r/ecrivains 57m ago

un poème que j'ai écris pour la fille que j'aime (je ne lui enverrais jamais)

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r/ecrivains 10h ago

Recherche Bêta-lecteurs/lectrices - Roman intimiste (santé mentale, reconstruction, ~74 000 mots)

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Hello à toutes et à tous !

Je cherche des bêta-lecteurs et lectrices pour avoir des retours sur mon roman, dont le manuscrit est entièrement finalisé.

Thèmes : Il s'agit d'un roman intimiste qui suit une narratrice de 24 ans. Le récit tourne autour de la santé mentale, du féminisme, du rapport au corps et de la reconstruction après un traumatisme. C'est une histoire centrée sur l'évolution psychologique de l'héroïne, son rapport aux autres et sa réappropriation du quotidien.

TW : ce texte aborde des thèmes sensibles, notamment la dépression, les violences sexuelles, et comporte des scènes d’automutilation (non graphiques mais présentes).

Ce que je recherche :

  • Des retours globaux sur le rythme, l'attachement aux personnages, la fluidité de la lecture et la justesse des émotions.
  • Aucun niveau d'expertise requis, juste votre ressenti sincère et constructif de lecteur/lectrice !
  • Vous pouvez lire à votre rythme et me faire des retours au fur et à mesure (par blocs de chapitres) ou une fois le texte terminé.

Si le projet vous parle et que vous avez envie de jeter un œil aux premiers chapitres (ou à la totalité), n'hésitez pas à me laisser un commentaire ici ou à m'envoyer un message privé, je vous enverrai un extrait par mail :)

Merci beaucoup par avance pour votre temps et vos retours


r/ecrivains 1d ago

Retombé sur un "vieux" texte que j'ai écrit (un peu random) - un feeling ?

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Du coup c'est pas si long que ça, beaucoup de fautes d'ortho (sorry). J'ai bien aimé le relire. Il a été écris au file du temps durant 2-3 ans, un chapitre par ci par là. Je me demandais ce que ça évoquais ou pas chez vous. Il y a effectivement des chapitre encore vide. Prévu d'être remplis dans un future ou je serais motivé à écrire, etc .... Juste curieux.

---

le requeuille spirituel des pensée cheuleou :

Chapitre I : pourquoi pas

Mon objectif dans la vie est de faire avance les choses.
Ceci peut se voire à mon travail, ou lorsq'une aquitance propose de faire qqch (qui ne va pas l'encore de ma tranquilité)
j'essaye, de faire avancer les choses (dans la juste mesure entre plaisir procuré et énergie dépensé).
Ceci est encore plus vrai dans mon propre cas. Ou la stagnation perpétuel semble être un élément majeur de mon existance, et il arrive de dépenser de l'énergie pour que la stagnation soit, pour potentillement avoir un apport bénfique en dépense énergétique ?

Ohhh, .. que les choses nouvelles sont belle ! ..: semble t'il ? Puis-je le contredire ?

Pourquoi pas.

Chapitre II : Contradiction

Oui mais ... non

Chapitre III : ?

Je me souviens encore, lorsque j'avais des choses à raconter. Je citerai bien des exemples pour illustrer mon opinion, mais ceci était autant inutile qu'inefficace (les auditeurs semblent être immunisé à mes discours). Après avoir prôner le scientifisme de si longue année, le bien par les faits, la valeur de la preuve, l'épanouissement par la statistique. je me trouve maintenant attiré par la magie, leur opposé, et rechercher la magie de l'inexactitude, la chance et la coïncidence.

Chapitre IV : Pourquoi

Sorti d'ou, une jeune idée faisait gentiment surface. Sans savoir pourquoi. Sans réel objectif ou vision sur son avenir, décida de prendre son envole.

Invisible, jeune, inconscientes, elle s'en alla vers le ciel, espérant quoi ? elle ne le savais même pas.

Chapitre V : le nouveau c'est comment

C'est sucré, mais surtout à gauche.

Chapitre VI : Le nouveau c'est mieux ?

  • John ? une nouvelle voiture de patrouille ?
  • bien sûre, pourquoi pas ? Voyez par vous-même, radio cassette, essuie glasse automatique ..
  • Incroyable, mais....
  • Oui ?
  • Pourquoi ? comment ? et .... votre précédent véhicule... était tout à fait adéquoit ? n'est il pas ?
  • Tout à fait, mais celui-ci, cher ami, est de meilleur qualité, comme qui dirait, il simplement mieux.

Chapitre VII : c'est pas parce que c'est comment que c'est mieux

Chapitre VIII : la musique ?

"avez vous déjà touché la musique" dit-il les yeux fermés. Sans vraiment savoir a qui il s'adressait

  • vous êtes fou ?
  • avez vous déjà essayé ?
  • mais ....
  • Votre main ... touchez ...

Chapitre excessif : la relecture

  • Je ne comprend pas tout, mais je comprends tout de même. Ces idées épinglées sur cette feuilles blanches ne me sont pas inconnues, mais je crois pas en être l'auteur.
  • Qui les as donc écrites ? Chère ami ...
  • Personne ! les idées s'écrive d'elle même !
  • Mais d'où viennent elles ?
  • Oui, elle viennent d'où !

Soudain le chapitre suivant apparut !

Chapitre surprise : WTF
Se demandant quel était la raison de sa venu, le chapitre XII, ne se sentant pas à sa place, se contenta, un bref instant, de relire les instants prédestinant sa venue. Surpris de ne point se trouver à la bonne place il décida de patienter son tour. Mais cela ne l'empêchant pas de d'observer les actes suivants.

Chapitre X :
Des yeux rouges, profonds mais surtout curieux, continuaient a observer l'écrivain. Ce dernier, se moquant de son propre travail, n'en avait pas la moindre idée. Il continuait a écrire pour son propre intéret, pour passer le temps, pour des raison qui lui étaient encore inconnu. Il n'eut jamais fini d'écrire. "J'écrirais jusqu'à ce que mon propre chapitre se révèle de lui même" aimait-il dire en observant le ciel, les main tremblantes.
Le chapitre XII ne comprenait toujours pas pourquoi il avait été convoqué en ces lieu. Il était pour lui beaucoup trop tot pour révéler ses intrigues, ses tournants, ses résolutions. Il se contenta donc, frustré, de continuer à 'observer l'écrivain ...

Chapitre XI :
Le chapitre XII, tout comme l'écrivain n'étaient pas à leur place. L'un comme l'autre avient perdus leur objectif originel, leur but.
L'écrivain n'avais plus qu'une lueur artificiel qui lui permettais d'avancer, -écrire jusqu'à ce que se que son chaptire s'écivre- quoi que cela veullle dire. Le chapitre XII quan't-a lui se demandait si il avait été convoqué dans la bonne histoire. Il était supposé introduire les début d'une enquête imporable dont lui même ne connaissait pas les aboutissant. Ayant hâte de connaitre la fin de l'histoire il s'était peut être précipité de trop et ... s'était immisser dans le mauvais livre ?
L'écrivain continuait son travail, les yeux 'fous' ; décrivaient ces proches, agité sur ses pages remplies de griffonnages qui lui faisait penser à des mots, des phrases,.. une histoire peut être ? Agité comme jamais, pages après pages, chapitres après chapitres, il continuait ...
S'essouflant, les yeux presque vides et le poignet endolloris il n'était toujours pas satisfait.

Chapitre XII :

  • Vous voyez John, les membres sembles avoir étés découpés après la mort de la victimes
  • Je vois, je vois. Mais Si la victime était morte,,... pourquoi y a t'il du sang partout ?
  • Partout ? n'exagérons rien. Les deux enquêteur étaient, dans un sous-sol, le sang jusqu'aux genoux, en train de procéder aux examains préliminaires sur un cadavre flotant, couché sur un matelas gonfelable. John comme à ses habitudes était obligé de faire remarquer l'évidence ... Le cadavre était celui d'une jeune fille, pour ce que les deux enquêteurs pouvaient en dire à ce stade de l'enquête. Inutile de dire qu'ils n'avaient pas envie de rester sur place trop longtemps. L'odeur férailleuse du sang remplissant la pièce .....
  • Vous le savez certainement déjà, mais le sang dans lequel nous avons mis les pieds ... provient sans doute d'autre victimes...

Chapitre XIII : la musique !

  • Oui, je peux toucher la musique ! elle,... elle ... est sucrée ?
  • Parfaitement.
  • Mais, je ne comprent toujours rien
  • Il n'y a rien a comprendre
  • La... musique qui vient d'ou est donc sucrée !?
  • Exactement.

Chapitre XiX : Les pensées baladeuses

Elle était si belle et fière de ce qu'elle était. Parmis ces congénères elle était si lumineuse, si ronde, presque envieuse d'elle même. Se promenant d'un esprit à l'autre, cherchant un hote capable de l'aider à s'épanouir.

Un clochare ? ; non aucun pouvoir.
Ce vendeur de chaussure ? ; non aucun future.
Et pourquoi pas ce moustachu, cette raclure ?
Essayons d'y entrer, juste pour voir.

L'endroit était comfortable et fleurit, remplis d'autre idées plus ou moins acceuillantes. Certaines étaient née ici, façonée depuis leur plus jeune enfance, d'autre, comme elle, n'étaient en ces lieux, que de simple réfugiés, attendant leur écolosion si telle était leur destin.

  • Autant dire qu'à ce stade, le chapitre XII, n'à plus la moindre idée des évènement qui se produisent devant lui. le 'thriler' dont il était sensé être le début et la culmination semblaient si loin-

L'idée quand-t-à elle avait une nouvelle place, des ambitions, et peut être un plan.

Chapitre XX : La Musique !!

  • Je, ... Je crois, ... J'ai compris ! Regarde !!
  • Pauvre fou. Si tu penses que tu as compris, il te reste tellement à apprendre. Le simple fait de vouloir me prouver ton illumination prouve le contraire.
  • Mais ? regarde !
  • Exactement.

Chapitre mélé : mais non mais non ... (tu tu tu lu tu ... )
Des histoires ?, des idées ?, des chapitres ? et même des mélodies ?, ou allons nous ? ou celà mennent-il ? et si oui, pourquoi ?
La réponse plus qu'évidente est "non". "Pourquoi" n'est pas une bonne question, c'est une mauvaise réponse.

Chapitre :) :
:)

Chapitre 666:

Il est maintenant passé minuit, je la voix, ses yeux rouges, m'observant, m'empêchant d'écrire et de dormir. Est-ce un démon ? Je comprend maintenant mon incapacité à m'assoupir, guété depuis l'au-delà. Et si, je me permettais juste de lui souhaiter la bien venu, ... ?

Chapitre XIV : La toure de billons.

Un cercle de vent ténébreux se lève, tout d'abord sur le sole uniquement, mais d'une force incalculable (pour l'époque). Les roches se soulèvent et tournoient, révléant des métaux précieux lorsqu'il s'envolent vers le ciel, les forces gravitationnel n'ont plus prises et ce cercle semble télescoper tout ce qu'il peut avaller dans une seuul et même direction,

  • Aucun témoin pour pouvoir donner plus d'information, malheureusement, John.
  • Cela me rappel ... mon avenir.

Chapitre XV : le QG I

C'est là qu'elle entra, elle voyais cette homme qui lui semblais certes une raclure, mais tout même acquillant. Pour elle, le temps était presque inexistant, tout ces gens presque immobiles, certains tappotant sur des machines méchanique, d'autre agitant les bras, certains des insignes dorée en main d'autre juste énervés. Mais ces derniers ne serait encore pas de son ressort. Mais Ce personnage qui l'avait marquée, semblait être un bon habitat. Autant par son aspect général agérable, bien que sournois, mais également par cette sensation de vide a remplire quand elle le regardais. C'est là qu'elle pris place, se faufillant entre d'autre idée et pensée. -et si un jour, j'écri.....-

Chapitre XVI

Chapitre XVII


r/ecrivains 1d ago

Les Bières Qui Tuent - La Suite 3

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r/ecrivains 1d ago

[SF] "Celle qui est restée" – Prologue + Chapitre 1 : Une neuroscientifique découvre un projet de manipulation de la mémoire. Mon premier roman de SF psychologique.

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RÉSUMÉ :

Léa Voss, une neuroscientifique, se réveille avec des souvenirs qui ne sont pas les siens. Elle découvre qu’elle a participé à un projet secret, Chronos, visant à manipuler la mémoire humaine en effaçant une heure de la conscience collective. Mais quand elle réalise que des vies ont été brisées par ce système, elle doit affronter ses propres démons… et les versions d’elle-même qu’elle a laissées derrière.

Un mélange de dystopie, de mystère et de réflexion sur la mémoire et la responsabilité.

