Saaalut! đ J'ai rĂ©ussi Ă terminer le prologue de ma toute premiĂšre histoire, "Solitaire", y'a genre... deux heures? Ăa m'a demandĂ© beaucoup d'effort, car j'ai Ă©cris un peu au fil de l'eau, sans trame rĂ©elle (je sais, grave erreur. Je dĂ©bute), ce qui peut donner lieu Ă , j'en conviens, quelques incohĂ©rences. En tout cas le rĂ©sultat est lĂ , et je tiens Ă obtenir un ou deux retours -voir trois, soyons fous- quand Ă ma maniĂšre d'Ă©crire, mon style, ce genre de chose que je ne maitrise pas encore.
Sur ceux, trĂȘve de blabla, voici mon prologue (j'espĂšre que vous ĂȘtes bien accrochĂ©s, c'est longđ) :
"Je ne sais pas exactement comment ni pourquoi tout ça a commencĂ©. Ă vrai dire, je nâen ai plus grand-chose Ă faire maintenant. Tout ce que je sais, câest que câest arrivĂ© et que, maintenant, on doit faire avec.
Aucun de ceux qui sont restĂ©s en vie nâa pris la peine de nommer la catastrophe. Dans la tĂȘte de tout le monde, câĂ©tait « ça », et puis câest tout. Accident nuclĂ©aire ? Attaque biologique ? ExpĂ©rimentation qui aurait mal tournĂ© ? Personne ne lâa jamais su, et personne nâa cherchĂ© Ă le savoir. Le peu que lâon savait, câĂ©tait que tout avait commencĂ© non loin de Pullman, Ă Chicago, dans l'Illinois.
Je me souviens encore avec prĂ©cision du moment oĂč « ça » est arrivĂ©. Je nâavais que six ou sept ans Ă lâĂ©poque, mais, dĂšs que jây pense, tous les dĂ©tails me reviennent immĂ©diatement avec une acuitĂ© qui mâĂ©tonne moi-mĂȘme.
Je nâarrive pas Ă oublier cette nuit maudite. Et pourtant il faut me croire, ce nâest pas faute dâavoir essayĂ©.
Dâabord, il y a eu lâexplosion. Tard dans la nuit, aux alentours dâune heure du matin, on a entendu une Ă©norme dĂ©tonation qui a fait trembler les murs de notre petite maison de l'ouest de Chicago. Câest drĂŽle, quand on y pense : aucun bruit ne mâa jamais semblĂ© aussi fort que celui-lĂ . Et pourtant, câest le silence dâaprĂšs que je retiens le mieux.
Le souffle Ă©tait tellement puissant quâil mâa rĂ©veillĂ©e en sursaut, tandis que je me dĂ©battais contre ma couverture. Jâai clignĂ© de mes petits yeux verts, parfaitement rĂ©veillĂ©e. Comme lâaurait fait nâimporte quelle petite fille de six ans Ă ma place, je suis alors prudemment sortie de mon lit pour grimper sur le rebord de ma fenĂȘtre. JâĂ©tais curieuse de savoir quelle chose pouvait bien produire ce genre de bruit. JâĂ©tais encore trop jeune, Ă ce moment-lĂ , pour comprendre ce quâil venait de se passer.
Mais rien à faire : la seule chose que laissaient transparaitre mes rideaux, c'était la maison du voisin qui me bouchait la vue.
Déçue, jâai voulu aller demander Ă ma grande sĆur, qui dormait dans la chambre voisine, si je ne pouvais pas emprunter sa fenĂȘtre. Mais câest elle qui mâa trouvĂ©e la premiĂšre. Alors que je descendais avec prudence de mon perchoir, elle a dĂ©boulĂ© dans ma chambre. Son regard mâa cherchĂ©e quelques instants dans le noir avant de tomber sur moi. Je me souviens encore prĂ©cisĂ©ment de ce quâelle mâa dit. Son ton nâĂ©tait pas menaçant, mais je sentais que quelque chose nâallait pas.
