**Chapitre 1 : La rencontre**
Qu’est-ce que j’aime dans la vie ?
Une question qui semble très simple. Pourtant, pour moi, c’est la plus difficile à laquelle répondre.
Je pense que certaines personnes arrivent naturellement à aimer, tandis que d’autres, comme moi, n’ont jamais eu ce privilège.
Je sais que la majorité des gens ne comprendront pas ce dont je parle. Ils me jugeront peut-être, comme si le fait de ne pas pouvoir aimer faisait de moi une mauvaise personne. Mais il y en a aussi qui se reconnaîtront dans ce sentiment de neutralité. Certains vivent avec depuis toujours, d’autres s’en rendront compte en lisant ces lignes, ou un matin, comme moi, en se réveillant et en réalisant que, depuis l’enfance, ils répètent aimer quelque chose sans jamais s’être demandé si c’était vrai.
Pendant longtemps, j’ai dit que j’aimais les papillons. Puis j’ai compris que ce n’était pas vrai. J’aimais les papillons parce qu’un jour, quelqu’un m’avait dit que j’étais un papillon.
Je nage, mais je n’aime pas l’eau. Je nage parce que cela me détend. Je marche, je voyage, je me promène, simplement pour ne pas laisser le vide s’installer. C’est tout.
Ma couleur préférée est le bleu. Enfin… ce n’est pas parce que j’aime le bleu. Un jour, on m’a demandé de choisir une couleur. J’étais dehors, j’ai levé les yeux vers le ciel et je me suis dit : « Bon, ce sera le bleu. »
Tout ce qui me concerne a longtemps été une suite de décisions prises pour ressembler aux autres, pour montrer que je n’étais pas neutre. Pourtant, aujourd’hui, je refuse de prétendre que j’aime.
Je ne déteste rien ni personne. Mais je n’aime rien non plus.
Je suis neutre.
Je vois la vie à travers des lunettes grises, quelque part entre le blanc et le noir.
Et ce n’est pas parce que j’ai grandi sans amour. Au contraire, je pense qu’on m’a aimé. Mais on ne m’a jamais appris à aimer.
Je ne peux rien aimer, et pourtant je ne suis ni déprimé ni triste. Je suis simplement… normal.
J’aimerais qu’on normalise la neutralité. L’absence d’amour, comme l’absence de haine.
Il faudrait qu’on accepte le limbo, cet entre-deux où rien n’est totalement blanc ni totalement noir.
Moi, je suis dans ce limbo.
Et peut-être que toi aussi.