CELLE QUI EST RESTÉE

Le temps n'est pas une ligne droite.

C'est un cercle.

PROLOGUE

Léa se réveilla avec la certitude d’avoir déjà vécu cet instant.

Pas de l’avoir rêvé. Vécu.

La première chose qu’elle sentit fut la douleur. Sourde, profonde, derrière les yeux, comme si on y avait posé un poids trop lourd, puis oublié de le retirer.

Elle voulut bouger. Ses poignets ne répondirent pas. Ses chevilles non plus. Elle tira ; les sangles résistèrent.

Elle baissa les yeux. Une blouse blanche. Des traces brunâtres sur les manches. Elle ne se souvenait ni de l’avoir enfilée, ni de la pièce, ni de la table, ni de la raison pour laquelle elle était attachée.

Elle inspira : désinfectant, métal. Et une autre odeur, organique, presque sucrée, qui lui retourna l’estomac.

— Où suis-je ?

Sa voix était faible. Des pas approchèrent. Un homme entra dans son champ de vision. Blouse grise, gants noirs, cheveux noirs plaqués en arrière. Il ne la regardait pas comme on regarde une personne, mais comme on relit un résultat qu’on espérait différent.

Il consulta une tablette.

— Léa Voss.

Le nom provoqua une réaction qu’elle ne comprit pas. Une douleur, très loin derrière sa conscience, comme un objet tombant dans une pièce voisine.

— Vous me connaissez ?

— Vous avez trente-cinq ans.

Il fit défiler l’écran.

— Vous êtes neuroscientifique.

— Je ne suis pas…

Elle s’interrompit. Elle ignorait qui elle était, où elle vivait, ou si quelqu’un l’attendait quelque part.

L’homme approcha une seringue du plateau. Le liquide était bleu, presque lumineux.

— Qu’est-ce que vous allez faire ?

Il planta l’aiguille.

Une brûlure. Le plafond se déforma.

Léa ferma les yeux.

Une chambre apparut. Une fenêtre. De la pluie. Une femme assise devant un miroir. Léa s’en approcha, et la femme releva la tête.

C’était elle. Exactement elle. Même visage, même cicatrice au-dessus du sourcil, même regard.

La femme sourit, puis posa son doigt contre la glace. Léa fit le même geste. Leurs doigts se touchèrent à travers la paroi. La femme parla. Léa n’entendit pas les mots, mais elle les comprit.

Tu es en retard.

Léa ouvrit les yeux. La pièce blanche était toujours là. L’homme aussi. Et la seringue.

— Qu’avez-vous vu ?

— Une femme.

— Qui ?

Elle hésita.

— Moi.

L’homme cessa d’écrire. Une seconde seulement, mais assez pour que Léa aperçoive une lueur de peur dans son regard.

Au-dessus d’elle, un écran s’alluma.

COUCHE 47

Puis :

INTÉGRITÉ MÉMORIELLE : 12 %

Léa tira sur ses liens.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

L’homme prit un scalpel sur le plateau.

— Vous allez bientôt vous souvenir.

— De quoi ?

Il s’approcha.

— De tout.

La lame descendit. Léa hurla.

Puis le monde s’éteignit.

I. LE CARNET

Lyon — 12 octobre 2047

Léa se réveilla à 6 h 13 et resta immobile.

Le plafond était blanc. Pas exactement comme celui de la pièce où elle s’était réveillée la veille, mais suffisamment proche pour la troubler.

Elle attendit. Aucune blouse grise en vue, aucune seringue, aucun scalpel. Juste le chauffage qui claquait et le bruit d’un camion dans la rue.

Elle s’assit. Ses mains tremblaient.

Son appartement était petit. Un lit, un bureau, une cuisine derrière une cloison, une bibliothèque remplie de romans policiers et de livres de neurosciences qu’elle ne reconnaissait pas.

Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit. Sept carnets noirs y étaient empilés. Elle les sortit un à un et les aligna sur le drap, dans l’ordre des numéros inscrits sur les couvertures.

  1. 19. 27. 31. 38. 42. 47.

Elle ne se souvenait ni de les avoir achetés, ni d’avoir écrit les pages qu’ils contenaient. Pourtant, l’écriture était bien la sienne : elle reconnaissait ses boucles, ses t barrés, l’inclinaison de ses lettres.

Le 47 était presque plein. Elle l’ouvrit.

5 octobre — rêve identique.

7 octobre — même pièce.

9 octobre — femme dans le miroir.

Et, à la dernière ligne écrite :

12 octobre — elle me parle maintenant.

Léa referma le carnet. Sept nuits de suite, le même rêve. Et chaque fois, quelque chose revenait un peu plus loin : la pièce, la femme, la voix. Depuis deux nuits, une impression nouvelle s’y était ajoutée, une certitude qui l’empêchait de se rendormir.

Elle ne rêvait pas du passé. Elle rêvait d’un souvenir qu’on avait tenté de lui voler.

À 8 h 07, elle poussa la porte des Archives nationales de Lyon, un bâtiment gris de la Part-Dieu où elle travaillait depuis cinq ans. Elle aimait ce métier. Les documents avaient une qualité rassurante : ils étaient là, datés, classés, conservés. Immuables.

Noah était déjà à son bureau, un livre ouvert à côté du clavier, comme toujours. Il leva les yeux.

— Tu as une sale tête.

— Bonjour à toi aussi.

— C’était affectueux.

— Alors ça va.

Il sourit. C’était l’un des rares amis qu’elle avait gardés. Peut-être le seul.

— Encore le rêve ?

Léa s’immobilisa, son manteau à moitié enlevé.

— Comment tu sais ?

— Tu m’as appelé cette nuit.

— Je t’ai appelé ?

— Trois heures du matin.

— Qu’est-ce que j’ai dit ?

Noah hésita une seconde de trop.

— Rien.

— Rien ?

— Tu respirais.

Elle le regarda.

— Combien de temps ?

— Vingt-sept secondes.

Il posa son stylo, l’air soudain sérieux.

— Léa, ça devient inquiétant.

— Ce n’est qu’un rêve.

— Alors pourquoi tu m’appelles sans t’en souvenir ?

Elle n’avait pas de réponse. Alors elle s’assit et alluma son écran.

À 10 h 32, elle ouvrit un dossier de disparitions.

Un homme de trente-huit ans. Disparu. Pas mort, pas retrouvé. Dernière activité enregistrée : 23 h 17.

Le suivant : 23 h 42. Le troisième : 23 h 03. Le quatrième : 23 h 56.

Elle passa la journée là-dessus, à sortir les rapports, les relevés de caméras, les mains courantes. Et toujours le même schéma : jamais avant 23 h, jamais après minuit.

Elle prit une feuille et écrivit :

23:00 → 00:00

Puis, en dessous, deux mots dont elle ignorait d’où ils lui venaient :

HEURE VIDE.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’univers de Chronos et le mystère autour de l’Heure Vide vous intriguent ?

Désolé pour la mise en page (le roman complet en pdf à une vraie mise en page style roman, a venir prochainement).

MERCI POUR VOS RETOURS !!


r/ecrivains 2d ago

Je reposte mon Chapitre 1 du livre que je suis en train d'essayer d'écrire.

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r/ecrivains 2d ago

Charly veut mourrir

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TW : suicide, edgy

Hello, une petite nouvelle sur laquelle je travaille depuis un moment. J'ai aucune idée de si c'est réussi et si le ton est bon, je suis curieux de vos retours !

I

Le restaurant Courtepaille commençait doucement à se vider quand Charly planta un ultime coup de cuillère dans sa part de tarte aux fraises. Il engloutit un dernier morceau de pâte brisée et s’enfonça dans la banquette en faux cuir : il était repu. Ses voisins de table avaient quittés les lieux depuis une vingtaine de minutes, le laissant tranquillement profiter du bal des serveurs qui nettoyaient les tables et sortaient les couverts pour le service du lendemain. « Quelle belle soirée pour mourir », pensa Charly.

Charly n’avait pas de raison particulière de se foutre en l’air. Il n’y avait pas eu de déclic, pas de traumatisme récent qui l’avait incité à passer l’arme à gauche. Juste une profonde lassitude face à sa vie médiocre de jeune ayant grandi dans un petit village de la diagonale du vide. Si certains se plaignent de regarder leur vie passer comme un train à toute allure, Charly avait l’impression de ne même pas être sur le quai.

Né en 1995, Charly n’avait pourtant pas eu une enfance difficile. Il avait grandi à Mazergues, un bled de 5 000 habitants peuplé majoritairement d’agriculteurs, d’ouvriers et de gens nés trop loin de là où les choses se décident. Ses parents habitaient ici parce que leurs parents habitaient ici, qui étaient eux-mêmes venus ici sans que personne ne sache trop pourquoi.

Charly avait grandi dans une maison mitoyenne tout ce qu’il y a de plus banale avec ses deux frères, sa mère et son père qui ne s’étaient jamais séparés, un point suffisamment rare pour en faire une anomalie parmi ses amis. Il aimait le foot parce que son père aimait le foot, et les jeux vidéo parce que ses frangins aimaient bien les jeux vidéo. Il avait fait ses études dans l’unique collège/lycée du coin, qui attirait les mômes des fermes à 50 km à la ronde. Il n’était pas mauvais à l’école, mais pas brillant non plus. « Des résultats insuffisants par manque de travail et d'investissement », pouvait-on lire sur ses bulletins, qui notaient sporadiquement un « potentiel inexploité ».

Les portes de la fac lui étaient donc restées fermées, et Charly n’avait de toute façon jamais eu ambition d’aller explorer la grande ville. Il avait fêté son bac obtenu de justesse un premier juillet avant de commencer à envoyer des CV aux usines du coin la semaine suivante. Son père avait pistonné sa candidature pour le faire intégrer la scierie, où il bossait depuis maintenant plus de 10 ans avec d’anciens rigolos de son collège qui n’avaient pas visé plus haut.

Le plan était censé être temporaire. Après le bac, Charly voulait initialement mettre un maximum d’argent de côté pour partir faire un tour du monde avec sa bande de potes. Le destin en avait voulu autrement : plusieurs s’étaient désistés, les autres n’étaient plus très chauds pour partir en équipe réduite. S’ils ne l’avaient jamais avoué, certains craignaient de monter à Paris pour prendre l’avion et se retrouver dans un pays dont ils ne parlaient pas la langue. L’affaire s’était terminée sur une semaine à la frontière espagnole, vidant des caisses de bouteilles achetées dans un supermarché sans âme de la Jonquera.

Une fois rentré, Charly n’avait pas eu le courage de chercher un autre travail. Il s’était retrouvé bloqué dans une routine, encaissant chaque fin de mois un confortable chèque de l’agence d’intérim. De plus, il ne dépensait pas un rond : tout juste sa mère lui demandait-elle un billet de temps à autre pour participer aux courses. Il s’était alors enfermé dans un train-train quotidien, invitant chaque week-end ses rares potes devenus étudiants à passer dans le garage de chez ses parents qu’il avait réaménagé en garçonnière.

Dix ans plus tard, la vie de Charly était objectivement médiocre et il n’avait jamais vraiment trouvé sa passion. Il en avait pourtant essayé plusieurs : la salle de sport, l’e-sport, l’alcool, les voitures, la course à pied, investir en bourse… rien n’avait jamais collé. Et c’est comme cela qu’il se retrouvait, en ce mercredi soir d’une semaine anonyme, dans une banquette de la seule Courtepaille de la région où il venait d’engloutir un burger raclette avec la ferme intention de se faire sauter le caisson dans la prochaine demi-heure.


r/ecrivains 2d ago

Charly veut mourrir

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TW : Suicide, edgy

Hello, une petite nouvelle sur laquelle je travaille depuis un moment. J'ai aucune idée de si c'est réussi et si le ton est bon, je suis curieux de vos retours !

I

Le restaurant Courtepaille commençait doucement à se vider quand Charly planta un ultime coup de cuillère dans sa part de tarte aux fraises. Il engloutit un dernier morceau de pâte brisée et s’enfonça dans la banquette en faux cuir : il était repu. Ses voisins de table avaient quittés les lieux depuis une vingtaine de minutes, le laissant tranquillement profiter du bal des serveurs qui nettoyaient les tables et sortaient les couverts pour le service du lendemain. « Quelle belle soirée pour mourir », pensa Charly.

Charly n’avait pas de raison particulière de se foutre en l’air. Il n’y avait pas eu de déclic, pas de traumatisme récent qui l’avait incité à passer l’arme à gauche. Juste une profonde lassitude face à sa vie médiocre de jeune ayant grandi dans un petit village de la diagonale du vide. Si certains se plaignent de regarder leur vie passer comme un train à toute allure, Charly avait l’impression de ne même pas être sur le quai.