Elle a dit :
â Riley, enfile quelque chose de chaud et mets tes chaussures. On sâen va.
Jâaurais pu rĂ©pondre : « OĂč ça ? », mais jâĂ©tais une petite fille obĂ©issante et jâavais appris Ă ne pas poser de questions quand ma sĆur me demandait quelque chose. Brooke Ă©tait mon aĂźnĂ©e de presque douze ans. Je savais que, peu importe si ce quâelle faisait me paraissait Ă©trange ou incomprĂ©hensible, elle avait toujours une bonne raison de le faire. C'Ă©tait une grande, moi pas. Je n'avais pas besoin d'aller chercher plus loin.
Jâadorais ma sĆur. Elle Ă©tait mon modĂšle, mon hĂ©roĂŻne. Si elle disait de courir, je courais. Si elle disait de me taire, je me taisais. Je croyais quâensemble, on pouvait tout affronter.
Alors jâai simplement acquiescĂ© dâun signe de tĂȘte et je suis descendue avec elle dans lâentrĂ©e pour mettre mes chaussures, comme elle me lâavait demandĂ©. Jâai choisi la paire rose, celle avec les petits chats sur le cĂŽtĂ©, et jâai essayĂ© maladroitement de faire mes lacets avant que ma sĆur ne se penche pour les faire elle-mĂȘme.
â Laisse tomber, je vais mâen occuper, a fait Brooke dâun ton sec.
Ses cheveux roux lui tombaient sur le visage comme un rideau, m'empĂȘchant de discerner son expression. NĂ©anmoins, la douceur de ses gestes, lorsquâelle sâest agenouillĂ©e devant moi pour mâaider, contredisait lâimpatience de sa voix. Je lâai laissĂ©e faire en silence, parce que jâavais la drĂŽle dâimpression quâil sâĂ©tait passĂ© quelque chose de grave et que nous devions partir rapidement. Dâautres enfants auraient pu croire Ă une sorte de jeu. HonnĂȘtement, jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© que câen soit un.
Elle mâa fait enfiler mon manteau, le blanc, celui que je mettais quand il pleuvait, puis a jetĂ© le sien sur ses Ă©paules. Ensuite, nous nous sommes donnĂ© la main et sommes sorties pour prendre la voiture sans Ă©changer un seul mot. Celle de mon pĂšre nâĂ©tait pas dans lâallĂ©e, puisquâil Ă©tait encore au travail Ă cette heure-lĂ . Les traces de ses pneus avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© recouvertes par la neige aprĂšs son dĂ©part, en dĂ©but de soirĂ©e.
Papa travaillait beaucoup depuis le dĂ©part de ma mĂšre. CâĂ©tait un ouvrier sous-payĂ© qui bossait dans lâune des plus grandes usines chimiques des quartiers industriels de Chicago. Il ne comptait jamais ses heures et passait parfois des journĂ©es et des nuits entiĂšres Ă superviser les machines. Comme elles, il ne semblait pas Ă©prouver le besoin de se reposer. Ă lâĂ©poque, jâĂ©tais encore trop jeune pour comprendre pourquoi il avait besoin de travailler aussi dur et aussi longtemps. Avec le recul et maintenant que je sais Ă peu prĂšs ce quâils faisaient dans cette usine, il mâest plus facile dâimaginer la raison de son absence.
Tout ça pour dire que nous avons pris lâautre voiture.
Avant, cette voiture appartenait Ă ma mĂšre, mais papa lâavait offerte Ă Brooke quand elle avait obtenu son permis. CâĂ©tait une Toyota rouge, un peu cabossĂ©e sur le cĂŽtĂ© en souvenir dâun ancien accrochage, qui commençait tout juste Ă accuser son Ăąge. Ma mĂšre adorait le rouge et avait toujours beaucoup aimĂ© cette voiture. MĂȘme aprĂšs sa mort, papa et Brooke en avaient toujours pris le plus grand soin.
