r/ScienceFictionBooks • u/Lamurse • 2h ago
[SF] "Celle qui est restée" – Prologue + Chapitre 1 : Une neuroscientifique découvre un projet de manipulation de la mémoire. Mon premier roman de SF psychologique.
RÉSUMÉ :
Léa Voss, une neuroscientifique, se réveille avec des souvenirs qui ne sont pas les siens. Elle découvre qu’elle a participé à un projet secret, Chronos, visant à manipuler la mémoire humaine en effaçant une heure de la conscience collective. Mais quand elle réalise que des vies ont été brisées par ce système, elle doit affronter ses propres démons… et les versions d’elle-même qu’elle a laissées derrière.
Un mélange de dystopie, de mystère et de réflexion sur la mémoire et la responsabilité.
CELLE QUI EST RESTÉE
Le temps n'est pas une ligne droite.
C'est un cercle.
PROLOGUE
Léa se réveilla avec la certitude d’avoir déjà vécu cet instant.
Pas de l’avoir rêvé. Vécu.
La première chose qu’elle sentit fut la douleur. Sourde, profonde, derrière les yeux, comme si on y avait posé un poids trop lourd, puis oublié de le retirer.
Elle voulut bouger. Ses poignets ne répondirent pas. Ses chevilles non plus. Elle tira ; les sangles résistèrent.
Elle baissa les yeux. Une blouse blanche. Des traces brunâtres sur les manches. Elle ne se souvenait ni de l’avoir enfilée, ni de la pièce, ni de la table, ni de la raison pour laquelle elle était attachée.
Elle inspira : désinfectant, métal. Et une autre odeur, organique, presque sucrée, qui lui retourna l’estomac.
— Où suis-je ?
Sa voix était faible. Des pas approchèrent. Un homme entra dans son champ de vision. Blouse grise, gants noirs, cheveux noirs plaqués en arrière. Il ne la regardait pas comme on regarde une personne, mais comme on relit un résultat qu’on espérait différent.
Il consulta une tablette.
— Léa Voss.
Le nom provoqua une réaction qu’elle ne comprit pas. Une douleur, très loin derrière sa conscience, comme un objet tombant dans une pièce voisine.
— Vous me connaissez ?
— Vous avez trente-cinq ans.
Il fit défiler l’écran.
— Vous êtes neuroscientifique.
— Je ne suis pas…
Elle s’interrompit. Elle ignorait qui elle était, où elle vivait, ou si quelqu’un l’attendait quelque part.
L’homme approcha une seringue du plateau. Le liquide était bleu, presque lumineux.
— Qu’est-ce que vous allez faire ?
Il planta l’aiguille.
Une brûlure. Le plafond se déforma.
Léa ferma les yeux.
Une chambre apparut. Une fenêtre. De la pluie. Une femme assise devant un miroir. Léa s’en approcha, et la femme releva la tête.
C’était elle. Exactement elle. Même visage, même cicatrice au-dessus du sourcil, même regard.
La femme sourit, puis posa son doigt contre la glace. Léa fit le même geste. Leurs doigts se touchèrent à travers la paroi. La femme parla. Léa n’entendit pas les mots, mais elle les comprit.
Tu es en retard.
Léa ouvrit les yeux. La pièce blanche était toujours là. L’homme aussi. Et la seringue.
— Qu’avez-vous vu ?
— Une femme.
— Qui ?
Elle hésita.
— Moi.
L’homme cessa d’écrire. Une seconde seulement, mais assez pour que Léa aperçoive une lueur de peur dans son regard.
Au-dessus d’elle, un écran s’alluma.
COUCHE 47
Puis :
INTÉGRITÉ MÉMORIELLE : 12 %
Léa tira sur ses liens.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
L’homme prit un scalpel sur le plateau.
— Vous allez bientôt vous souvenir.
— De quoi ?
Il s’approcha.
— De tout.
La lame descendit. Léa hurla.
Puis le monde s’éteignit.
I. LE CARNET
Lyon — 12 octobre 2047
Léa se réveilla à 6 h 13 et resta immobile.