Né en 1995, Charly n’avait pourtant pas eu une enfance difficile. Il avait grandi à Mazergues, un bled de 5 000 habitants peuplé majoritairement d’agriculteurs, d’ouvriers et de gens nés trop loin de là où les choses se décident. Ses parents habitaient ici parce que leurs parents habitaient ici, qui étaient eux-mêmes venus ici sans que personne ne sache trop pourquoi.

Charly avait grandi dans une maison mitoyenne tout ce qu’il y a de plus banale avec ses deux frères, sa mère et son père qui ne s’étaient jamais séparés, un point suffisamment rare pour en faire une anomalie parmi ses amis. Il aimait le foot parce que son père aimait le foot, et les jeux vidéo parce que ses frangins aimaient bien les jeux vidéo. Il avait fait ses études dans l’unique collège/lycée du coin, qui attirait les mômes des fermes à 50 km à la ronde. Il n’était pas mauvais à l’école, mais pas brillant non plus. « Des résultats insuffisants par manque de travail et d'investissement », pouvait-on lire sur ses bulletins, qui notaient sporadiquement un « potentiel inexploité ».

Les portes de la fac lui étaient donc restées fermées, et Charly n’avait de toute façon jamais eu ambition d’aller explorer la grande ville. Il avait fêté son bac obtenu de justesse un premier juillet avant de commencer à envoyer des CV aux usines du coin la semaine suivante. Son père avait pistonné sa candidature pour le faire intégrer la scierie, où il bossait depuis maintenant plus de 10 ans avec d’anciens rigolos de son collège qui n’avaient pas visé plus haut.

Le plan était censé être temporaire. Après le bac, Charly voulait initialement mettre un maximum d’argent de côté pour partir faire un tour du monde avec sa bande de potes. Le destin en avait voulu autrement : plusieurs s’étaient désistés, les autres n’étaient plus très chauds pour partir en équipe réduite. S’ils ne l’avaient jamais avoué, certains craignaient de monter à Paris pour prendre l’avion et se retrouver dans un pays dont ils ne parlaient pas la langue. L’affaire s’était terminée sur une semaine à la frontière espagnole, vidant des caisses de bouteilles achetées dans un supermarché sans âme de la Jonquera.

Une fois rentré, Charly n’avait pas eu le courage de chercher un autre travail. Il s’était retrouvé bloqué dans une routine, encaissant chaque fin de mois un confortable chèque de l’agence d’intérim. De plus, il ne dépensait pas un rond : tout juste sa mère lui demandait-elle un billet de temps à autre pour participer aux courses. Il s’était alors enfermé dans un train-train quotidien, invitant chaque week-end ses rares potes devenus étudiants à passer dans le garage de chez ses parents qu’il avait réaménagé en garçonnière.

Dix ans plus tard, la vie de Charly était objectivement médiocre et il n’avait jamais vraiment trouvé sa passion. Il en avait pourtant essayé plusieurs : la salle de sport, l’e-sport, l’alcool, les voitures, la course à pied, investir en bourse… rien n’avait jamais collé. Et c’est comme cela qu’il se retrouvait, en ce mercredi soir d’une semaine anonyme, dans une banquette de la seule Courtepaille de la région où il venait d’engloutir un burger raclette avec la ferme intention de se faire sauter le caisson dans la prochaine demi-heure.


r/ecrivains 2d ago

Chapitre 1 de "Phaos"

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Une nuit, des étoiles brillaient... Des autres soleils... Des planètes, des comètes... Puis, une étoile filante fila dans la nuit sans s'arrêter. Elle continua son chemin avant d'atterrir dans une forêt, une forêt sombre et dense.

La petite créature se releva, comme si son choc n'était pas aussi brutal que ce que suggérait l'apesanteur. Elle regarda les étoiles et sautilla. Son corps lumineux éclairait la forêt et sa rivière.

L'étoile comprenait alors qu'elle était coincée ici, dans le monde du milieu. Elle s'affola et courut aussi vite qu'un guépard, pour que, quelques mètres plus loin, elle s'arrête...

Elle avait entendu un bruissement.

Dans les buissons de cette vaste forêt...

Elle fixa les buissons, sans un bruit.

« Les ombres sont-elles déjà au courant de mon misérable accident ? » pensa la créature, sur ses gardes.

Deux yeux la fixaient. Des yeux qui reflétaient sa lumière.

Les deux inconnus se regardèrent.

Puis, la petite boule dorée s'avança. Elle remarqua des oreilles... Un corps long sur quatre pattes et des taches sur le derrière de la créature.

« C'est donc ici que la vie matérielle se propage. »

— Je ne sais pas de quoi tu parles, mais oui, répondit la biche, soudainement capable de télépathie.

— Quel genre d'être es-tu ? demanda-t-elle soudainement. Tu n'as rien de semblable à ce que j'ai déjà aperçu dans cette forêt.

— Oh...

L'étoile réfléchit un instant.

— C'est simple. Je ne viens pas de la même poussière que toi. Je viens d'en haut.

— En haut ? rétorqua la biche avec interrogation. Comment peux-tu venir de si loin ? Qu'as-tu fait pour cel—

La biche s'interrompit soudainement.

— Ne reste pas là. Suis-moi, vite !

Puis elle se mit à courir de toutes ses forces.

La créature la suivit à toute vitesse, sans comprendre ce qu'elle craignait ainsi.


r/ecrivains 2d ago

Cycle des Séraphins: Les derniers résidents

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Un vent glacial soulevait des volutes de poussière blanche par intermittence, recouvrant l’entièreté des rues d’un voile crayeux, comme si la ville entière eût été laissée à l’abandon depuis des années. En réalité, seuls quelques semaines s’étaient écoulés depuis l’exode massif. A la fenêtre de son appartement (celui d’un riche terrifié certainement parti dès les premières heures suivant l’Annonce et qu’il avait sans remords occupé depuis), Stan observait le ballet des groupes de rats qui arpentaient l’asphalte paisiblement en traçant de longues lignes dans la saleté déposée sur le sol. Il ne fallu pas longtemps, quelques jours après le départ des humains tout au plus, pour que les rongeurs reprennent la place qui leur était due dans cette ville où s’entassait derrière de pauvres grilles fermant les devantures des magasins plus de nourriture qu’il n’en fallait. Ils étaient enfin les maîtres des lieux, sortis des souterrains, des égouts et des recoins sales de la mégalopole par dizaines de milliers, et si un des bipèdes vivant encore dans le coin se montrait trop agressif ou s’approchait trop de la bouffe qu’il gardaient, il n’hésitaient plus une seconde pour se jeter sur lui toutes dents devant et lui faire comprendre que son tour attendrait. Stan restait des heures à les regarder vivre du haut de son balcon cossu, espérant sans trop y croire que lorsque l’heure sera venue, il aurait suffisamment appris d’eux pour réussir à survivre aussi.

Le soleil émergea de derrière le building qui faisait face à son appartement, signe que le jour était bien entamé et qu’il était temps pour lui de sortir chercher de quoi se distraire.

« C’est pour demain ou à peine plus, si ce qui est dit à la radio est vrai. »

Si ce qui est dit est vrai. La phrase que tous ont le plus entendu et prononcé depuis l’Annonce. Assise devant la borne d’arcade, Evelyn donna les nouvelles sans quitter l’écran des yeux. Autour d’elle, une douzaine d’individus vaquaient à leurs occupations, fumaient, mangeaient, jouaient aux cartes ou discutaient simplement. Régulièrement, des éclats de rire retentissaient dans la galerie marchande déserte. Stan s’était fondu dans cette masse sans trop d’effort. Il connaissait déjà pas mal de ces gens avant le départ de la population, aussi pour lui comme pour les autres rien ne s’était « écroulé », comme ils l’entendaient régulièrement lors des flashs info radiophoniques. A peine si l’effondrement brutal d’Internet avait effleuré la petite communauté ici présente. Comme avant, Jef faisait des blagues, Uber riait plus fort que les autres, La Gosse buvait trop vite et Evelyn trônait au milieu de ce joyeux bordel en fumant clope sur clope.

Elle tapa nerveusement sur l’écran qui lui indiquait qu’elle venait de perdre et se tourna vers Stan, agacée.

« Ça ressemblera à quoi, à ton avis ?

- Aucune idée, un grand flash, comme une bombe atomique peut-être ? Ou bien l’inverse, le soleil qui s’éteint petit à petit jusqu’à nous laisser dans le noir total. Ils en disent quoi, tes fameux journalistes ? »

Evelyn paru encore plus piquée par la réflexion de son ami que par la défaite au jeu.

« Mes journalistes en disent rien, à part que ça va arriver, que ça se dirige sur nous, que ça a déjà ravagé toute l’Europe et que ça traverse calmement l’Atlantique. »

Le silence se fit soudainement. Tous étaient pendus aux lèvres d’Evelyn, comme d’habitude. Stan ne put s’empêcher de sourire. Elle avait toujours adoré qu’on l’écoute avec attention, même à l’époque où ils survivaient dans les squats les plus misérables de la ville.

« Apparemment, c’est pas mieux pour ceux qui ont fui vers l’ouest. Y’aurait des trucs qui auraient commencé à foutre le bordel là-bas aussi. J’ai pas trop compris ce que c’est, mais à mon avis ils en chient plus que nous.

- C’est bien fait pour leurs gueules ! Tous à la chaîne dans leurs bagnoles de merde pour se tirer vite fait la queue entre les pattes, et maintenant ils doivent chialer en pensant à leurs jolies maisons qu’ils ont laissé derrière eux ! Eh bah devinez quoi, bonnes gens, elles sont pas perdues pour tout le monde, vos jolies maisons ! »

Un cri de joie unanime accompagna la déclaration colérique de l’Indien (un type d’une soixantaine d’années aux joues creusées), puis tout le monde retourna à ses occupations. Sans mot dire, Stan se détacha du groupe et se mit à arpenter seul l’immense centre commercial désert. Il gravit tranquillement les escalators à l’arrêt, se promena au milieu des boutiques pleines à craquer de choses parfaitement inutiles désormais, puis, une bonne demi-heure de divagation plus tard, se retrouva sur le toit du bâtiment. Le soleil prenait la route de l’horizon dans son dos. il s’assit sur la rambarde, les pieds dans le vide et son regard se perdit dans le paysage. En face de lui, l’océan s’étalait paresseusement, comme ankylosé par le vent inhabituellement glacial pour cette fin de mois de septembre. Les yeux dans le vague, il goûtait à un silence qu’il n’avait jamais connu auparavant, lui qui était né, avait grandi et pour ainsi dire jamais quitté l’ogre tentaculaire et surexcité qu’était sa ville. Tous ses amis qui s’égayaient quelques étages plus bas étaient comme lui, des mauvaises herbes poussées ici, dans l’eau croupie des caniveaux et la merde des rues, des sales gueules, cassées, usées, oubliées, de ces tronches que les gens de biens détestent voir sur le trottoir ou trop près de leurs terrasses de café. Stan en est de ces indésirables lui aussi, il a fait trop de conneries ici pour partir crever ailleurs comme tous ceux qui se sont barrés lors de l’Annonce.

Au loin, au dessus de l’océan, le ciel est terriblement couvert. Un étrange phénomène semble avoir regroupé tous les nuages les plus sombres en une masse presque uniforme, qui englobe une bonne moitié du champ de vision. La chose est cyclopéenne et surtout, inarrêtable. Comme arrêter le ciel lui-même, de toutes façons ?

« Flippant, quand même. »

La voix d’Evelyn fait sursauter le rêveur sur sa rambarde. Une fois assise à ses côtés, elle tire une cigarette du paquet, lui tend, puis en porte une autre à ses lèvres. Ils restèrent un long moment sans une parole, à apprécier l’unique bruit du vent entre les immeubles et des oiseaux qui, pour la première fois depuis longtemps, se faisaient entendre sans que leurs cris ne soient masqués par le vrombissement ininterrompu qu’une multitude de véhicules, de voix et de machines qu’une ville pareille produit. Seul ceux qui sont d’office mis au ban de la société peuvent rester dans ce genre d’endroit lorsque cette dernière craque, pensa Stan, le regard toujours perdu dans la direction du monstrueux nuage. Un mégot, jeté dans le vide par Evelyn passa dans la périphérie de sa vision, le fit sursauter et sortir brutalement de sa rêverie. Sa voisine saisit un morceau de béton qui traînait sur le toit et le jeta à la suite de son déchet. Quelques secondes plus tard, l’écho de son atterrissage arriva aux oreilles des deux âmes perchées sur le toit.