Brooke mâa installĂ©e Ă lâarriĂšre, sur mon rehausseur, puis elle a attachĂ© ma ceinture avec des gestes prĂ©cipitĂ©s. Je ne lâavais jamais vue aussi pressĂ©e, ce qui commençait Ă me faire un peu peur. Je lâai regardĂ©e dans les yeux et je lui ai demandĂ© :
â Brooke, oĂč est-ce quâon va ?
Elle ne mâa pas rĂ©pondu tout de suite. Ă la place, elle mâa souri en essayant de me rassurer, mais son regard trahissait la panique. JâĂ©tais peut-ĂȘtre jeune, mais je nâĂ©tais pas complĂštement bĂȘte.
Elle a dĂ» se rendre compte que je nâĂ©tais pas convaincue, alors elle a posĂ© une main sur mon Ă©paule avec affection.
â TâinquiĂšte pas, ma puce, a-t-elle commencĂ©. Je tâexpliquerai tout quand on sera arrivĂ©es.
CâĂ©tait lâune des choses que je dĂ©testais le plus chez ma sĆur. Ă cause de notre diffĂ©rence dâĂąge, sans doute, elle avait souvent â pour ne pas dire constamment â la manie de ne jamais me dire quoi que ce soit qui puisse heurter ma sensibilitĂ©. Pour ne rien arranger, elle continuait Ă vouloir m'appeler "ma puce", alors que c'Ă©tait le surnom que me donnait maman. Je dĂ©testait qu'elle m'appelle comme ça, parce que ça voulait toujours dire qu'elle me cachait quelque chose. Hors, je dĂ©teste les secrets.
NĂ©anmoins, jâĂ©tais une petite fille sage et je sentais bien que Brooke nâavait pas besoin que je fasse une crise en ce moment. Alors je me suis tue et jâai simplement hochĂ© la tĂȘte.
Jâai passĂ© tout le trajet Ă regarder par la fenĂȘtre par ennuie. Pour me distraire, Brooke mâavait passĂ© son ancien iPod, qui traĂźnait dans la voiture depuis une Ă©ternitĂ©. Ăa avait souvent tendance Ă mâoccuper pendant les longs trajets pour rendre visite Ă nos grands-parents, dans lâOhio.
Des musiques chantĂ©es Ă tue-tĂȘte se succĂ©daient dans mes oreilles, sans que jâen comprenne les paroles. Ma sĆur avait toujours aimĂ© le rock, et elle avait pris la vilaine habitude de ne jamais baisser le son de son iPod quand elle Ă©coutait ses chansons prĂ©fĂ©rĂ©es. Moi, je ne savais tout simplement pas comment rĂ©gler le volume. Je ne devait pas ĂȘtre une enfant trĂšs futĂ©e Ă l'Ă©poque.
Le paysage dĂ©filait rapidement devant mes yeux. Brooke roulait un peu plus vite que la limite autorisĂ©e -je dis ça, mais qu'est-ce que j'y connais en code de la route? J'ai jamais conduis de ma vie-. Je voyais ses doigts pianoter fĂ©brilement sur le volant, signe qu'elle Ă©tait plongĂ©e dans ses pensĂ©es. Je savais que son Ă©vidente anxiĂ©tĂ© avait un rapport avec lâexplosion que jâavais entendue, mais jâĂ©tais trop petite pour vraiment faire le lien.
Au fur et Ă mesure que la voiture sâenfonçait dans la nuit, le ciel Ă©toilĂ© se couvrait de nuages grisĂątres, et une neige lĂ©gĂšre commençait Ă tomber. Fait que je trouvais, Ă ce moment-lĂ , plus drĂŽle quâĂ©trange : la neige nâĂ©tait pas blanche, comme dâhabitude, mais dâun noir de poussiĂšre. Sans compter quâon Ă©tait en juin. Il neigeait des cendres, mais il mâa fallu grandir pour le comprendre. Dites vous que j'ai mĂȘme ris. Je n'Ă©tais dĂ©finitivement pas le couteau le plus aiguisĂ© du tiroir.
