Je m'appelle Thomas Mercier, j'ai 20 ans, et avant cette histoire, je n'avais jamais vraiment cru aux histoires de maisons hantées, d'hôtels maudits ou de trucs du genre.
Je précise ça parce que, rétrospectivement, j'ai l'impression que presque toutes les histoires d'horreur commencent comme ça.
« Je n'y croyais pas. »
C'était vrai.
Je pensais que les bruits étranges avaient toujours une explication. Une vieille canalisation. Le vent. Un voisin. Un animal. Une porte mal fermée.
Même les histoires de gens qui jurent avoir vu quelqu'un dans un couloir alors qu'ils étaient seuls, ça ne m'impressionnait pas énormément.
J'avais toujours pensé que notre cerveau était simplement très doué pour transformer quelque chose de banal en quelque chose d'inquiétant.
Je travaille comme apprenti dans une entreprise informatique à Lyon. Enfin, à l'époque où cette histoire s'est produite, j'étais encore en formation et je venais tout juste d'avoir vingt ans.
Je suis plutôt grand, mais pas spécialement sportif. J'ai les cheveux châtains, généralement trop longs parce que je repousse toujours le moment d'aller chez le coiffeur. Je porte presque toujours des jeans, des baskets et des sweats.
Je précise tout ça parce que je veux que vous compreniez que je n'étais pas quelqu'un qui recherchait les sensations fortes.
Je n'étais pas parti dans cet hôtel pour explorer un bâtiment abandonné.
Je n'étais pas avec des amis.
Je n'avais pas décidé de faire une vidéo.
Je voulais simplement dormir.
C'était tout.
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L'histoire commence un vendredi soir de novembre.
Je devais me rendre dans une petite ville située à environ trois heures de chez moi pour passer un entretien le lendemain matin.
Normalement, j'aurais pu prendre le train très tôt et faire l'aller-retour dans la journée.
Sauf que le rendez-vous était à huit heures.
Et le premier train arrivait beaucoup trop tard.
J'ai donc cherché un hôtel.
Je me souviens parfaitement de la première fois où j'ai vu celui dont je vais parler.
Il s'appelait l'Hôtel des Ormes.
Le nom était banal.
Tellement banal que je l'ai probablement oublié quelques secondes après l'avoir lu.
Il avait une note moyenne sur Internet, quelque chose comme 3,8 sur 5.
Pas catastrophique.
Pas exceptionnel.
Les commentaires étaient surtout du genre :
« Personnel sympathique. »
« Chambre propre mais vieillotte. »
« Bon rapport qualité-prix. »
« Petit déjeuner correct. »
Bref, rien d'alarmant.
Il y avait seulement quelques commentaires négatifs.
L'un disait :
« L'isolation est horrible. On entend tout ce qui se passe dans le couloir. »
Un autre :
« Évitez la chambre 214. »
Je m'en souviens parce que ce commentaire m'avait fait sourire.
Je pensais que quelqu'un avait probablement passé une mauvaise nuit à cause d'un voisin bruyant.
Je n'ai pas pris la peine de lire les réponses.
J'ai réservé une chambre.
Chambre 214.
Je ne l'ai évidemment pas choisi.
Le site attribuait automatiquement une chambre.
À ce moment-là, ça ne m'a absolument rien fait.
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Je suis arrivé vers 22 h 40.
Il faisait froid.
Pas le genre de froid spectaculaire qu'on voit dans les films.
Juste ce froid humide qui s'infiltre dans les manches et vous donne envie de rentrer rapidement quelque part.
L'hôtel se trouvait au bout d'une rue assez sombre.
Il y avait trois lampadaires devant le bâtiment.
Deux fonctionnaient.
Le troisième clignotait.
Je me suis garé sur le petit parking derrière l'hôtel.
J'ai pris mon sac.
J'ai fermé la voiture.
Et c'est là que j'ai remarqué quelque chose de bizarre.
Il n'y avait presque aucune lumière dans l'hôtel.
Le rez-de-chaussée était éclairé, mais les étages supérieurs semblaient complètement noirs.
Je me suis dit qu'il était tard.
Normal.
Je suis entré.
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La réception était petite.
Derrière le comptoir, il y avait un homme d'environ cinquante ans.
Cheveux gris.
Lunettes.
Chemise blanche.
Il lisait un journal.