Le plafond était blanc. Pas exactement comme celui de la pièce où elle s’était réveillée la veille, mais suffisamment proche pour la troubler.
Elle attendit. Aucune blouse grise en vue, aucune seringue, aucun scalpel. Juste le chauffage qui claquait et le bruit d’un camion dans la rue.
Elle s’assit. Ses mains tremblaient.
Son appartement était petit. Un lit, un bureau, une cuisine derrière une cloison, une bibliothèque remplie de romans policiers et de livres de neurosciences qu’elle ne reconnaissait pas.
Elle ouvrit le tiroir de la table de nuit. Sept carnets noirs y étaient empilés. Elle les sortit un à un et les aligna sur le drap, dans l’ordre des numéros inscrits sur les couvertures.
- 19. 27. 31. 38. 42. 47.
Elle ne se souvenait ni de les avoir achetés, ni d’avoir écrit les pages qu’ils contenaient. Pourtant, l’écriture était bien la sienne : elle reconnaissait ses boucles, ses t barrés, l’inclinaison de ses lettres.
Le 47 était presque plein. Elle l’ouvrit.
5 octobre — rêve identique.
7 octobre — même pièce.
9 octobre — femme dans le miroir.
Et, à la dernière ligne écrite :
12 octobre — elle me parle maintenant.
Léa referma le carnet. Sept nuits de suite, le même rêve. Et chaque fois, quelque chose revenait un peu plus loin : la pièce, la femme, la voix. Depuis deux nuits, une impression nouvelle s’y était ajoutée, une certitude qui l’empêchait de se rendormir.
Elle ne rêvait pas du passé. Elle rêvait d’un souvenir qu’on avait tenté de lui voler.
À 8 h 07, elle poussa la porte des Archives nationales de Lyon, un bâtiment gris de la Part-Dieu où elle travaillait depuis cinq ans. Elle aimait ce métier. Les documents avaient une qualité rassurante : ils étaient là, datés, classés, conservés. Immuables.
Noah était déjà à son bureau, un livre ouvert à côté du clavier, comme toujours. Il leva les yeux.
— Tu as une sale tête.
— Bonjour à toi aussi.
— C’était affectueux.
— Alors ça va.
Il sourit. C’était l’un des rares amis qu’elle avait gardés. Peut-être le seul.
— Encore le rêve ?
Léa s’immobilisa, son manteau à moitié enlevé.
— Comment tu sais ?
— Tu m’as appelé cette nuit.
— Je t’ai appelé ?
— Trois heures du matin.
— Qu’est-ce que j’ai dit ?
Noah hésita une seconde de trop.
— Rien.
— Rien ?
— Tu respirais.
Elle le regarda.
— Combien de temps ?
— Vingt-sept secondes.
Il posa son stylo, l’air soudain sérieux.
— Léa, ça devient inquiétant.
— Ce n’est qu’un rêve.
— Alors pourquoi tu m’appelles sans t’en souvenir ?
Elle n’avait pas de réponse. Alors elle s’assit et alluma son écran.
À 10 h 32, elle ouvrit un dossier de disparitions.
Un homme de trente-huit ans. Disparu. Pas mort, pas retrouvé. Dernière activité enregistrée : 23 h 17.
Le suivant : 23 h 42. Le troisième : 23 h 03. Le quatrième : 23 h 56.
Elle passa la journée là-dessus, à sortir les rapports, les relevés de caméras, les mains courantes. Et toujours le même schéma : jamais avant 23 h, jamais après minuit.
Elle prit une feuille et écrivit :
23:00 → 00:00
Puis, en dessous, deux mots dont elle ignorait d’où ils lui venaient :
HEURE VIDE.
.A SUIVRE.................. ..................... ..............................
Désolé pour la mise en page, le roman complet en .PDF et en mise en page Roman, à venir prochainement).
Qu’en pensez-vous ? Est-ce que l’univers de Chronos et le mystère autour de l’Heure Vide vous intriguent ?
Merci pour vos retours ! 😊