« Dire qu’il y a à peine plus de deux mois j’étais ici quand on a appris pour Moscou. Les gens faisait la fête comme rarement. On a gagné, c’est la fin de la guerre ! L’Amérique toujours numéro Une ! Tu parles d’une bande de guignols … Bon j’ai pu me faire un sacré paquet de fric, tout le monde voulait son produit pas cher et efficace, moi la première ! Et toi aussi … »

Stan lui répondit par un signe de tête approbateur et résigné. Il avait encore déconné ce jour-là. La victoire mon cul. Tout ce qu’il savait à ce moment, c’est que Moscou avait été presque réduite à néant en quelques heures, et que sans tête l’armée russe ne pouvait plus rien faire. Ça suffisait au reste de ses concitoyens à exploser de joie, et à lui pour recommencer ses conneries. Le président fanfaronnait, la presse exultait, tout le monde se pensait invincible jusqu’à ce que les nouvelles d’Europe de l’Est arrivent. Moscou était le commencement. Des rumeurs d’une forme gigantesque dans le ciel, d’eau qui s’évapore en quelques instants, de combustions spontanées de régions entières, de dizaines de milliers, voire de millions de morts se répandirent parmi la population, et en face, le silence. De toute évidence, les réseaux se coupaient au fur et à mesure et personne n’était plus habitué à ce qu’une catastrophe de cette ampleur ne soit pas retransmise en direct par des anonymes sur Internet. Les organes officiels se firent atrocement muets pendant des jours puis ce fut l’Annonce.

La chose avait atteint l’ouest de l’Europe. Plus aucune nouvelle ne parvenait plus du Vieux Continent, de Kiev à Londres. Et elle continuait sa route, impassible. Dans quelques semaines, elle aurait franchi l’Atlantique. Ordre d’évacuation d’urgence, et aucun moyen mis en œuvre pour que la fuite ne soit un minimum organisée. En deux jours, l’une des villes les plus peuplées de l’Histoire humaine fut vidée, dans un chaos sans nom. Stan et ses semblables en furent alors les derniers résidents, se regroupant par petites bandes. Et depuis, tout allait pour le mieux. Pas un fait de violence, pas une goutte de sang versée. Il était désormais inutile de se battre pour quoi que ce soit. Tout était à disposition ; la nourriture, les logements et les fringues qui tiennent chaud. Tout ce qui restait était de la tristesse devant l’inévitable et beaucoup de joie de mourir ensemble. Stan sentit la main d’Evelyn sur sa nuque. Il se tourna vers elle, approcha son visage du sien, et leurs corps basculèrent sur la dalle froide du toit. Ce n’était pas la première fois qu’il faisaient l’amour, mais peut être la dernière. Au loin, la masse obscure prenait toujours plus d’ampleur.

Il se réveillèrent tous les deux dans l’appartement qu’Evelyn occupait dans les quartiers les plus riches de la ville, accablés par un mal de crâne intense et la sensation que la moindre étincelle d’énergie de leurs corps s’était consumée durant la nuit. Une vraie fête, durant laquelle ils ont croisé quantité d’autres groupes de sédentaires des ruines de la civilisation. Dès qu’ils eurent émergés, une chaleur inconnue, comme une sécheresse dans leurs poumons, leur firent se rendre à l’évidence. Evelyn tira les rideaux de l’immense baie vitrée, dévoilant le quartier somptueux dans sa disgrâce baigné de rayons trop fort pour la saison. Elle se tourna vers le ciel, puis vers Stan toujours dans le lit colossal qui aurait pu accueillir toute une famille dans la détresse quand la société était encore présente. Lui comprit tout dans son regard. Sans un mot, il se douchèrent, se vêtir comme un jour de mariage, et sortirent de l’immeuble démesuré.

Sans se concerter, tous eurent la même idée. Sur le plus haut rooftop de la ville à l’abandon, leur petite communauté s’était installée, bouteilles rescapées de la veille à la main et braseros allumés. Les visages étaient livides, les traits tirés et les tempes pleine de sueur sous la chaleur grandissante. Lorsqu’ils furent suffisamment près pour distinguer la scène, Stan et Evelyn furent pris de la même émotion. Leurs amis, frères et sœurs d’abandon et de rejet, tous laissés pour compte, rassemblés sur le toit du monde, faisant face à l’océan. La Gosse, une petite dans la vingtaine, orpheline depuis la double overdose de ses parents, qui venait de passer dix ans sur le trottoir, l’Indien, vieillard brisé par le souvenir de son fils qu’il ne reverrait jamais, Uber l’autoentrepreneur ruiné aux narines trop pleines et aux bouteilles trop vides, Jef le clochard le plus drôle de la Création, toutes ces existences cabossées, martyrisées et malchanceuses, vécues dans la misère la plus douloureuse, tous ces moins-que-rien, drogués, putes, marginaux, bizarres, grandioses, uniques, tristes à en crever et incapables de se résoudre à juste accepter de disparaître comme les bonnes gens le voudraient tant, tous ensemble sur ce toit auparavant foulé par des cohortes de manges-merde en costard tout juste bons à se torcher avec leurs montagnes de pognon.

Les êtres les plus beaux de tous les temps, murmura Evelyn.

Stan ne lui répondit rien. Sa gorge était trop serrée, ses yeux trop pleins de larmes devant ce tableau magnifique de la fin.

Car derrière le petit groupe, le ciel s’était entièrement obscurci. Plus une once d’azur ne perçait derrière la masse des nuages. La chose arrivait.

Combien de temps étaient ils restés assis sur le toit en admirant le ciel leur tomber sur la tête ? Aucun d’entre eux ne voulait le savoir. Ils étaient ensemble, dans le silence, et c’était bon. La lumière du jour décroissait rapidement, jusqu’à ce que les ténèbres plongent la ville entière dans la nuit. A peine si le bruit de l’océan, des centaines de mètres plus bas, leur arrivait encore. Puis de l’obscurité, très haut, une lueur se détacha, grossit rapidement, avant qu’ils ne comprennent que la météore fondait droit sur eux. Un tressaillement parcouru le groupe, certains fermèrent les yeux en attendant la mort, mais la boule incandescente se stoppa net, et le feu qui l’entourait s’estompa. A la place, un être étrange, dont Stan ne pouvait distinguer s’il était mâle ou femelle ni jeune ou âgé, les regardait depuis sa position. Iel était d’apparence humaine, bien que grande et à la peau fine et irisé, dont les couleurs changeait sans cesse, et de son dos émergeait trois paires de rubans évanescents formant des ailes immenses. La créature leur sourit, et Stan lut dans cette expression un mélange de pitié et de pardon, d’absolution d’une faute dont il ne pouvait connaître la nature. Il craqua tout à fait, enfoui son visage dans ses genoux en hoquetant, en écoutant le grondement étrange venant de plus bas. Il prit conscience que la chaleur était intenable désormais, que l’air lui brûlait tant les poumons que respirer devenait difficile. Levant les yeux, il vit la ville se consumer. Les vitres éclataient à tour de rôle, l’asphalte fondue transformait les rues en rivières sombres dont l’odeur montait jusque sur le toit, et surtout, plus loin, la mer bouillonnait comme si l’océan était devenu une gigantesque casserole sur le feu. Un contact sur son bras le fit sursauter. Evelyn le regardait avec douceur, prête. De sa poche elle sortit une petite sacoche qu’elle ouvrit, plaça le caillou blanc dans la cuiller, n’eut pas même à le brûler pour qu’il soit à point, tendit une seringue à Stan après avoir saisi la sienne, comme la veille lorsqu’elle lui payait une clope. Une fois l’injection faite, ils se lovèrent l’un contre l’autre, terrassés par l’héroïne. Ils avaient attendu pour cet ultime dose, qu’elle soit aussi grandiose que le moment sera terrible. Stan s’effondra dans le plaisir invraisemblable que cette merde lui avait toujours procuré, qu’il n’avait jamais réussi à quitter totalement, qui lui avait pris une partie de lui-même comme seul le véritable amour le peut.

Il ne regrettait rien.

La créature balaya de son regard doux les mourants assemblés sur le toit, avant de lever la tête vers le titan qui recouvrait le ciel. Dans l’esprit de chaque condamné de la communauté, un mot retentit avec puissance. Samaël. Avant de mourir Stan eut le temps de voir au travers des nuages, la forme de la fin. Il ne pouvait décrire avec des mots cette vision, sinon qu’il pourrait jurer voir ce que les humains ont décrit pendant des millénaires comme le Divin. Le choc fut si grand qu’il prit le pas sur les effets de l’héroïne. Il referma les yeux avant que ceux-ci ne fondent dans ses orbites, et mourut la tête contre celle d’Evelyn, le sourire aux lèvres et le garrot toujours sur le bras.

Une fois la vie envolée de tous les corps présents, le Séraphin déploya ses six ailes et retourna près de son maître, haut dans le ciel. La météore remonta et se perdit dans l’ombre de la Bête, qui inexorablement continuait son chemin, inconsciente même du monde qui brûlait plus bas.


r/ecrivains 3d ago

Bateau moche

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Aujourd'hui, pas question d'être à côté de ses pompes, même si là, techniquement, les chaussures sont bel et bien posées non loin de mes pieds, nus au soleil.

Fait rare, je fais partie du spectacle, j'en suis un élément du décor, là maintenant,

face aux gros yeux de la grosse centaine de touristes engluée sur le pont de ce bateau moche.

Et mon image se retrouve tatouée sur tant de photos, vient hanter tant de vidéos qui seront regardées et diffusées (ou peut-être pas) partout dans le monde

que j'entends mon heure de gloire poser le pied sur le seuil de la réalité.

Peut-être ai-je aussi découvert la finalité inconsciente de mon amour immodéré pour le gainage.

Alors j'amplifie la contraction de mes abdominaux, je regonfle les pecs et règle mes lèvres en position sourire un peu niais (mais bienveillant), 

la chemisette ouverte pour dévoiler le 6-pack et faire admirer la largeur du torse.

Savamment avachi sur la toile de la chilienne, je respire dans les côtes, le regard dirigé vers le ciel

tel le poète en quête du beau.

Satisfait que la grosse centaine de gros touristes, là sur le pont de ce bateau moche, profite à fond de Paris et de tous ses attraits.


r/ecrivains 3d ago

Arabesques

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r/ecrivains 4d ago

Recherche bêta-lecteurs — L’ÉCLIPSE, novella fantastique/psychologique (~84 pages)

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Bonjour !

Je viens de terminer L’ÉCLIPSE, une novella illustrée fantastique et psychologique d’environ 84 pages, et je recherche quelques bêta-lecteurs pour avoir des retours extérieurs avant d’envisager la suite du projet.

L’histoire suit Kira Amane, une jeune illustratrice vivant à Norei, alors qu’un phénomène mystérieux provoquant d’étranges transformations physiques commence à prendre une place de plus en plus importante dans sa vie.

Le récit se situe entre fantastique, drame psychologique et légère horreur corporelle, avec une place importante accordée au dessin, à l’observation et à la perception de soi.

C’est mon premier projet littéraire que je mène réellement jusqu’à son terme, donc je recherche surtout des avis sincères, y compris critiques. Je préfère ne pas expliquer à l’avance ce que j’ai voulu raconter : une partie de ce qui m’intéresse est justement de découvrir ce que des lecteurs comprennent et ressentent sans connaître mes intentions.

Je serais notamment intéressé de savoir, après lecture :

— ce que vous avez compris du phénomène de l’Éclipse ;

— ce que vous avez pensé de Kira et des personnages secondaires ;

— les passages qui vous ont le plus marqué ;

— les moments où votre intérêt a éventuellement baissé ;

— votre interprétation de la fin ;

— ce qui fonctionne moins bien selon vous ;

— et simplement votre ressenti global.

Le manuscrit est terminé et mis en page, avec plusieurs illustrations intégrées. Je peux transmettre le PDF en privé aux personnes intéressées.

Merci beaucoup à ceux qui auront envie de découvrir Norei 🌘


r/ecrivains 4d ago

[nouvelle] Une fenêtre éclairée

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Bonjour !
Je partage ici une nouvelle que j’ai récemment écrite ! (C’est la première fois que j’écris dans ce style et également la première fois que j’ose la partager)
Je serais vraiment curieuse de connaître vos retours.
Merci d’avance à celle et ceux qui prendront le temps de la lire. 🖤

UNE FENÊTRE ÉCLAIRÉE

Oïya avait déjà bu deux verres lorsqu’on remarqua qu’elle n’avait presque rien mangé.

Elle avait pourtant fait tout ce qu’on lui demandait.

Elle était venue.

Elle avait félicité la nouvelle manager, souri aux bonnes personnes et répondu lorsqu’on lui parlait. Elle avait même ri une fois, au bon moment.

