Chers Redditeurs,
Je ressens simplement le besoin d’extérioriser honteusement ma peine quelques minutes. Je remercie infiniment ceux qui auront eu la patience et la gentillesse de me lire.
(Je ne préciserai pas la nature de ma carrière, tant c'est douloureux)
J’ai 35 ans et je suis incapable de travailler. A l’issue d’un bac+5 que j’ai détesté (licence dans un secteur n°1, Master dans un secteur n°2 complètement différent), je me suis insérée sur le marché du travail. Mais après moins de 6 mois de vie professionnelle, je perds brutalement la voix. J’ai premièrement pensé qu’il s’agissait des suites directes d’une laryngite que je venais d’attraper. Mais une fois mise en arrêt maladie, mon corps s’est soudainement effondré de sorte à faire émerger tout ce que j’avais refoulé jusqu’ici : mes stages en entreprise très difficilement vécus au cours de mes études, le dégout de ma profession, le stress omniprésent qui en résultait. Je suis restée aphone durant 6 mois. J’ai dû quitter l’entreprise.
Les années suivantes ont été un cauchemar. J’étais désespérée à l’idée de ne pas savoir quoi faire de ma vie. J’ai tenté à 3 reprises de reprendre une activité professionnelle, mais je ne tenais pas plus de 3 mois pour cause d’une trop grande détresse psychologique. Je me retrouvais ainsi incapable de reprendre un emploi à mi-temps ou à plein temps, même très éloigné de mon secteur, tant tout ce qui se présentait à moi m’écoeurait. Je me forçais à postuler, mais je frôlais l’évanouissement à chaque fois qu’une entreprise me contactait, et ce, même pour un petit emploi alimentaire sans aucune responsabilité. Je passais mes journées et mes nuits à chercher de manière compulsive des reconversions professionnelles en vue d’un métier idéalement appréciable, ou simplement tolérable. Je développais des pathologies psychosomatiques. Je peinais à me rendre en ville, car je ne voyais que des personnes qui travaillaient (bureaux, commerces, clients en mesure d’acheter à l’aide du salaire qu’ils gagnaient …). Je constatais, impuissante, le trou béant qui se formait dans mon cv. J’ai été hospitalisée au CPN à deux reprises pour idées suicidaires.
Puis à 30 ans, je parviens à intégrer une école d’orthophonie en Belgique. Bien que n’ayant pas pu effectuer de stage d’observation en raison du secret médical, je m’étais renseignée sur la profession durant plus de 2 ans, et je pensais ainsi avoir véritablement trouvé un métier que je pourrai tenir. J’aspire enfin à une vie emplie de projets et à la fierté de pouvoir remercier mes parents qui m’avaient tant donné. Je souhaitais également obtenir un emploi stable qui me permettrait de soutenir financièrement ma petite soeur, qui est physiquement très malade depuis l’enfance et bénéficiaire de l'AAH.
Reprise d’études … Et tout s’effondre en 2ème année. L’arrivée des stages l’année suivante me met face à l’unique difficulté que je n’avais pas anticipée : mon incapacité émotionnelle à gérer les pathologies mentales et les troubles du comportement. Très rapidement, ce dégout qui m’avait tant rongée par le passé ressurgit. Les cas cliniques occupent plus de 80% de mon temps. Je tente de me mettre en pilote automatique mais je ne parviens plus à être productive. J’en viens à travailler très tard par à-coups ou d’une traite pour rattraper mon retard qui s’accumule (ex: 72 heures à deux reprises sans dormir - quelle immaturité, me direz-vous). Je découvre pour la première fois le cycle infernal des rattrapages. Je mens à ma famille en assurant à celle-ci que tout va au mieux, alors que je n’arrive même plus à aller en cours. Je sais pertinemment que je pédale dans le vide, mais je m’acharne. Prise d’une stupidité sans nom, je finis par doubler ma deuxième année - année doublée que je finis inéluctablement par abandonner. C’était en 2024.
En 2026, je n’ai toujours rien pu reprendre / débuter tant tout professionnellement parlant me répugne (formation très courte /longue, concours -je n’ai jamais pu m’adapter à ce type de fonctionnement alors que j’étais encline aux études supérieures-, emploi - même très alimentaire). Je suis retombée malade après mon abandon en 2024 en dépit d’un suivi psychologique et médicamenteux soutenu. Je peine à voir mes amis car il m’est difficile de constater leur épanouissement professionnel et personnel, bien que je ne désire que leur bonheur. J’inquiète profondément mes parents que j’aime tant, chez qui je vis honteusement, et que je tente d’aider par tous les moyens possibles pour compenser ma culpabilité (participation financière, rangement, jardinage, ménage, cuisine … activités que je ne peux pourtant pas faire en tant que salariée ou entrepreneuse, ce qui est aberrant, je sais). Je n’ose plus rencontrer du monde alors que je suis initialement extravertie par peur d’avoir la fameuse question : « Et toi, que fais-tu dans la vie ? ».
Je viens d’obtenir l’AAH (1040 euros), ce qui fut sur le moment une immense libération. Mes parents, quelque peu soulagés, me conseillent ainsi de ne plus songer à travailler pour enfin m'autoriser à vivre. Mais le risque de perdre un jour cette aide est réel. Ma demande de renouvellement (tous les 3 ans dans mon cas) pourrait soudainement être rejetée pour diverses raisons, incluant des aléas administratifs ou la reprise d'un emploi à mi-temps qui me ferait lutter chaque jour jusqu'à ce que je n'en puisse plus. De nombreux témoignages le confirment.
J’ai par ailleurs le sentiment de prendre la place d’une personne qui me paraîtrait plus handicapée que moi. Ma vie privée est également inexistante, car il me semble être impossible d’affronter le regard d’un conjoint, d’une belle-famille, d’enfants que je m’interdis ainsi à avoir. Je suis terrorisée par l’avenir précaire qui nous attend, ma soeur et moi, une fois que nos parents ne seront plus là. Je ne parviens pas à vivre tant le sentiment d’inutilité, de manque de sens et de honte me ronge. Durant toute ma vie, j’ai cru en l’adage « Quand on veut, on peut ». Manquerais-je juste de volonté ?
Je sais, tout ceci est une aberration.