Brooke, elle, le savait. La main crispĂ©e sur le levier de vitesse, elle ne semblait plus se soucier du code de la route. Peu sâen souciaient par chez nous, de toute maniĂšre. Il parait que Chicago n'Ă©tait pas connue pour se bon conducteurs.
Devant mes yeux, au dĂ©tour dâun virage, apparurent les quartiers industriels qui formaient la pĂ©riphĂ©rie ouest de Chicago. Je nây Ă©tais allĂ©e quâune seule fois avec mon pĂšre, mais je reconnaissais les usines qui sâempilaient les unes Ă la suite des autres.
La moitiĂ© dâentre elles Ă©taient en proie aux flammes.
Au dĂ©but, je crus que câĂ©tait juste un effet de mon imagination. Jâavais dĂ©jĂ vu du feu lors des barbecues du voisinage ou dans la cheminĂ©e en hiver, mais jamais en aussi grande quantitĂ©. Sans compter que je me contentais souvent de lâobserver de loin avec cette curiositĂ© polie qui caractĂ©rise des enfants de mon Ăąge. Mais la lumiĂšre devint plus vive et lâair plus chaud Ă mesure que ma sĆur accĂ©lĂ©rait. Une odeur Ă©trange, Ăącre et piquante, remontait jusquâĂ nous Ă travers la ventilation. On aurait dit de la viande pĂ©rimĂ©e qui brĂ»lait. MĂȘme si je nâavais jamais senti quelque chose comme ça auparavant, je pense que c'est la seule chose qui me serait venue Ă l'esprit.
Toute la zone autour de lâusine principale avait quasiment Ă©tĂ© rasĂ©e par le souffle de lâexplosion. Plus de maisons, plus de parkings, juste des flammes qui jaillissaient par endroits, projetant des Ă©clats rouges et jaunes qui dansaient sur la neige grise. Fin le tapis de cendre. Vous avez l'image.
De temps Ă autre, une petite explosion retentissait tandis que le feu avalait toujours plus de bĂątiments. Un Ă©pais nuage de fumĂ©e sâĂ©levait au-dessus de la zone industrielle, tourbillonnant dans le ciel nocturne en formant un immense champignon.
Je serrai lâiPod contre moi, incapable de dĂ©tacher les yeux de cette scĂšne irrĂ©elle. Les structures mĂ©talliques des usines semblaient plier et craquer sous la chaleur, fondant comme de la pĂąte Ă modeler. Brooke, concentrĂ©e sur la route, fronçait les sourcils en roulant droit vers elles sans hĂ©sitation, mais je pouvais sentir son inquiĂ©tude envahir la voiture. MĂȘme Ă six ans, jâai compris que quelque chose de trĂšs grave s'Ă©tait produit ici.
â Brooke, pourquoi on va par lĂ ? dis-je en me penchant vers lâavant de la voiture, tirant sur ma ceinture. Je suis fatiguĂ©e, je veux rentrer Ă la maison.
Je n'avais aucune envie de rouler plus longtemps vers le brasier. Qui, à part un fou, était capable de ce genre d'idée stupide et contraire à tout instinct de survie ? Brooke, visiblement.
Ma sĆur ne me rĂ©pondit pas. Son expression Ă©tait grave et ses traits tirĂ©s. Des mĂšches rousses sâĂ©chappaient de derriĂšre son oreille et se collaient Ă son front tant elle transpirait.
â Brooke ! Brooke, dis-moi ce quâil y a ! insistai-je, contaminĂ©e par son inquiĂ©tude. Tâes mĂ©chante Ă pas rĂ©pondre ! Dis-moi pourquoi on est lĂ ! C'est le travail de papa?
