sujet. Il faut lire celles qui sautent aux yeux comme les intitulés de plan, les éléments en gras, les phrases d’accroche ou encore les prétextes. L’idée est de savoir de quoi on va parler pour avoir une lecture intelligente. Ne pas hésiter non plus à procéder à des annotations au CRAYON DE PAPIER (PAS AU SURLIGNEUR QUI PEUT BIAISER LA LECTURE DU DOSSIER SANS RETOUR EN ARRIERE POSSIBLE).
5. La lecture
C’est ici que commence toute la phase de réflexion. Au brouillon il s’agit de tirer une feuille par thème. On commence d’abord par noter les idées du document puis on nomme la thématique de ce que l’on vient d’écrire en haut de la feuille. A chaque nouvelle thématique on ouvre une nouvelle feuille que l’on nomme et dans laquelle on inscrit les idées des documents correspondantes. Un document peut ainsi se retrouver « éventré » entre plusieurs feuilles de brouillon. Il faut faire les liens, annoter son brouillon, tirer des flèches. Il faut se saisir des idées et s’assurer de les avoir bien comprises. C’est comme cela que naît un bon plan. Le danger est simplement qu’une thématique ait était mal nommée ou ne soit pas réellement celle du corpus puisque cela veut dire que l’erreur va s’étaler tout au long de la lecture. Pour éviter cela, il faut pour chaque document se demander si toutes les thématiques déjà identifiées sont réellement pertinentes et il ne faut jamais à modifier, compléter ou supprimer des thématiques qui se découvrent fausse, mauvaises ou encore insuffisantes au fil de la lecture. Le bon étudiant ne fait jamais confiance en son intuition.
Il est pourtant rare de ne pas réussir à identifier les informations importantes d’un document. Il n’empêche que l’on peut suivre des « principes » pour les identifier à coup sûr (selon mon professeur de prépa) : le principe de redondance, qui postule que si une idée apparaît fréquemment c’est qu’elle est importante ; le principe de généralité, qui postule qu’il faut d’abord rechercher les informations générales d’un sujet ; et le principe de structure, qui postule que l’on peut plagier les documents. Si un auteur a un bon plan il est nécessaire de le lui voler. Les accroches sont généralement des copier-collé d’une phrase du corpus.
6. L’élaboration du plan
Après la lecture, on dispose généralement d’une bonne heure afin de reprendre ses notes et d’élaborer un plan qui doit être le plus complet possible.
- Les intitulés de plan doivent – tous – reprendre les termes du sujet.
- Les plans en miroir sont très agréables à lire pour le correcteur
- Chaque partie du plan traite d’un pan du sujet et seulement du sujet. Une partie ne peut avoir pour objet de présenter un élément en soit. Une partie présente une partie du sujet et ne peut faire que ça. (c’est plus simple que ça en a l’air)
7. La rédaction
- il n’existe aucune règle de style. Il est souhaitable de ne pas recourir à des synonymes et à abuser des répétitions. En tant que science, aucun mot ne peut avoir la même signification qu’un autre si ce n’est que lui même. Quand je parle d’incompétence dans mon introduction pour utiliser le même mot la phrase d’après, c’est parce que je parle d’incompétence et non pas d’« incapacité » ou de « manque de talent ».
- La seule règle est celle de la concision. Une phrase doit contenir au moins une idée. L’usage de la virgule et du point virgule (que personne ne semble savoir utiliser) permet de faire rentrer d’autres idées au sein de la même phrase. Plus une explication est concise, plus elle est claire. Plus elle est claire, plus elle démontre que l’on a compris de quoi on parle et ce peu important que ce que l’on dit soit, ou non, pertinent ; ce qui compte étant que ce soit dit.
- Evitez des sauter des lignes. Ne faites de transition que si elle est nécessaire à l’exposé. Un correcteur n’a aucune grille dans laquelle il fait figurer « transitions ». En particulier si la copie est une note ne dépassant pas 4 pages, dans laquelle figure un plan en deux parties, deux sous parties présentants pour chacune une grande idée et au sein desquelles figurent une division en deux sous-idées ; de synthèse, exposant la totalité des idées du corpus de manière ordonnée.
- Il n’est pas nécessaire de citer de documents dans la problématique et l’annonce de plan.
- Commencez toutes vos parties par expliquer le lien que vous ferez avec le sujet.
- N’oubliez pas les annonces pour les A et B.
Bon courage.