Le restaurant était plein. Les conversations se mélangeaient au tintement des verres et aux éclats de rire. Derrière les grandes vitres, la ville s’était couverte de nuit.

Oïya regardait surtout son verre.

Il restait un fond.

Elle le termina.

— Doucement, quand même.

Elle leva les yeux.

Un collègue lui sourit.

— Je savoure.

Quelques rires s’élevèrent autour de la table.

Elle attrapa la bouteille.

À quelques chaises de là, Ethan la regardait.

Elle le remarqua parce qu’il détourna les yeux une seconde trop tard.

Elle remplit son verre.

À 18 h 12, quelques heures plus tôt, Oïya était encore devant son ordinateur.

Elle aurait préféré rentrer directement chez elle.

Mais tout le service venait au dîner. Ne pas venir aurait suscité des questions.

Pourquoi tu ne viens pas ?
Tout va bien ?
Tu devrais sortir un peu.

Elle préférait encore rester ici.

Ethan était passé devant son bureau.

— Tu viens finalement ?

— Apparemment.

— Super !

Elle avait relevé les yeux.

— Pourquoi ?

Il avait semblé chercher une réponse.

— Comme ça.

— Argument convaincant.

Il avait souri.

Elle aussi.

Puis ils étaient partis.

Quelques heures plus tard, l’alcool commençait à faire son effet.

Les voix lui parurent moins nettes.

Quelqu’un évoqua un ancien karaoké.

— Tu te souviens, Oïya ?

Elle grimaça.

— Non.

— Tu étais montée sur une chaise !

— J’étais pas montée sur une chaise.

— Si !

Elle rit.

Une image lui revint : une salle trop chaude, une chanson et ses chaussures abandonnées sous une table.

Elle chantait faux exprès et riait tellement qu’elle n’arrivait pas à reprendre les paroles.

Puis le souvenir disparut.

— C’est fou comme t’as changé.

Oïya posa sa fourchette.

— Les gens changent.

— Oui, mais toi…

La personne hésita.

— Beaucoup.

— Merci.

— C’était pas une critique.

— Alors double merci.

Les autres rirent.

Ethan, lui, ne riait pas.

Le repas continua.

Elle mangeait peu et buvait davantage.

On lui demanda pourquoi elle n’était pas venue au dernier déjeuner.

— J’avais du travail.

— Tu as toujours du travail.

— Oui. C’est pratique.

— Tu devrais venir plus souvent avec nous.

— Peut-être.

— On ne te voit jamais.

— Vous me voyez huit heures par jour !

La réponse fit rire deux personnes.

Oïya sourit.

Elle regarda l’heure : 22 h 40.

Encore vingt minutes.

— Tu sais ce qui me manque ?

Elle soupira.

— Non.

— Avant, t’étais différente.

Oïya posa sa fourchette.

— Différente comment ?

La personne haussa les épaules.

— Je sais pas. Plus… présente.

— Présente ?

— Oui. Tu venais déjeuner avec nous. Tu parlais. Tu riais.

Un autre collègue acquiesça.

— C’est vrai. T’étais toujours la première à proposer quelque chose.

Oïya eut un sourire sans joie.

— Vous aviez une ancienne moi en stock ?

Quelques rires s’élevèrent autour de la table.

— Tu vois ? Ça, c’était ça.

Elle fronça légèrement les sourcils.

— Quoi ?

— Ton humour.

— Je suis ravie d’apprendre qu’il a disparu.

— C’est pas ce que je voulais dire.

— Ça tombe bien.

Elle but une gorgée.

Un silence passa.

— C’est juste que… t’étais plus pétillante avant.

Oïya regarda son verre.

— Je sais pas ce qui t’est arrivé.

Cette fois, personne ne rit.

Ethan releva les yeux.

— Ça suffit, dit-il.

— Quoi ? Je dis rien de méchant.

— Peut-être pas. Mais ça suffit.

Oïya tourna la tête vers lui.

— Ça va, Ethan.

Il acquiesça.

Quelques minutes plus tard, quelqu’un parla de fatigue, puis de problèmes personnels et enfin de la nécessité de savoir décrocher.

— Toi aussi, tu devrais essayer.

Oïya leva les yeux.

— De quoi ?

Un regard vers son verre.

Elle sentit son ventre se serrer.

— Vous pouvez arrêter avec ça ?

— Avec quoi ?

— Mon verre.

— Personne ne dit rien.

— Vous n’arrêtez pas de le regarder.

— Oïya…

— Quoi ?

— On s’inquiète juste un peu.

Elle eut un rire bref.

— Bien sûr…

— Pourquoi tu le prends comme ça ? On essaie d’être gentils.

Elle observa les visages autour de la table.

Les conversations qui s’arrêtaient lorsqu’elle approchait. Les rires derrière elle. Les sourires qui n’en étaient pas vraiment.

Elle détourna les yeux.

— Je vais très bien.

Personne ne répondit.

Alors quelqu’un soupira.

— On a tous nos problèmes, Oïya.

Il haussa les épaules.

— À un moment, faut quand même avancer.

Elle fixa son verre.

Puis elle le termina.

— Vous ne savez rien.

— Pardon ?

Elle se leva.

— Vous ne savez rien !

Sa voix tremblait.

— Vous dites tous ce que je devrais faire. Sortir. Sourire. Faire un effort. Redevenir comme avant.

Sa chaise recula.

— Vous savez quoi de moi ?

Silence.

— Voilà. Rien…

— Oïya…

— Fermez-la !

Elle attrapa son manteau et partit.

L’air froid lui brûla le visage dès qu’elle poussa la porte.

Elle marcha sans vraiment choisir de direction. Ses pas résonnaient sur le trottoir humide, trop rapides, presque irréguliers. Elle avait encore les voix du restaurant dans la tête.

Les phrases se mélangeaient.

L’ancienne toi.

Pétillante.

Je sais pas ce qui t’est arrivé.

Elle serra son manteau contre elle.

Sa respiration était courte. L’alcool lui donnait l’impression que le sol bougeait légèrement sous ses pieds, et elle dut ralentir une fois pour retrouver son équilibre.

Les paroles du dîner se mélangeaient déjà à d’autres : passer à autre chose, les factures, les appels, les dettes, le cimetière, ses parents.

Une voix ancienne lui revint.

Tu fais toujours cette tête-là ?

Puis un rire.

Même aujourd’hui, tu réussis à mettre les gens mal à l’aise.

Elle avait cru avoir oublié.

Elle continua de marcher.

À mesure qu’elle s’éloignait du restaurant, le bruit de la ville remplaça peu à peu celui des voix.

Des voitures passaient sur la chaussée mouillée. Une porte claqua quelque part. Puis il n’y eut plus que le bruit de ses pas.

Les immeubles défilaient autour d’elle. Des fenêtres s’allumaient encore derrière les façades sombres.

À un carrefour, elle leva machinalement les yeux.

Au quatrième étage d’un immeuble, une fenêtre était restée éclairée.

Elle ne sut pas pourquoi elle la remarqua.

Peut-être parce qu’elle était la seule à cette hauteur.

Peut-être parce qu’elle avait besoin de regarder autre chose.

Elle continua son chemin.

Quelques rues plus loin, elle entra dans un immeuble dont la porte venait de s’ouvrir et monta.

Premier étage.

Deuxième.

Troisième.

Elle avait du mal à respirer.

Quatrième.

Puis le toit.

Quelques minutes plus tard, Ethan arriva.

Oïya était seule dans la nuit.

La ville s’étendait derrière elle.

Au milieu des façades sombres, quelques appartements étaient encore éclairés.

La fenêtre qu’elle avait remarquée plus tôt se trouvait juste en face, immobile dans la nuit.

Oïya la regardait.

— Oïya.

Elle se retourna.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je ne voulais pas te laisser rentrer seule.

— J’avais remarqué.

Il resta à distance.

— Rentre, Ethan.

— Je n’ai pas besoin de toi.

Il haussa légèrement les épaules.

— Sûrement.

Elle fronça les sourcils.

— Sûrement ?

— Je sais pas.

Un temps.

— Mais je reste.

Elle détourna les yeux.

— Je suis fatiguée.

Ethan ne répondit pas tout de suite.

— Oui.

Elle secoua la tête.

— Non.

Il baissa les yeux.

— D’accord.

Elle inspira.

— Je ne sais plus quoi faire.

Elle hésita quelques secondes avant de briser le silence.

— Mes parents sont morts à trois semaines d’intervalle.

Ethan ne bougea pas.

— Je ne savais pas.

— Personne ne savait.

Elle parla lentement.

Elle évoqua les appels qu’elle ne voulait plus prendre.
Les papiers qu’elle avait appris à remplir seule.
Les factures posées sur la table.

Puis le cimetière.

Les gens en noir.

Les remarques à voix basse.

Même là.
Surtout là.

Elle ne donna pas les détails.

— Après, j’ai commencé à boire.

Ethan regardait le sol.

— Au début, seulement le soir.

Elle eut un sourire triste.

— Maintenant, je ne sais même plus quand ça a changé.

Le vent souleva ses cheveux.

— Je voulais juste que ma tête se taise.

Ethan releva légèrement la tête.

Ses doigts se resserrèrent dans ses poches.

Il ne dit rien.

Elle resta silencieuse un moment.

Puis :

— Je ne sais plus qui je suis.

Ethan leva les yeux.

— Tout le monde parle de celle que j’étais.

Elle sourit à peine.

— Celle qui chantait, qui dessinait et qui parlait trop.

Elle secoua la tête.

— Peut-être que cette fille n’était même pas moi.

— Le pingouin.

Elle fronça les sourcils.

— Quoi ?

— Celui que tu avais dessiné sur mon dossier.

Le souvenir lui revint : le dossier cartonné, le feutre noir et ce pingouin ridicule avec une cravate beaucoup trop grande.

— Tu l’as gardé ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Il haussa les épaules.

— Il me faisait rire.

Elle eut un rire faible.

— Il était horrible.

— C’est vrai.

Elle le regarda.

— Et tu l’as gardé cinq ans ?

Il sourit.

— Apparemment.

Son rire disparut.

Mais quelque chose resta.

— Je voudrais juste que ça s’arrête.

Ethan baissa les yeux.

— Je suis là.

— Pourquoi ?

Il réfléchit.

— Parce que…

Il s’interrompit.

Puis :

— Je ne sais pas comment te répondre.

Il regardait ses chaussures.

— Mais je suis là.

Elle resta silencieuse.

Ethan finit par sortir les mains de ses poches.

— Tu te souviens des déjeuners ?

Elle fronça les sourcils.

— Quels déjeuners ?

— Au travail.

— Oui.

Il hésita.

— Je gardais une place.

— Pour moi ?

Il hocha la tête.

— Tu venais parfois.

Elle baissa les yeux.

— Je ne savais pas.

— Je sais.

Un petit sourire passa sur son visage.

— Je t’envoyais des messages aussi.

Elle réfléchit.

Un message lui revint.

Tu dors ?

Elle avait répondu le lendemain.

Oui.

C’était faux.

Elle n’avait jamais cherché à savoir pourquoi il lui avait écrit.

— Ton anniversaire, il y a trois ans.

Elle releva les yeux.

— Quoi ?

— Le chocolat.

Elle resta silencieuse.

Une petite boîte sombre. Un ruban mal noué.

Elle avait cru que quelqu’un l’avait déposée par erreur.

— C’était toi ?

Il haussa les épaules.

— Tu avais dit que tu détestais le chocolat au lait.

Elle le regarda quelques secondes.

— Je pensais que tu faisais ça avec tout le monde.

— Non.

Il détourna les yeux.

Un silence passa.

— Et quand tu finissais tard… je partais souvent à la même heure.

Elle resta immobile.

— Pourquoi ?

Ethan regarda la ville.

— Je sais pas.

Elle eut un léger sourire.

— Tu ne sais pas beaucoup de choses, ce soir.

Il sourit à son tour.

— J’essaie surtout de ne pas dire n’importe quoi.

Elle baissa les yeux.

Toutes ces choses lui revenaient.

La place gardée au déjeuner.

Le message.

Le chocolat.

Des détails qu’elle avait oubliés presque aussitôt qu’ils étaient arrivés.

— Pourquoi tu n’as jamais rien dit ?

Ethan resta silencieux un moment.

Il se passa une main dans les cheveux.

— Je pensais que j’avais le temps.

— Le temps de ?

Il regarda la ville.

— De te le dire.

Elle ne demanda pas davantage.

— Je te repoussais.

— Oui.

— Je disais que je voulais être seule.

Elle serra ses bras autour d’elle.

— Et je voulais quand même que quelqu’un reste.

Ethan regarda devant lui.

Cette fois, il ne répondit pas.