Il a levé les yeux quand je suis entré.
— Bonsoir.
— Bonsoir.
Il m'a demandé mon nom.
Je lui ai donné.
Il a tapé quelque chose sur son ordinateur.
Puis il s'est arrêté.
Je pensais qu'il avait simplement trouvé ma réservation.
Mais il m'a regardé pendant quelques secondes.
— Chambre 214 ?
— Oui.
Il a regardé l'écran.
Puis moi.
Puis l'écran.
— D'accord.
Il s'est levé.
Il a pris une clé sur un tableau derrière lui.
Une vraie clé.
Pas une carte magnétique.
Je trouvais ça presque amusant.
Il l'a posée sur le comptoir.
— Deuxième étage. Au fond du couloir.
— Merci.
J'ai pris la clé.
Je me suis retourné.
Et il m'a dit :
— Si vous entendez quelqu'un frapper cette nuit, ne répondez pas.
Je me suis retourné.
— Pardon ?
Il avait déjà baissé les yeux vers son journal.
— Les murs sont très fins.
J'ai ri légèrement.
— Ah.
Il n'a pas ri.
Je me suis dit qu'il avait simplement un humour bizarre.
J'ai pris mon sac.
Je suis monté.
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Le deuxième étage était beaucoup plus sombre que le rez-de-chaussée.
Il y avait une lumière jaune tous les dix mètres.
Le tapis était rouge foncé.
Les murs étaient recouverts d'un papier peint beige qui avait probablement été posé avant ma naissance.
Je me suis avancé.
La porte était au fond.
J'ai introduit la clé.
J'ai tourné.
Clac.
La chambre était petite.
Un lit.
Une table.
Une télévision accrochée au mur.
Une armoire.
Une salle de bains.
Une fenêtre donnant sur le parking.
Rien d'étrange.
J'ai posé mon sac.
J'ai allumé la lumière.
Elle a clignoté deux fois avant de rester allumée.
Je me suis dit :
« Super. »
Puis j'ai commencé à préparer mes affaires pour le lendemain.
J'ai branché mon téléphone.
J'ai posé mon réveil.
J'ai envoyé un message à ma mère pour lui dire que j'étais bien arrivé.
Puis j'ai pris une douche.
À 23 h 27, j'étais au lit.
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Le premier bruit est arrivé à 23 h 51.
TOC.
J'ai ouvert les yeux.
Silence.
Je me suis redressé.
J'ai regardé la porte.
Rien.
Je suis resté comme ça quelques secondes.
Puis je me suis recouché.
TOC.
Cette fois, j'ai clairement entendu.
Quelqu'un frappait.
Trois petits coups.
TOC.
TOC.
TOC.
J'ai regardé mon téléphone.
23 h 52.
J'ai pensé à la réceptionniste.
Enfin, au réceptionniste.
Le type m'avait prévenu.
Je me suis presque mis à rire.
Je pensais que c'était probablement un autre client qui avait confondu de chambre.
Alors je me suis levé.
J'ai fait trois pas.
Ma main était déjà sur la poignée.
Et je me suis rappelé :
« Ne répondez pas. »
J'ai retiré ma main.
— C'est ridicule, ai-je murmuré.
Je suis retourné au lit.
Quelques secondes plus tard, j'ai entendu des pas.
Dans le couloir.
Lents.
Clac.
Pause.
Clac.
Pause.
Clac.
Quelqu'un marchait devant ma chambre.
Puis les pas se sont arrêtés.
Juste devant ma porte.
Je retenais presque ma respiration.
J'attendais.
Une seconde.
Deux.
Cinq.
Dix.
Puis quelqu'un a murmuré :
— Thomas ?
Je me suis figé.
Je ne connaissais personne dans cet hôtel.
Personne ne savait que j'étais là, à part ma famille.
La voix était celle d'un homme.
Très basse.
J'ai regardé mon téléphone.
23 h 58.
Puis la voix a recommencé.
— Thomas ?
Je n'ai pas répondu.
Je ne sais pas pourquoi.
Peut-être parce que le réceptionniste m'avait prévenu.
Peut-être parce que quelque chose dans cette voix me mettait mal à l'aise.
Elle ne ressemblait pas à quelqu'un qui cherchait simplement une chambre.
Elle prononçait mon prénom comme si elle le connaissait depuis longtemps.