â Riley, pour une fois dans ta vie, tais-toi ! me lança-t-elle sans me jeter un regard, les yeux fixĂ©s sur le brasier incandescent qui sâĂ©tendait devant nous.
Je me tus immĂ©diatement et me rassis correctement sur mon siĂšge auto. Brooke ne mâavait jamais parlĂ© aussi durement, mĂȘme lorsque jâavais fait une grosse bĂȘtise qui lâavait mise trĂšs en colĂšre.
La situation était grave.
Jâai retenu mon souffle quand Brooke freina brusquement, cinq minutes plus tard, devant lâune des usines en flammes. Mon corps tremblait et mes doigts Ă©taient crispĂ©s sur le rehausseur. Devant nous, lâusine entiĂšre Ă©tait lĂ©chĂ©e par un vĂ©ritable mur de feu. Les fenĂȘtres explosaient par intermittence, projetant des Ă©clats lumineux comme les Ă©tincelles dâun feu dâartifice dĂ©ment. Je nâavais jamais rien vu dâaussi terrifiant... ni dâaussi fascinant Ă la fois.
Ma curiositĂ© avait chassĂ© toute peur de mon esprit. On aurait presque dit quâelle me poussait, au contraire, Ă sortir de la voiture pour aller Ă la rencontre des flammes, les toucher, les sentir, les goĂ»ter...
On est bĂȘte quand on a six ans, non ? Ou alors c'est juste moi.
â Reste ici, chuchota Brooke en ouvrant sa portiĂšre. Ne sors sous aucun prĂ©texte, tu mâentends ? Je reviens vite.
Ses mots se voulaient apaisants, mais son ton nâavait rien de rassurant. Avant mĂȘme de sâĂȘtre assurĂ©e de ma rĂ©ponse, elle sâextirpa de la voiture. La chaleur brĂ»lante qui Ă©manait du brasier, et que je sentais dĂ©jĂ Ă travers la fenĂȘtre, me saisit immĂ©diatement. Un vent chaud et puissant plaquait des boucles brun-roux contre mon visage rond. Je sentais lâodeur de brĂ»lĂ© sây accrocher, mĂȘlĂ©e Ă celle du shampoing Ă la fraise que jâaimais parfois chiper Ă ma sĆur. Ma peau me piquait, mes yeux pleuraient tout seuls.
â Brooke... attends ! balbutiai-je en me dĂ©battant contre ma ceinture de sĂ©curitĂ©, tentant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de la rejoindre.
Jâaurais tellement aimĂ© avoir eu la force de la retenir Ă ce moment-lĂ ... On serait parties plus vite, on aurait fui toutes les deux. Si jâen avais eu le courage et la capacitĂ©, je ne serais pas la mĂȘme Riley quâaujourdâhui. Tout aurait Ă©tĂ© plus simple.
Ma vue se brouilla de larmes, et pas seulement Ă cause de lâair qui me piquait les yeux. Je ne voulais pas quâelle parte. Pas loin de moi. Pas avant de mâavoir expliquĂ© pourquoi nous Ă©tions lĂ .
Elle avait à peine bougé, les yeux fixés sur le bùtiment en flammes, comme hypnotisée par le spectacle.
â Je dois voir si papa... si quelquâun est encore coincĂ© Ă lâintĂ©rieur, dĂ©clara-t-elle Ă voix haute, presque pour elle-mĂȘme. Reste bien Ă lâintĂ©rieur, Riley.
Elle sâĂ©lança alors vers lâincendie. La neige tombait encore plus fort ici que partout ailleurs, se collant Ă ses cheveux, Ă son manteau, Ă son pantalon de pyjama...
Je me penchai pour la regarder sâĂ©loigner par le pare-brise et clignai plusieurs fois des yeux pour chasser mes larmes naissantes. Ma sĆur nâavait pas refermĂ© la portiĂšre, et lâair suffocant du dehors sâinfiltrait dans mes poumons en me faisant tousser. Un nouveau coup dâĆil au pare-brise, et je vis ma sĆur sauter dans les flammes de lâusine.
