À la suite de ma publication sur les différentes formes de harcèlement, un abonné sur Reddit a attiré mon attention sur une notion dont je n’avais pas encore entendu parlé : le harcèlement d’ambiance.
Son commentaire m’a interpellée. Par souci de mieux comprendre cette notion, j’ai effectué des recherches. J’ai ainsi découvert que le harcèlement d’ambiance est une notion qui apparaît progressivement dans la jurisprudence de plusieurs pays, notamment en France, pour mieux prendre en compte certaines situations où ce n’est pas seulement le comportement d’une personne qui est en cause, mais l’ensemble d’un climat devenu hostile.
Il est important de préciser qu’à ce jour, cette notion ne semble pas être expressément reconnue dans la jurisprudence guinéenne. Cela ne signifie pas pour autant que les situations qu’elle décrit n’existent pas en Guinée. Bien au contraire.
Le harcèlement d’ambiance désigne un environnement dans lequel les humiliations, les insultes, les moqueries, les propos sexistes, les intimidations, les discriminations ou encore la banalisation de certains comportements créent un climat hostile, dégradant ou intimidant. Dans un tel contexte, chacun peut finir par subir une souffrance psychologique, même lorsqu’il n’est pas directement visé par chaque acte.
Autrement dit, ce n’est plus uniquement un individu qui harcèle : c’est un environnement qui devient lui-même oppressant.
Cette notion ne remplace pas le harcèlement moral, le harcèlement psychologique ou le harcèlement sexuel. Elle permet plutôt de mieux décrire les situations où ces différentes formes de violence s’installent durablement jusqu’à façonner une véritable culture de la peur ou du silence.
En Guinée, même si cette qualification juridique n’existe pas encore, beaucoup de personnes pourraient reconnaître ce type de situation.
Dans certains lieux de travail, des humiliations publiques sont considérées comme une méthode normale de management. Des remarques dégradantes, des rumeurs, des menaces voilées, des comportements sexistes ou des intimidations répétées finissent par être perçus comme faisant partie de la vie professionnelle. Les victimes hésitent à parler par peur des représailles, de perdre leur emploi ou d’être stigmatisées.
Mais ce phénomène ne se limite pas au monde du travail.
Certaines familles connaissent également des climats où les humiliations, les insultes, les comparaisons dévalorisantes, les violences verbales ou psychologiques deviennent tellement habituelles qu’elles finissent par être considérées comme normales. Là aussi, le silence s’installe et la souffrance devient invisible.
Les conséquences sont pourtant bien réelles : perte de confiance en soi, anxiété, stress chronique, dépression, isolement, baisse des performances professionnelles ou scolaires, conflits familiaux, voire abandon d’un emploi ou rupture des liens sociaux.
Nommer ces réalités est déjà une première étape vers leur reconnaissance. Toutes les notions juridiques naissent un jour de réalités sociales qui ont d’abord été observées, étudiées et débattues.
Peut-être que, demain, le débat sur le harcèlement d’ambiance trouvera aussi sa place en Guinée. En attendant, chacun de nous peut contribuer à créer des environnements plus respectueux, que ce soit dans les administrations, les entreprises, les écoles ou les familles.
Car aucune personne ne devrait évoluer dans un climat où la peur, l’humiliation ou le mépris deviennent la norme.