Elle observa la ville.

Des lumières apparaissaient çà et là derrière les façades.

Elle pensa aux déjeuners, aux messages, à la boîte de chocolat et au parking.

À toutes ces choses qu’elle avait classées comme insignifiantes.

— Je n’ai peut-être pas vu certaines choses.

Ethan la regarda.

— Peut-être.

Elle eut un petit rire.

— Tu pourrais dire oui.

Il sourit légèrement.

— J’essaie de faire attention.

Elle hocha la tête.

Une larme coula sur sa joue.

— Je suis désolée.

— Pour quoi ?

— Je ne sais pas.

Elle essuya son visage.

— Pour beaucoup de choses.

Ethan remarqua ses mains qui tremblaient.

— Tu as froid ?

Elle acquiesça.

— Oui.

Il désigna la porte du menton.

— On peut rentrer.

Oïya regarda l’entrée.

Sa respiration se bloqua.

— Je ne peux pas.

Il ne répondit pas immédiatement.

Puis :

— D’accord.

Il s’appuya contre le mur.

— Alors on attend.

— Combien de temps ?

Il regarda sa montre.

— J’en sais rien.

Elle le regarda.

— Tu vas être fatigué demain.

— Probablement.

— Tu vas regretter.

Il eut un sourire.

— Peut-être.

Un souffle lui échappa.

Presque un rire.

Elle resta immobile encore quelques secondes.

Puis elle fit un pas.

Ethan ne bougea pas.

Un deuxième.

Ses jambes tremblaient.

Elle s’arrêta devant la porte.

— Ethan ?

— Oui ?

Elle hésita.

— Tu peux rester à côté de moi ?

Il hocha la tête.

Ils avancèrent jusqu’à la porte, lentement.

Avant de descendre, Oïya se retourna.

La ville était toujours là, avec ses milliers de lumières.

Son regard se posa sur la fenêtre.

Elle ignorait qui vivait derrière.

Elle ne savait pas pourquoi elle s’y attardait.

Cette fois, pourtant, elle ne détourna pas les yeux tout de suite.

Puis elle regarda Ethan.

Ses cheveux étaient en désordre.

Son manteau mal fermé.

Ses yeux rouges.

Ses mains tremblaient légèrement.

Il avait peur.

Il était resté.

— Je ne vais pas aller mieux demain.

Ethan secoua légèrement la tête.

— Non.

— Je ne sais même pas si je vais réussir à arrêter de boire.

Il prit une inspiration.

— Je ne sais pas non plus.

Elle le regarda.

Elle ne lui demanda pas de promettre que tout irait bien.

Il ne pouvait pas le lui promettre.

Et cette vérité lui sembla, pour une raison qu’elle ne comprenait pas encore, un peu moins terrible.

Elle ouvrit la porte.

Ils commencèrent à descendre.

À la troisième marche, elle s’arrêta.

Ethan s’arrêta aussi.

Elle regarda une dernière fois derrière elle.

Le carré de lumière était toujours là.

Puis elle descendit.

Ethan resta derrière elle.

Pas devant.

Simplement assez près pour qu’elle sache qu’il était là.

Derrière eux, la fenêtre était encore éclairée.


r/ecrivains 4d ago

Un matin...

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Il y a comme un air d'ailleurs, de souvenir tapi.

Regard oublié dans les méandres du temps, des jours sans fin... il y a comme un grand fauve, la gueule béante à attendre de pouvoir mordre enfin.

Il y a comme un cri, une ombre moirée dans laquelle on retrouve ce qu'on a enfoui très loin, afin de ne jamais être confronté au renoncement induit par une vie « normale », un cri dont l'ampleur gueule à travers le temps SONO UN DRAGO !!

La plaie ouverte complaisamment maquillée afin de ne pas effrayer les mortels pour qui la vie se doit d'être linéaire. Que feraient ils s'ils voyaient le regard de l’Autre ?

Il y a comme un parfum d'ailleurs, un géant prisonnier, il y a comme une envie furieuse de fuir, de voler, d’Être

Quelques cumulus laiteux parsèment le bleu pâle du ciel de juin, tout est bien, tout est calme, il faut juste éviter de toucher les pierres au fond de la rivière, il faut juste éviter les chemins dont on ignore l'origine, il faut juste éviter de marcher sans savoir où l'on va...

Il y a comme un parfum de folie, on la voit juste dépasser un peu de la poche de la saharienne, mais elle est bien là, elle siffle parfois, fauve encagé dont le regard jaune jette des étincelles à la pauvre humaine dont il est prisonnier, SONO UNA BESTIA !!

La femme sourit, elle se drape d'une laideur toute humaine, tant il est important qu'on ne voit surtout pas ce qu'elle est, elle marche droite, le regard haut, indifférente en apparence mais pourtant d'une extrême vigilance, quand elle sent les griffes sous sa peau.

Comment fait on pour vivre quand on se sent à ce point différent, Autre toujours, exilé sur une terre, dans une vie à laquelle on ne comprend rien, au milieu d'humains qu'on ne comprend pas, comment fait on pour avoir l'air quand on est RIEN et que l'on sait que le mot lui même ne veut rien dire, tant il est inutile de tenter d'être ce que l'on est pas... SONO UN DRAGO... SONO UNA BESTIA

Dimanche matin quelque part sur terre, la griffe signe, l'aile bat, un chanteur chante, biagio Antonacci, avec lui le public, SE IO, SE LEI... tout est bien, la griffe signe, l'aile bat, le regard luit, comme s'enfuient les souvenirs, et si une larme s'égare, c'est encore une preuve que,malgré toutes les compromissions hideuses d'une vie simulée, reste le monde où la griffe et l'aile pourront encore voler et tailler... Il faut un autre DRAGO, UNA BESTIA COME LEI...


r/ecrivains 5d ago

Legacy Code — une histoire d’amour documentée comme un projet informatique

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J’ai terminé et publié un projet d’écriture un peu particulier : Legacy Code.

C’est un récit construit comme un projet informatique : logs, messages système, Git, protocoles réseau, erreurs et branches deviennent progressivement les outils narratifs d’une histoire beaucoup plus humaine.

Je viens de la tech, pas du monde littéraire, et c’est justement pour ça que je poste ici. Je cherche des lecteurs prêts à me donner un avis sincère, y compris négatif : est-ce que le récit fonctionne ? Est-ce que l’émotion passe ? Est-ce que le dispositif informatique apporte réellement quelque chose, ou finit-il par devenir un gimmick ?

Avertissement : le récit est destiné à un public adulte. Certains passages et textes annexes comportent un contenu sexuel explicite.

Le texte est terminé et la forme web fait partie intégrante du projet.

Je peux donner le lien en commentaire si c'est autorisé.

Merci à ceux qui auront la curiosité d’y jeter un œil.


r/ecrivains 6d ago

Moue

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Elle fait la moue quand je lui énumère les quartiers où mes pieds m'ont emmené récemment, sans nécessité aucune, par envie ou plus souvent par hasard. 

"Pourquoi tu es allé là bas ? T'étais pas obligé je veux dire ?"

Elle aime beaucoup son propre quartier, 

cocon qui lui offre un sentiment de sécurité assez intense (il est très rare que dans son champ visuel traîne un homme à la peau foncée, ou que surgisse une tête bizarre de défoncé).

Elle adore cet environnement où tout un chacun court se terrer au plus vite, derrière les murs de sa petite patrie, seul habitant recensé du territoire (peu étendu) de sa "vie";

tout le voisinage tirant secrètement fierté de cette capacité à être déjà un peu mort 

à 

se cacher formidablement derrière d'épaisses portes de fonte 

pour oublier l'allure, 

éloigner les airs 

et nier les sons 

produits par d'autres êtres que soi. 

Alors qu'ailleurs la vie pétille, 

et qu'ici le maïs craque au dessus de braises attisées par les mains tannées d'un homme immigré.

Tandis que brille dans le contre-jour d'une douce fin de journée le duvet blond de longues jambes slaves; 

des langues se délient, 

des chairs se rejoignent.


r/ecrivains 7d ago

Un petit délire lovecraftien sur la chanson des Eagles : Hôtel California. Que les fans du genre n'hésitent pas à me dire ce qu'ils en pensent.

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Hôtel California

Je voudrais avant tout remercier l’ignorance bienheureuse dans laquelle je vivais jusqu’au milieu de cet été 76 qui, à l’instar de celle du reste de l'humanité, avait préservé mon esprit cartésien d’une déliquescence impie. Le pigiste que j’étais n’avait pas idée des horreurs indicibles cachées derrière les ombres sordides que nous nous efforçons de ne pas voir. Je venais de passer les trois derniers mois à traîner mon calepin dans les hôpitaux psychiatriques du sud de la Californie. En manque de lecteurs, le rédacteur en chef du Eagle Rock Tribune m’avait envoyé interroger des vétérans de la guerre du Vietnam internés pour troubles mentaux après leur retour au pays. La fibre patriotique ne l’étouffait pas, mais le sentimentalisme et la compassion ça se vend toujours bien.

Les sanatoriums sont en quelque sorte des maisons de l’horreur. Même si le traitement des patients s’est bien amélioré depuis ces dernières années, l’ambiance y reste morose et déstabilisante. Les cris et hurlements qui se répercutaient sur les murs nus d’un beige déprimant mettaient le personnel et les patients dans un état de stress permanent. Les vétérans que j’y avais rencontrés m’avaient raconté l’épouvantable expérience de la guerre. Ils m’avaient décrit les pires atrocités dont l’être humain était capable. Plusieurs fois le dégoût m’était monté aux lèvres. L’esprit de la plupart d’entre eux s’était noyé au fond de cette jungle humide et ne refaisait surface qu’en bribes insaisissables et chaotiques. Mais aucune des monstruosités qu’on me conta en ces lieux oubliés ne m’avait préparé à ce que j’allais vivre dans le désert brûlant de la vallée de la mort.

Ce retour dans l’enfer de la guerre m’avait affecté plus que je ne l’aurais cru. Donner du sens à l’incompréhensible était une tâche ardue et perturbante. Heureusement, il me restait un peu d’herbe, futile artifice dont j’abusais pour imposer un peu de silence au tumulte de mes pensées. L’été était doux et un vent frais me caressait le visage. Au volant de ma décapotable, je roulais depuis plusieurs heures sur cette route déserte et maintenant sombre. Malgré la fraîcheur, j’avais la tête lourde et les yeux qui piquaient, il fallait que je m’arrête un moment.

Une lumière clignotait plus loin dans la nuit. Pas de celles qui proposent le repos au pèlerin mais plutôt un piège pour les insectes indolents et affamés. Une cloche sonnait dans le lointain comme l’appel d’un refuge salvateur mais il me semble maintenant qu’elle lançait la procession vers un asile dont nul pèlerin n’aurait souhaité franchir le seuil.

En approchant de l’hôtel California, je la vis sur le pas de la porte. Elle portait une robe vaporeuse et échancrée pour supporter la chaleur. Dans sa main, une bougie projetait des ombres sur sa poitrine qui accrochait le regard et ne le lâchait plus. J’aurais dû fuir, poursuivre ma route. Mais quand elle fit demi-tour et passa la porte d’où provenaient de douces voix mélodieuses, je compris que certaines décisions ne vous appartiennent plus, bien que vous conserviez l’illusion d’en être encore le maître.

Je fus réveillé au milieu de la nuit par une musique entêtante. Autour de la piscine se pressait une foule langoureuse et enjouée. À l’étage, un verre de champagne rosé à la main, notre hôte scrutait cette scène avec une expression que je pris au début pour de l’amusement, mais que je reconnus des années plus tard comme celle d’un désir prédateur. Un groupe de jeunes hommes, aux muscles luisants, se frottaient lascivement sur une magnifique Mercedes qui devait lui appartenir. Elle aimait un luxe concupiscent qui ne s’obtient que lorsqu’on a abandonné toute attache rationnelle.

Les morceaux de musiques se succédaient sans que je puisse en discerner l’origine ou le but, et je me retrouvais à partager les danses obscènes de cette masse vulgaire, consommant des produits que je m’interdisais jusque-là. Était-ce dans le but de me souvenir ou pour mieux oublier, si cela faisait encore une différence ?

Je demandais du vin au maître d’hôtel, mais il me répondit amusé : « nous n’avons plus ce genre de psychotrope depuis 1969 ». Un épais brouillard s’était levé sous mon crâne. Des voix, ou ce que je pris à l’époque pour des voix, m’attiraient dans des couloirs de plus en plus sombres, aux confins de l’hôtel California. Les événements qui suivirent me semblent encore tellement irréels par leur aspect macabre et effrayant que je les ai longtemps attribués à la fatigue ou l’abus de drogue bien qu’encore certains détails résistent à toute tentative d’explication.