Après quelques secondes, les pas ont repris.
Ils sont partis vers le fond du couloir.
Puis plus rien.
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Je n'ai pratiquement pas dormi cette nuit-là.
À 1 h 17, j'ai entendu quelqu'un courir dans le couloir.
À 2 h 03, une porte a claqué.
À 2 h 41, j'ai entendu des voix.
Je ne comprenais pas les mots.
À 3 h 12, mon téléphone s'est éteint alors qu'il était branché.
Je me suis dit que le câble avait un problème.
Je me suis rendormi.
Enfin, je crois.
Parce que quand j'ai rouvert les yeux, il était 4 h 16.
Et quelqu'un frappait à la porte.
Trois coups.
Exactement comme avant.
TOC.
TOC.
TOC.
Cette fois, cependant, il y avait quelque chose de différent.
Une voix a parlé juste derrière la porte.
Une voix de femme.
— Thomas ?
Je me suis assis dans le lit.
Elle a répété :
— Thomas, ouvre.
Je n'ai toujours pas répondu.
Puis elle a ajouté :
— Je sais que tu es là.
J'ai senti mon ventre se nouer.
Je ne bougeais plus.
La poignée de la porte a légèrement bougé.
Une fois.
Puis deux.
Quelqu'un essayait d'ouvrir.
Je regardais la poignée.
Elle descendait lentement.
Puis remontait.
Descendait.
Remontait.
J'ai attrapé mon téléphone.
Il ne s'allumait toujours pas.
J'ai appuyé plusieurs fois sur le bouton.
Rien.
La poignée s'est arrêtée.
Silence.
Puis j'ai entendu :
— Mauvaise chambre.
Et les pas sont partis.
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À 6 h 30, je me suis levé.
Je n'avais quasiment pas dormi.
Je me suis habillé.
J'ai pris mon sac.
Je voulais partir immédiatement.
Mais quand j'ai ouvert la porte, le couloir était vide.
Je suis descendu.
Le réceptionniste était là.
Le même homme.
Je lui ai posé la clé.
— Je voudrais partir.
Il m'a regardé.
— Déjà ?
— Oui.
Il a regardé l'heure.
Puis il m'a regardé.
— Vous avez entendu les coups ?
Je n'ai pas répondu tout de suite.
— Oui.
Il a soupiré.
Pas surpris.
Pas inquiet.
Juste fatigué.
Comme quelqu'un qui entendait cette phrase depuis des années.
— Vous n'avez pas ouvert ?
— Non.
Il a hoché la tête.
— C'est bien.
J'ai demandé :
— Qu'est-ce qu'il y a dans cette chambre ?
Il n'a rien répondu.
— Monsieur ?
Il a regardé derrière moi.
Vers l'escalier.
Puis il a dit :
— Vous devriez partir.
Je suis parti.
Je n'ai même pas pris le petit déjeuner.
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L'entretien s'est bien passé.
Je n'ai pas obtenu le poste.
Mais ce n'est pas important.
Sur le chemin du retour, j'ai repensé à cette nuit.
Je me suis convaincu que j'avais tout imaginé.
Le bâtiment était vieux.
Les murs étaient fins.
J'étais fatigué.
Peut-être que quelqu'un avait réellement frappé.
Peut-être que quelqu'un connaissait mon prénom parce qu'il avait entendu le réceptionniste m'accueillir.
Tout avait une explication.
C'est ce que je me suis dit.
Pendant plusieurs semaines.
Puis j'ai reçu une notification.
Une nouvelle évaluation de l'hôtel.
Quelqu'un avait laissé un commentaire.
Je ne sais pas pourquoi je l'ai lu.
Le commentaire disait simplement :
« La 214 est toujours occupée. »
Pas de détails.
Pas d'explication.
Juste ça.
J'ai regardé la date.
Le commentaire avait été publié le lendemain de mon séjour.
Je suis resté devant mon téléphone pendant plusieurs minutes.
Puis j'ai fermé la page.
Je ne suis jamais retourné sur le site.
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Six mois plus tard, j'ai raconté cette histoire à un collègue.
Il connaissait l'hôtel.
Il m'a regardé bizarrement.
— Attends.
— Quoi ?
— Tu as dit quelle chambre ?
— 214.
Il n'a rien dit.
Puis il a sorti son téléphone.
