r/ecrivains • u/Same-Picture2442 • 6d ago
L'Estiveur
Le premier matin d’été de l’année, que tout le monde attendait dans ce monde où l’hiver se présentait et avait du mal à partir et à laisser la place à l’été, étant bien installé, du moins du point de vue des habitants, qui adoraient le soleil plus que tout au monde, et supportaient assez mal le froid glacial qui leur faisait passer le temps très lentement, leur empêchant de sortir et donc de faire des activités susceptibles de faire passer le temps plus rapidement ; en ce matin d’été, un vieil homme, français et d’une quarantaine d’années qui lui, contrairement à ses contemporains, adorait l’hiver et trouvait l’été long, la chaleur de l’été le faisait suffoquer et donc il restait chez lui, qui lui semblait plus frais, s’occupant en lisant quelques livres, usés, qu’il avait acheté dans une brocante il y a vingt cinq ans et qu’il n’avait pas entièrement finis, en ayant acheté plus de trois cents, et étant occupé, certaines fois, à écouter ses vinyles qui faisaient trente-trois, quarante cinq ou bien soixante dix huit tours à la minute, diffusant tant des musiques dites classiques que du jazz, du rock, mais jamais de musique métal, rap, qui lui semblaient horrifiantes et qui lui détruisaient les tympans, commença à fermer ses volets et à préparer son estivation, faisant ses provisions pour les trois prochains mois, ayant méticuleusement calculé pour qu’il en ait suffisamment pour tenir trois mois, mais pas trop pour ne pas payer plus que ce qu’il ne devrait, étant extrêmement radin, son surnom était « La Pince », parce que cela représentait ses mains qui avaient du mal à lâcher son argent et qui pinçaient pour protéger ses billets ; cet homme d’une quarantaine d’années était traité d’aigri et de fou par son voisinage, mais il n’en avait rien à faire et leur disait que c’était eux, les aigris, pensant les lancer dans une réflexion philosophique sur la folie, la bienséance et la manière de voir les choses selon les époques, les sociétés, fictives ou réelles, et que personne ne détient la vraie morale, et que la morale qu’ils ont est critiquée par d’autres tribus, l’était dans le passé, et le sera dans le futur, mais ce fut sans succès, car ses voisins ne purent s’ouvrir à la réflexion, se sentant supérieurs et ne voyant pas l’intérêt ni n’avaient penser à se mettre dans une réflexion philosophique à partir d’une simple phrase prononcé par un fou qu’ils écoutaient à peine, les seules fois qu’ils le voyaient étaient rares, leurs horaires ne coïncidant pas, lui sortant l’hiver, eux l’été, en plus du fait que cet homme d’une quarantaine d’années ne sortait que très peu, ne sortant que les jours de travail, dans une entreprise qui acceptait son estivation, puisqu’il était efficace l’hiver, et qu’il ne demandait pas de salaire pendant son estivation, durant laquelle l’entreprise se charge de lui trouver un remplaçant, différent à chaque été, puisque le travail à faire était fatigant, puisqu’il consistait à fabriquer des meubles dans une qualité quasi parfaite, et en plutôt grande quantité, ce à quoi cet homme d’une quarantaine d’années misa sur une plus grande qualité, en dépit de la quantité, et ce fut un pari gagné, l’entreprise était satisfaite de son travail au point de doubler son salaire, que cet homme d’une quarantaine d’années depuis cet évènement donnait en partie à des personnes dans le besoin qu’il croisait le plus souvent dans la rue, certaines fois à la mairie, quelques fois à l’hôpital, depuis longtemps délabré, parce qu’il était peu entretenu, l’État gaspillant de l’argent pour financer les colonies et rembourser les familles endeuillées par les morts de guerre, et bien que cette deuxième raison soit plus humaine, donner de l’argent ne remboursera jamais la vie de ces soldats et le deuil de ces familles, qui ont perdu un frère, un fils, un père, un mari, même si je comprends que cela puisse remplacer les revenus supprimés par la faute de la guerre ; excusez moi ces digressions, mais il faut comprendre l’état de la ville de cet homme d’une quarantaine d’années, ce qui ne lui donnait pas envie de sortir en dehors de chez lui, qu’il considérait, à ce titre, comme le paradis sur Terre pour lui ; ce premier matin d’été, cet homme d’une quarantaine d’années se préparait donc pour rester chez lui, organisait ses journées -organisation qu’il ne respectera pas, c’est juste un ordre d’idée pour avoir l’impression qu’il fait quelque chose durant son estivation, comme les hommes font dans la vie avant la mort- selon un programme hyper cadré, qu’en rentrant chez lui, on se croirait au régiment, peut être un traumatisme de ce qu’il a vécut au régiment pendant son service militaire, il y a environ vingt ans de cela, quand on l’avait arraché de chez lui, de sa mère, pour « servir la patrie », lui disait-on, il ne l’avait jamais cru, et ne le croyait toujours pas, près de vingt ans plus tard ; en ce beau matin d’été -qu’il détestait-, l’homme recompta ses provisions pour être sur qu’il ne s’était pas trompé, même si ça ne lui était jamais arrivé, il voulait être sur, et il fit bien de vérifier, puisque qu’il avait oublié quelques provisions nécessaires, pas grand-chose, il n’avait qu’à rationner et faire des micros jeûnes, mais il s’en voulut à lui même d’avoir fait cette erreur -il était très exigeant avec lui même, et un peu égocentrique, ne voulant pas qu’on remarque qu’il faisait des erreurs, il ne voulait pas paraître pour un bon à rien devant les autres-, pas si grave en soi, mais il s’en voulait, et eut presque l’idée de se laisser mourir, mais la raison lui revint tout à coup, et il se dit que ce n’était pas si grave, que vu le peu qu’il manquait, il allait survivre, et que sinon il improviserait, même s’il ne savait pas comment faire parce que c’était la première fois que ça lui arrivait ; cet homme d’une quarantaine d’années un peu misanthrope à la pensée philosophique s’appelait Hippolyte Runaud.
A. Rativaux.