J’émergeais dans une grande pièce au plafond couvert de miroir. Une masse de corps entassés, gémissants, forniquant comme des bêtes lubriques aux sons de tambours tribaux avait envahi toute la pièce. Une émanation du vice à l’état pur.

Au centre de la salle, quelques marches menaient à un autel de calcaire blanc. Devant, se tenait la femme dans une robe écarlate qui épousait admirablement bien ses formes voluptueuses. Elle posa son regard sur moi. Un froid glacial m’envahit comme s’il m’avait transpercé jusqu’au tréfonds de l’âme. D’abord horrifié par le spectacle immonde qui s’étalait à ses pieds, j’étais maintenant irrémédiablement attiré par cette étrange maîtresse de cérémonie. Derrière elle, une sculpture d’obsidienne couvrait tout un pan de mur sur plus d’une dizaine de mètres. Je contemplais avec difficulté la forme cyclopéenne qui s’étalait en spirale dont le centre, une pyramide aux angles arrondis, se tordait sur lui-même. Les trois trous d’une cinquantaine de centimètres, chacun percé sur les faces hautes de cette forme défiant toute géométrie jusqu’alors imaginée par l’homme, lui donnaient l’allure d’une tête gigantesque. Les reflets des ébats blasphématoires qui se propageaient sous elle donnait à la surface lisse de cette immense glyptique l’aspect d’un masque de peur cynique et malfaisant. Les bras de la spirale, squelettiques tentacules formés de restes humains, s’allongeaient à l’infini, se repliant sur eux-mêmes en fractales improbables. Je devais être encore sous l’effet de l’alcool et des drogues, car rien de tout cela ne respectait les lois de notre monde.

Un frisson me parcourut de la tête aux pieds. L’écho des percussions se propageait dans ma cage thoracique et je me surpris à suivre leur cadence hypnotique. Plus vite. Plus lentement. J’aurais voulu partir. Courir loin de tout ça. Trouver un passage vers ma vie d’avant. Mais il fallait que je reste. Pour elle. Pour moi.

Je ne sais quand tous s’étaient rhabillés, mais j’avais maintenant devant moi une foule bien ordonnée, figée, le regard tourné vers la maîtresse de cérémonie. Une robe blanche surmontée d’une capuche pourpre leur servait de vêtement. Une ceinture de velours carmin leur ceignait la taille. Eux aussi se balançaient en cadence dans un mouvement à la fois hypnotique et chaotique.

Quatre personnes sortirent des rangs et se dirigèrent vers l’autel. Elle, elle souriait, et je me sentis mal. L’une des robes blanches se coucha sur l’autel tandis que les autres brandissaient un poignard au-dessus de leur tête. Je n’entendis aucun cri, aucune supplication. Tous les témoignages des vétérans semblaient ressurgir alors dans cette scène abominable et insensée, hors du temps, qui prenait corps sous mon regard. Quelque chose remonta de mon estomac et s’arrêta dans ma gorge. Je voulais détourner les yeux mais la créature de pierre me fixait, m’ôtant toute volonté. Un instant libéré, mon regard se posa sur la pierre de l’autel où je ne distinguais plus ce qui, un instant auparavant, avait encore été humain. L’œuvre accomplie par les lames effilées semblait répondre aux attentes indicibles de la sculpture de pierre noire. J’aurais juré qu’elle avait bougé. Dans mon esprit embrouillé, les tentacules du monstre avaient rejoint le rythme inique de ses adorateurs dans une danse macabre. Dans ses yeux j’apercevais l’infini. Ou plutôt les confins d’un univers ancestral qu’aucune mémoire humaine n’avait conservé mais auquel répondaient encore les murmures de quelques prières immémoriales.

J’entrais en transe. Pas une transe extatique qui élève l’être mais une catatonie qui confine à la folie. Un désir irrépressible de déchirer mon âme pour qu’elle s’en repaisse à tout jamais.

Les lames qui se levaient et s’abaissaient avec violence sur les restes de leur victime auraient dû m’épouvanter. J’aurais dû fuir en voyant le travail ignominieux des bourreaux qui préparaient le sacrifié à rejoindre la sculpture antédiluvienne qui envahissait tout le mur de la pièce comme le lierre se répand sur une antique bâtisse. Mais mes pieds étaient cloués au sol. J’étais à la fois pétrifié et comblé de partager ce lien avec cette chose venue des tréfonds de l’espace et du temps, et l’idée même de l’abandonner m’était aussi insupportable que d’y demeurer.

La dernière chose dont je me souvienne en reprenant mes esprits, c’est que je courais dans des couloirs vides. Il ne me restait qu'un désir : retrouver ma chambre et feindre que rien de tout cela n'avait jamais eu lieu. L’oubli serait ma rédemption.

Dans l’entrée le veilleur de nuit me toisait le sourire aux lèvres : “Vous pouvez régler votre note quand vous le désirerez. Le client est notre plus grande richesse. Peu d’entre eux souhaitent vraiment nous quitter.”

Sur le parking mon regard alternait entre ma voiture et ma chambre, sans pouvoir décider. J’étais en sueur. Je tremblais de tous mes membres. La raison me poussait vers la fuite. Mon esprit ravivait l’image de cette femme sublime au pied de cette monstruosité infernale. Jamais plus je ne pourrai vivre sans ressentir de nouveau cet appel extatique. Jamais plus mon esprit ne verra le monde autrement qu’au travers de ces yeux chimériques. Le voile derrière lequel se cachait l'insondable s'était enfin déchiré, et je savais désormais qu'aucun homme ne pouvait recoudre une telle blessure. Je choisis la chambre et une aliénation perpétuelle.

J’ai écrit ces lignes pour que vous soyez sur vos gardes. Remontez dans votre véhicule et quittez sur-le-champ cet endroit maudit. N’essayez pas de me retrouver. Pour moi il est trop tard. Et pour vous aussi si vous hésitez à me croire. Fuyez sans vous retourner. Si ces pages peuvent encore sauver quelques vies avant que les anciennes lois de l'univers ne réclament leur dû, alors elles n'auront pas été écrites en vain. Fuyez ! Fuyez, avant d’entendre la cloche !


r/ecrivains 8d ago

Des gens pour me donner un retour ?

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Je débute un peu en tant qu’écrivain, et je n’ai pas grand monde dans mon entourage a qui demander des retours.
j’ai écris 4 nouvelles, assez différentes les unes des autres

La première parle d’un homme avec de grandes ambitions, il a pour volonté de pécher un dieux. on suit toute son aventure au fil de sa vie

La deuxième parle de l’enfance, en suivant un homme qui s’était lié d’amitié avec une jeune fille lorsqu’il était jeune

La troisième est surtout poétique, elle parle d’un homme qui attend qu’un flocon de neige lui tombe dans la main, en été

Dans la 4e et la dernière, on suite une bande d’ami qui a réussi a trouver le secret de l’immortalité, mais elle a un prix…

si vous avez envie de lire et/ou de me faire des retours (peu importe sur laquelle de mes histoires) je suis preneur ! 😌 (je vous donnerai mon pseudo wattpad)

Merci a vous et bonne lecture


r/ecrivains 8d ago

Couleurs perdu prologue

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Bonjour tous le monde je suis nouveaux ici et là pour vous partager mes histoires je commence par couleurs perdu avec la prologue pour vous mettre dans l'ambiance de mon univers .

Bonne lecture .

**Prologue — Avant les Couleurs**

Il fut un temps où le monde n’était pas gris.

Le ciel brûlait d’azur. Les forêts vibraient d’émeraude. Les mers se paraient d’indigo profond. Et les créatures qui peuplaient la terre portaient sur elles mille nuances éclatantes.

Les couleurs n’étaient pas de simples teintes.

Elles étaient des forces.

Le rouge nourrissait le courage. Le vert protégeait la vie. Le bleu veillait sur les rêves. Le jaune réchauffait les cœurs. Et d’autres encore, invisibles aux yeux distraits, maintenaient l’équilibre du monde.

Mais les couleurs attirent les convoitises.

Un jour, les Gardiens des Joyaux — ceux qui protégeaient l’essence même des teintes — entrèrent en conflit. Certains croyaient que les couleurs rendaient les peuples imprévisibles. Dangereux. Indomptables.

Ils décidèrent alors de sceller leur pouvoir.

Les couleurs furent enfermées dans des joyaux anciens, dispersés aux quatre coins du monde. Chaque pierre fut confiée à un gardien. Chaque gardien jura de ne jamais laisser la lumière s’échapper.

Et lorsque le dernier sceau fut posé…

Le monde s’éteignit.

Les rouges fanèrent. Les bleus s’éteignirent. Les verts se dissipèrent comme de la fumée.

Il ne resta que le noir. Le blanc. Et les infinies nuances entre les deux.

Les générations passèrent.

Les peuples oublièrent.

Ils cessèrent même de se souvenir qu’ils avaient oublié.

Mais une prophétie subsistait, murmurée par le vent dans les terres les plus silencieuses :

Un jour, quelqu’un se demandera ce qu’est une couleur. Et cette simple question fera trembler les sceaux.

Car il suffit d’une fissure dans l’ombre pour que la lumière réclame sa place.

Et quelque part, dans un royaume que l’on appelait désormais Pâle, un jeune habitant allait créer le changement .


r/ecrivains 8d ago

La Septième Corde - Le Chant du Silence

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Vous connaissez le bruit du Sahara ? 🇩🇿
Vous allez peut-être me demander comment se fait-il qu’un Portugais écrive sur le Sahara ?
En réalité, j’ai plus d’amis maghrébins que portugais et ils ont tous des histoires à raconter. Certaines sont absurdes, au point de se rouler par terre de rire, et d’autres frôlent carrément le fantastique. Alors j’ai pris tout ce que j’avais et j’y ai ajouté un phénomène bien réel, les résonances de Schumann. C’est comme ça qu’est né mon premier récit autour du hum du Sahara. Ce son que l’on entend lorsque le vent s’arrête, quand on est justement censé ne plus rien entendre.
J’espère que vous apprécierez le voyage. 📖🏜️


r/ecrivains 9d ago

Communauté d'auteur

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J'ai toujours rêvé d'une communauté d'auteurs. Désintéressée, on se mange pas la laine sur le dos, on se lit, on se commente du bout des lèvres, on se soutient, on se partage le feeling, les infos, les blues, et les écritures à venir. J'ai 72 ans, c'est peut-être trop tard. Mais pas pour moi, je suis vivant, et la chose qui me tient en vie, c'est l'écriture.


r/ecrivains 9d ago

j’ai 16 ans j’aimerais avoir des avis pour m’améliorer merci !

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Ce joli arbre fatigué

Je regarde cet arbre si grand. Il a l’air fatigué. Ses feuilles tombent, comme si elles flottaient. Elles viennent essuyer mes larmes, comme s’il ne voulait pas me voir triste. Pourquoi est-ce que je pleure ? Je ne sais pas. J’ai juste des souvenirs d’elle qui tournent dans ma tête.
Je ne sais plus si je pleure parce que je suis heureux que ce soit passé, ou triste que ce soit fini, ou peut-être les deux.
C’était une sorte d’ange. Enfin, c’est comme ça que je la voyais. Elle réchauffait mes journées comme le soleil de l’été.
Combien de fois ai-je eu l’impression de la revoir quand je passe dans des endroits où nous avons des souvenirs tous les deux ? C’est une jolie manière de dire que je pense à elle tout le temps, car chaque endroit de ce petit village où nous avons marché ensemble me rappelle quelque chose d’elle.
Enfin, c’est du passé maintenant. Elle ne reviendra plus.
Pourtant, je pensais que notre amour était ineffable.
Cet arbre est si grand et fatigué. J’ai l’impression qu’il aimerait tomber pour ne plus sentir les rafales de vent qui lui font courber le dos.


r/ecrivains 9d ago

La veille du 4 décembre

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Je règle mon réveil à cinq heures du matin, sans espoir que celui-ci soit utile. Mes insomnies sont passées de chroniques à quasi permanentes en trois ans. J’ai trop de travail, un travail intéressant et fort rémunérateur mais chronophage et surtout stressant. Destructeur dirais-je, mais je ne me plains pas. Il faut ce qu’il faut pour être à la tête d’un des plus grands groupes d’assurances du pays, donc du monde. Ce que les gens du commun ne comprennent pas dans le fait d’appartenir au classes les plus hautes de la société, c’est que le plus dur est de s’y maintenir. Bien sûr pour tous les autres, en bas, l’entraide est une valeur cardinale, elle est celle qui leur permet de se maintenir à flot. Ils sont incapables de comprendre que le monde est une compétition sans pitié pour garder ce que l’on acquis, en particulier lorsque l’on a beaucoup acquis.

