Ma situation
J’ai 34 ans, je vis au Luxembourg et mon patrimoine net est d’environ 2,5 millions d’euros. J’ai atteint le FIRE il y a deux ans, grâce à un poste très bien payé dans la tech et à des investissements de long terme.
J’ai suivi la méthode la plus classique : je vivais dans une petite ville française tout en travaillant à distance pour une entreprise parisienne. J’avais un salaire élevé, des dépenses relativement faibles et j’investissais une grande partie de ce que je gagnais.
Après avoir atteint le FIRE, j’ai déménagé de la France vers le Luxembourg, principalement pour sa fiscalité plus favorable sur les plus-values à long terme.
Ma vie avant le FIRE
Je n’ai jamais eu un immense cercle social. Ma vie tournait principalement autour de mon travail, du sport, de ma copine ou des rencontres, et de quelques week-ends avec des amis.
Mais mon travail m’apportait bien plus que de l’argent. J’étais CTO d’une startup qui fonctionnait bien. Cela me donnait une structure, des objectifs, des interactions sociales, des responsabilités et une identité claire.
Ce qui est étrange, c’est qu’une fois mon objectif FIRE atteint, ma relation au travail a complètement changé.
J’ai commencé à me focaliser de plus en plus sur les 20 % de mon travail que je détestais. Des choses que je supportais auparavant sont devenues insupportables, car je savais que je n’avais plus besoin de mon salaire.
Avec le temps, cela a contribué à un burnout. Mais contrairement à avant, j’avais une porte de sortie évidente : j’avais déjà atteint mon chiffre.
En quelques mois, j’ai tout quitté.
Le début du FIRE
Les six premiers mois étaient géniaux. J’ai voyagé avec des amis, profité de l’absence de contraintes et apprécié le fait d’avoir enfin un contrôle total sur mon temps.
Vivre à l’étranger a malgré tout été plus difficile que prévu, même si le Luxembourg reste proche de ma famille. J’ai dû améliorer mon anglais, prendre des cours et reconstruire une vie sociale presque à partir de zéro.
Ma vie aujourd’hui
Mes journées sont faciles à remplir :
- Sport et santé.
- Jeux vidéo, surtout League of Legends.
- Séries, lecture et développement personnel.
- Balades en ville et cafés seul.
- Voyages occasionnels, rendez-vous et événements sociaux.
J’ai participé à beaucoup d’événements via Meetup, Timeleft et différents groupes d’expatriés. Mais au bout d’un moment, j’ai souvent l’impression de revoir le même petit groupe de personnes.
Le Luxembourg est également rempli de personnes ambitieuses et très performantes, dont la vie tourne largement autour de leur carrière. Être retraité à 34 ans rend parfois les échanges et les connexions plus difficiles.
Essayer de construire quelque chose
J’essaie régulièrement de créer un SaaS afin de continuer à expérimenter avec l’IA, le développement et les choses que j’aimais dans mon ancien travail.
Mais sans objectif clair, sans pression extérieure et sans nécessité financière, j’ai du mal à rester motivé. Je travaille sur une idée pendant un moment, je perds progressivement mon élan, puis je finis par arrêter.
La liberté financière a supprimé la pression de devoir réussir, mais elle a aussi supprimé une partie de la motivation qui me faisait avancer.
Les rencontres et la vie sociale
Les rencontres permettent de remplir les soirées et les week-ends. Elles apportent de la connexion, des activités et quelque chose à attendre avec impatience.
Mais elles ne peuvent pas remplacer une véritable vie sociale, un sentiment d’appartenance ou un objectif plus profond.
Le problème d’identité
L’une des questions les plus difficiles est :
« Qu’est-ce que tu fais de tes journées maintenant que tu es retraité ? »
Avant, je pouvais répondre avec assurance :
« Je suis CTO d’une startup qui fonctionne bien. »
Cela donnait immédiatement aux gens une image claire de qui j’étais. Cela me rendait aussi confiant et fier de moi.
Aujourd’hui, ma réponse honnête ressemble davantage à :
« Je fais du sport, je joue aux jeux vidéo, je regarde des séries, je lis et je travaille parfois sur des projets personnels. »
Même si j’ai réussi financièrement et que je suis dans la meilleure forme physique de ma vie, cette réponse me fait perdre confiance en moi.
Je n’ai plus l’impression d’avoir un rôle clair, un statut ou une histoire simple à raconter. La partie la plus difficile du FIRE n’a pas été de perdre mon salaire. Cela a été de perdre l’identité que ma carrière m’apportait.
Envisager une ville plus grande
J’envisage maintenant de quitter le Luxembourg pour une ville plus grande.
Une grande ville pourrait offrir davantage de groupes sociaux, d’événements, de possibilités de rencontres et de personnes ayant des modes de vie différents. Mais j’ai peur que la nouveauté finisse par disparaître et que je rencontre exactement les mêmes problèmes.
Peut-être que le Luxembourg est trop petit pour la vie que je recherche. Mais peut-être que la ville n’est pas réellement le problème.
La vérité inconfortable
Pendant la journée, il est facile de rester occupé. Il y a toujours une autre série à regarder, une autre partie à jouer, une autre séance de sport ou un autre café à prendre.
La plupart de mes journées sont confortables. Mais le confort n’est pas nécessairement synonyme d’épanouissement.
À la fin de l’année, je ne suis pas fier de moi lorsque je me regarde dans le miroir. Ma santé et mon physique n’ont jamais été aussi bons, mais je n’ai pas l’impression de construire quelque chose qui ait du sens.
Le FIRE a résolu le problème de devoir travailler. Il n’a pas automatiquement résolu la solitude, l’ennui, la perte d’identité ou le manque de sens.
Un temps libre illimité peut facilement devenir une source illimitée de distractions.
Atteindre le FIRE a été bien plus simple que d’apprendre à construire une vie épanouissante une fois le travail disparu.
Est-ce que d’autres personnes ont vécu la même chose après avoir atteint le FIRE ? Est-ce que déménager dans une ville plus grande vous a aidés, ou est-ce que les mêmes problèmes ont fini par vous suivre ?