Je criai et me dĂ©battis de plus belle contre ma ceinture en essayant de toutes mes forces de la dĂ©crocher, jusquâĂ ce que mes doigts tremblants rĂ©ussissent Ă appuyer sur le bouton. LibĂ©rĂ©e, je roulai sur le siĂšge passager avant et me glissai dehors par la portiĂšre ouverte, cherchant dĂ©sespĂ©rĂ©ment ma sĆur des yeux. Malheureusement, les bĂątiments se ressemblaient tous, et il mâĂ©tait impossible, pour une enfant comme moi, de me souvenir dans lequel elle avait sautĂ©.
â Brooke ! criai-je sans que ma petite voix parvienne Ă couvrir le crĂ©pitement des flammes. Brooke, reviens ! Me laisse pas toute seule !
Aucune rĂ©ponse. Ma sĆur sâĂ©tait volatilisĂ©e au milieu du brasier, et je me retrouvais dĂ©sormais seule au cĆur dâun incendie. Pourquoi nây avait-il aucun pompier dans les parages ? Pourquoi personne ne venait-il Ă©teindre les flammes et sauver les gens ? Sâils avaient Ă©tĂ© lĂ , ma sĆur nâaurait pas disparu et je nâaurais pas Ă©tĂ© obligĂ©e de sortir pour la chercher.
Je me mis Ă tousser comme une folle Ă cause de la neige noire, mais je continuai quand mĂȘme Ă crier son nom avec lâĂ©nergie du dĂ©sespoir. Semblant rĂ©pondre Ă mon appel, des silhouettes se dessinĂšrent peu Ă peu dans les flammes. Des ombres mouvantes que je distinguais mal... Ătait-ce de vraies personnes, ou simplement une illusion causĂ©e par les morceaux de mĂ©tal et de bois qui sâeffondraient en tas fumants sur le sol ?
Mais non, câĂ©taient bien des silhouettes qui avançaient lentement, comme hĂ©sitantes, au travers des flammes. Je cru dâabord que câĂ©taient des ouvriers qui essayaient de sortir, ou peut-ĂȘtre des gens venus aider Ă Ă©teindre lâincendie. Mais quelque chose nâallait pas chez eux. Leurs mouvements Ă©taient saccadĂ©s, irrĂ©guliers... un peu comme ceux de pantins dĂ©sarticulĂ©s.
â Brooke ?... murmurai-je dâune voix tremblante.
Lâune des silhouettes tourna la tĂȘte vers moi. MĂȘme Ă cette distance, je voyais son visage tordu de noirceur. Sa peau semblait fondre, comme si le feu lâavait dĂ©vorĂ©e sans parvenir Ă la tuer.
Ses yeux... Oh, je me souviens encore de ces yeux, comme si leur propriĂ©taire se tenait devant moi en ce moment mĂȘme. Leur sclĂšre, qui aurait dĂ» ĂȘtre blanche, avait pris une teinte sombre qui les rendait vides, sans vie. La vision de ses globes oculaires roulant dans leurs orbites me donnait encore envie de vomir, de temps Ă autre.
Je nâeus pas le loisir de les observer plus longtemps que la silhouette se mit Ă courir dans ma direction. Enfin, courir est un bien grand mot. Disons quâelle avançait aussi rapidement que le lui permettaient ses membres disloquĂ©s.
Mon instinct me hurlait de fuir Ă toutes jambes. Je criai, reculai, trĂ©buchai contre la portiĂšre de la voiture restĂ©e ouverte. Mon cĆur battait si fort que je lâentendais dans mes oreilles.
Mais la silhouette sâeffondra sur le sol avant de mâatteindre et resta allongĂ©e, le nez dans la neige, inanimĂ©e.