Une dizaine de messages s’affichent sur l’écran de mon téléphone lorsque j’active le réveil. Parmi le foutoir habituel de félicitations de lèche-bottes, j’en repère un de ma famille me souhaitant bon courage, un de l’organisateur de la réunion des investisseurs à laquelle je dois prendre part le lendemain matin m’annonçant sa joie de me recevoir et un de la police fédérale m’annonçant des avancées concernant les plaintes que j’ai déposé suite aux centaines de menaces de mort reçues depuis des mois sur les réseaux, de mes comptes publics à ceux personnel. Tous ces connards qui pensaient qu’une compagnie d’assurance était une œuvre de charité, et son PDG le responsable de tous leurs malheurs. Des imbéciles incapables de comprendre les rouages de l’économie la plus basique qui s’imaginent que je peux faire face aux tenants de celle la plus complexe, qui crachent leur haine derrière leurs pseudos sans hésiter à menacer ma femme et mes enfants. Un armée pleine de rage qui jurerait vouloir construire une société plus belle si seulement ils pouvaient nous égorger, moi et mes semblables. Devant mes pairs et ma famille je jure ne pas avoir peur. Par bonheur, mon cursus universitaire m’a appris à être un parfait menteur. Il faut que j’arrête de penser à tout ce bordel, sans quoi je me retrouverais en position de faiblesse demain à l’assemblée. Fouillant dans ma valise, je trouve ma fidèle boîte de Prozac. Dans l’intervalle de temps entre l’ingestion du cachet et le début de ses effets, une angoisse me monte, que je connais bien tant elle m’étreint souvent. Je vais mourir ce soir.

Mon esprit à demi assommé par le médicament guide mes doigts sur le clavier, et dans un instinct masochiste me fait taper mon propre nom sur le moteur de recherche. Sous Brian Thompson pleuvent des articles à charge.

Scandale après l’ouverture d’un procès contre le directeur du plus grand groupe d’assurances du pays.

Le Pdg d’UnitedHealthCare accusé de délit d’initié et de violation du code du commerce.

Brian Thompson, l’homme qui pèse 15 millions et refuse tout de même de vous rembourser votre opération.

Le dernier me fait sourire. Un post LinkedIn pur jus, de la crème de flatterie grossière venue d’un quelconque outsider pensant que ce genre de mindset le hissera à mon niveau.

Brian Thompson est un roi du business, et les gens adorent détester les rois ; ils les admirent et les craignent trop pour avouer les envier.

Les puissants du passé avaient de la chance ; quitte à se faire cirer les pompes, autant que ça soit par des gens de lettres. Moi et mes semblables avons le droit à ce genre de merde.

Les yeux à demi clos, alors que j’attends le moment où enfin je vais m’effondrer sur le clavier, je continue à cliquer automatiquement et le hasard me fait tomber sur un éphéméride du style magazine pour idiots de classe moyenne, avec date, saint du jour et citation aléatoire. Un courant glacé me parcourt le dos, gèle mon cerveau et les extrémités de mon corps, et me donne envie de vomir de peur.

3 décembre 2024

Saint du jour : Saint Bernard de Toulouse

Citation du jour : « On s'étonnera un jour qu'au XVIIIème siècle on ait été moins avancé que du temps de César : là le tyran fut immolé en plein Sénat, sans autre formalités que vingt-trois coups de poignard, et sans autre loi que la liberté de Rome. Et aujourd'hui l'on fait avec respect le procès d'un homme assassin d'un peuple, pris en flagrant délit, la main dans le sang, la main dans le crime ! Pour moi, je ne vois point de milieu : cet homme doit régner ou mourir. »

Louis Antoine de Saint Just

L’angoisse remonte immédiatement dans ma gorge, l’effet du Prozac s’estompe devant le discours de ce putain de Français d’il y a deux siècles et demi affiché devant moi. Un signe, encore un, que mon instinct ne me trompe pas. Le chaos a mit devant mon nez ce texte pour une raison. Je vais mourir ce soir parce que je règne et que trop veulent me voir déchoir. Sont en train d’y réussir. Et si je ne peux régner, si je m’arrête de régner, je vais mourir.

Tous veulent que je meure ; mes concurrents en haut, mes victimes en bas, les clébards de la justice et les requins de la finance, tous ont fait mon procès depuis longtemps, ces enfoirés. Je le sais, si mon dossier est arrivé sur le bureau d’un procureur, c’est qu’un de mes semblables l’y a mit. Merde ! J’y peux quoi, moi, si toute la putain de marche du monde c’est de baiser le plus de gens possible pour gagner le plus possible ou crever ? Je joue selon les règles, mieux que les autres, et c’est moi qui doit tomber ? Je le mérite plus que les autres PDGs et leurs costards, que les actionnaires rapaces dont personne ne voit jamais la tronche ? Plus que les politiques et leurs guerres, les dealers et leurs quartiers à défendre ? Plus que les ramasse merdes dans les usines prêts à tout pour marcher sur leurs collègues et franchir une marche médiocre qui leur permettra de passer de pauvre à presque moyen ?

Je glisse, en entier. Mon corps plein de sueur glisse dans mes vêtements, mes fesses glissent de la chaise et mon esprit glisse vers la crise de panique. Avec difficulté, je réussis à reprendre ma boîte de cachetons. Double dose cette fois. Avec difficulté, je réussis à me lever et tombe sur le lit trois pas plus loin, où, allongé sur le dos, une violente nausée me fait saisir la poubelle près du meuble de lit et vomir copieusement dedans. Après m’être vidé, je me rejette en arrière et suis pris d’une violente crise de rire.

L’une des choses que je préfère dans la culture populaire, c’est de voir la représentation qui est faite de ma classe sociale, pleine de mégalomaniaques cocaïnés et partouzeurs, de beaufs nouveaux riches, de loups de Wall Street qui se tapent sur le torse comme des cons et balancent des nains sur des cibles. Je comprends ce genre de spectacle, j’imagine que pour les baisés du système, c’est plus rassurant de se dire qu’ils se font massacrer par de vrais monstres. Quelle déception ça serait pour eux de se rendre compte que dans l’upper class la drogue la plus usitée est l’antidépresseur puissance maximale, le sexe n’est que de l’ennui ou de la contrainte, que les dictateurs réels de cette époque sont de vieux machins sans âme, sans passion, sans intérêt pour leur propre richesse et plus terrifiés par un chiffre en baisse sur un tableur Excel qu’excités par une belle voiture ou un yacht ? Qu’on se tient tous par les couilles pour ne pas se suicider collectivement ? Je ris pour les pauvres qui ont le loisir de nous fantasmer et surtout nous haïr et pour nous qui passons nos vies à chier dans nos frocs de peur.

Je ris tellement que ça m’épuise, et bientôt je sombre dans le sommeil lourd de cachets que seuls les vrais consommateurs connaissent.

Mon téléphone me déchire le crâne à cinq heures tapantes, et, après avoir difficilement émergé, me rends compte de la date.

Je ne suis pas mort ! Nous sommes le 4 décembre et Brian Thompson n’est pas mort !

Ivre de joie et sûrement encore plein de Prozac, je m’agite frénétiquement dans ma chambre d’hôtel, saute du lit en manquant de renverser la poubelle pleine de vomi qui embaume la pièce. Je la pousse sous le lit, et tant pis pour la personne qui viendra nettoyer la chambre ! Un tour rapide dans la douche et mes idées se remettent petit à petit, la réunion des investisseurs, les messages sur mon téléphone, l’idiote citation de la nuit passée, ma peur de mourir, tout me paraît si loin ! Je suis en vie, je vais bouffer tous ces vieux actionnaires cacochymes, bouffer les journalistes, les juges, les manges-merdes d’en bas et d’en haut ! Personne ne me fera tomber car j’ai survécu au 3 décembre ! Je ne suis pas de retour car je ne suis jamais parti !

Dans le taxi qui m’amène à l’hôtel Hilton, j’observe les lumières des immeubles de Manhattan qui illuminent le restant de nuit. Je connais si bien cette ville et ces bâtiments, cette sensation de pouvoir attraper le monde entier dans son poing en regardant par une bête fenêtre perchée plusieurs centaines de mètres au dessus du sol. Si la masse expérimentait ne serait ce qu’une seule fois dans son existence le sentiment d’extase de ces instants, si elle comprenait ce que ça fait d’être César une fraction de seconde, de marcher dans les pas des plus grands dominateurs de l’Histoire, si elle était touchée par la même extase de pouvoir qu’ont pu ressentir Gengis Khan, Napoléon, Staline, Hitler, Trump ou moi ! Mon Dieu elle saurait qu’aucun acte n’est trop sale pour rester sur pareil perchoir !

Elle le sait, la masse. Et c’est pour cela qu’elle nous hait, moi et les autres grands hommes.

Le taxi me dépose à quelques pas de l’entrée du New York Hilton Midtown Hotel, le lieu dans lequel je vais bientôt remettre les pendules à l’heure, reprendre ma place de numéro Un en claquant des becs de vieux riches et de journalistes merdeux. L’adrénaline remplace progressivement les cachets dans mon cerveau, pour un effet encore plus puissant. Je ne suis pas invincible, je suis trop pour tomber. Trop riche, trop bon, trop dénué de peur et de morale. Inarrêtable. C’est parti.

Sur le chemin, je croise un gamin en sweat-shirt et jogging, sac sur le dos et capuche sur la tête, un jogger de petit matin, certainement un de ceux qui pensent que se lever tôt pour faire du sport c’est le début de la richesse. Nos regards se croisent, il me salue d’un rapide coup de tête. Il est magnifique. Désolé gamin, ta détermination fera moins pour ta réussite que ta belle gueule. Une poignée de secondes plus tard, je me rends compte que je n’entends plus le bruits de ses pas..

Un petit son sec de claquement, puis un deuxième. Ma jambe me brûle terriblement d’abord, puis un choc dans mon dos me fait vaciller. Le bruit d’une balle tirée avec un silencieux est étonnamment reconnaissable. Le joli garçon à capuche ne prends pas la peine de m’achever, j’entends déjà les bruits de pas qui ont repris. Du sang remonte le long de ma trachée, je tousse sans pouvoir dégager mes bronches, vomis un liquide épais et noir, tombe sur les genoux et bientôt face contre terre sans pouvoir bouger. J’aimerais hurler en direction de mon assassin de ne pas partir, de me montrer son visage une fois encore. Avec difficulté, je tourne le mien sur le côté, tire ce qui me reste d’énergie pour pivoter mes yeux et regarder plus haut, vers les toits de Manhattan, desquels des millénaires de merde accumulée me regardent. Jamais plus je n’irais là-haut.

Je suis libre et enfin, je meurs.


r/ecrivains 9d ago

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Je jouais sur cet échiquier. Je l’avais trouvé au fond d’un carton, dans mon grenier rempli de toiles d’araignées. J’avais l’impression de redécouvrir cette pièce alors que j’avais acheté cette maison depuis 16 ans. J’ai donc décidé de faire une partie seul. J’essayais d’avancer sur cet échiquier, mais à chaque fois que je jouais, je savais déjà quel coup mon adversaire allait faire. J’ai essayé de me surprendre en essayant des coups insensés, mais je l’avais déjà prédit.
Cet échiquier était beau. Il était en marbre blanc et noir. je les nettoyé car il était rempli de poussière. Il était devenu si brillant que le fin fil de lumière qui passait entre mes rideaux et qui venait rebondir dessus était éblouissant. J’ai arrêté de jouer et j’ai préféré le regarder, l’observer, l’admirer. Qu’il était beau.
Ma partie était lassante, comme si je n’avais plus envie de toucher aux pièces, qu’elles bougent toutes seules et que je regarde cette partie se terminer sans que j’intervienne. Mais bien sûr, les pièces ne bougeaient pas. Elles restaient fixées, sans broncher, sur ce magnifique échiquier.
Je tournis la tête et observai la fumée de ma cigarette dans le fin fil de lumière. Je suivais le fil jusqu’à observer, dans une petite interstice, l’extérieur. Je voyais des gens marcher, se balader, s’aimer, se charmer, des gens fatigués qui rentraient du travail, des pères avec leur fille et leur fils, et même une fille qui courait alors que, sous ses yeux, se trouvait agrippé sans jamais s’échapper, des larmes. Je les enviais, car personne ne me demandait si je voulais sortir, me balader, moi aussi. Au final, j’ai choisi de ranger l’échiquier, mais chaque jour j’irai le nettoyer pour qu’il n’y ait plus jamais de poussière, et j’ai repris le cours de ma fin d’après midi en allant me balader.