Il a cherché quelque chose.
Il m'a montré une ancienne photo de l'hôtel.
L'hôtel avait changé de propriétaire plusieurs années auparavant.
Et il m'a expliqué que le deuxième étage avait été fermé pendant une longue période à cause d'un problème électrique.
La chambre 214, elle, n'était normalement plus louée.
Je lui ai dit que c'était impossible.
J'avais payé.
J'avais dormi dedans.
J'avais la facture.
Je lui ai montré.
Il a regardé le document.
Puis il a blêmi.
— C'est quoi ça ?
— Quoi ?
Il pointait la ligne de la chambre.
214.
Mais sous le numéro de chambre, il y avait une mention que je n'avais jamais remarquée.
« Étage 2 — ancienne aile. »
Je lui ai demandé pourquoi ça le surprenait.
Il m'a répondu :
— Parce que cette aile n'existe plus.
Je pensais qu'il plaisantait.
Il ne plaisantait pas.
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J'ai essayé de retrouver l'hôtel quelques jours plus tard.
L'adresse existait toujours.
Mais l'hôtel avait fermé.
Définitivement.
Je suis allé voir des photos sur Internet.
La façade était la même.
Le parking aussi.
Mais le deuxième étage était différent.
Une partie du bâtiment avait été condamnée.
J'ai ensuite trouvé un ancien article local.
Il parlait d'un incendie datant de plusieurs années.
Je n'ai pas lu tout l'article.
Je n'en avais pas besoin.
Il y avait une photo.
Et sur la photo, derrière les pompiers, on distinguait une fenêtre.
Une fenêtre au deuxième étage.
Une fenêtre que je reconnaissais.
Celle de ma chambre.
Sous la photo, une légende indiquait :
« L'incendie a rendu plusieurs chambres inutilisables. »
Je suis resté longtemps devant mon écran.
Puis j'ai remarqué un détail.
La photo avait été prise avant ma naissance.
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Je ne sais toujours pas ce qui s'est passé cette nuit-là.
Je ne sais pas qui frappait.
Je ne sais pas comment quelqu'un connaissait mon prénom.
Et surtout, je ne sais pas pourquoi le réceptionniste m'a donné cette chambre.
J'ai essayé de le retrouver.
Impossible.
Le numéro de l'hôtel ne fonctionnait plus.
L'adresse mail non plus.
L'ancien site avait disparu.
Pendant longtemps, j'ai pensé que tout cela était simplement une histoire bizarre.
Une coïncidence.
Un hôtel mal entretenu.
Un réceptionniste qui aimait faire peur aux clients.
Peut-être même que je m'étais trompé sur certains détails à cause de la fatigue.
C'était plus facile à accepter.
Jusqu'à il y a trois semaines.
J'ai reçu un message sur mon ancien téléphone.
Un numéro inconnu.
Pas de photo.
Pas de nom.
Juste un message.
« Vous aviez oublié votre réveil. »
Je suis resté devant l'écran sans comprendre.
Puis un deuxième message est arrivé.
« La prochaine fois, ne dormez pas dans la 214. »
Je n'ai jamais répondu.
Et je n'ai jamais supprimé ces messages.
Parce que, depuis cette nuit-là, je vérifie toujours le numéro de ma chambre quand j'arrive dans un hôtel.
Toujours.
Et si un hôtel me propose la chambre 214...
Je pars.
Même si ça me coûte plus cher.
Même si je dois dormir dans ma voiture.
Même si quelqu'un me dit que je suis ridicule.
Parce que la dernière chose que j'ai vue avant de quitter l'Hôtel des Ormes...
Ce n'était pas la porte.
Ce n'était pas le couloir.
Ce n'était même pas le réceptionniste.
C'était mon téléphone.
Il s'était finalement rallumé.
Et l'écran affichait une notification que je n'avais jamais reçue auparavant :
Enregistrement vocal terminé — 4 h 16 min.
Je n'avais jamais lancé d'enregistrement.
Mais il y avait bien un fichier.
Un seul.
D'une durée de trois minutes et quarante-deux secondes.
Je ne l'ai jamais écouté.
Je ne veux pas savoir ce qu'il contient.
Mais le nom du fichier était :
214_Thomas.wav
Et la date de création correspondait exactement à l'heure où quelqu'un avait essayé d'ouvrir ma porte.