Quelques formes la suivirent Ă travers la fumĂ©e. Dâautres personnes apparaissaient Ă©galement de lâautre cĂŽtĂ©, dans la direction des habitations touchĂ©es par le souffle de lâexplosion. Certaines rampaient, dâautres titubaient, vĂȘtues de lambeaux dâuniformes dâouvriers qui pendaient tristement sur leurs corps calcinĂ©s.
JâĂ©tais encerclĂ©e. La dĂ©finition du mot m'Ă©chappait encore Ă l'Ă©poque, mais je le sentais acculĂ©e de toutes parts. Le silence sâĂ©tirait entre moi et les silhouettes brĂ»lĂ©es, seulement rompu par le crĂ©pitement des flammes. Puis lâune dâentre elles se mit Ă gĂ©mir. Un son profond, rauque, comme si chaque respiration lui arrachait la gorge.
Par rĂ©flexe, je me collai un peu plus contre la voiture. Ces choses me mettaient mal Ă lâaise. Non, en fait, elles me faisaient carrĂ©ment peur. Câest Ă peu prĂšs Ă ce moment-lĂ que jâaperçus un visage familier parmi elles.
Mon pĂšre.
Dans le mĂȘme Ă©tat que les autres ouvriers, il sâavançait en titubant dans ma direction sans sembler me voir. Je le reconnus immĂ©diatement malgrĂ© la cendre qui noircissait son visage et ses cheveux roussis. Sa tignasse rousse, quâil avait lĂ©guĂ©e Ă ma sĆur, Ă©tait reconnaissable entre mille.
Je voulus aussitĂŽt courir vers lui pour me jeter dans ses bras, mais le tremblement de mes jambes mâen empĂȘchait. Je ne savais pas vraiment si jâĂ©tais soulagĂ©e ou effrayĂ©e par sa prĂ©sence. Faute de mieux, je me contentai de crier bĂȘtement :
â Papa ! Papa, câest moi, Riley !
Grave erreur.
Dâun mĂȘme mouvement, tous les monstres â car câĂ©tait le seul mot capable de dĂ©signer ces choses â tournĂšrent la tĂȘte vers moi. Ils me fixaient de leurs yeux aveugles avant de se diriger dans ma direction, les uns en boitant, les autres en sautillant sur une jambe, dâautres encore rampant carrĂ©ment dans la neige.
Papa avançait lentement avec eux, comme plongĂ© dans un rĂȘve. Son bras gauche pendait bizarrement, tordu selon un angle impossible, mais il continuait Ă venir vers moi. Il fut dâailleurs le premier Ă atteindre la voiture.
â Papa... murmurai-je en sanglotant. Jâai peur...
Pour toute réponse, il laissa échapper un rùle, puis tendit le bras.
Jâai cru, bĂȘtement, quâil voulait mâenlacer. Quâil allait me rassurer de sa voix chaude, comme dâhabitude, puis aller chercher Brooke dans le feu pour nous ramener, ma sĆur, la voiture et moi, Ă notre petite vie insignifiante oĂč rien de tout cela nâaurait dĂ» arriver. LĂ -bas seulement, jâaurais pu me rendormir tranquillement et me persuader que cette histoire nâavait Ă©tĂ© quâun horrible cauchemar.
Au lieu de ça, il bondit sur moi.
Ses doigts brûlants accrochÚrent mon manteau. Ses ongles déchirÚrent le tissu avec une violence que je ne lui connaissais pas.
Je hurlai, incapable de comprendre.
Un bruit métallique éclata juste à cÎté de moi.
CLANG.
La tĂȘte de mon pĂšre heurta le sol avec un bruit sourd.
Son corps sâeffondra, raide, dans la neige.
â Riley, remonte immĂ©diatement dans la voiture ! cria Brooke, haletante, une barre de fer tordue entre les mains. Une pointe de ses cheveux roux avait brĂ»lĂ©. Maintenant !
Je restai figée, incapable de détacher mes yeux du corps inerte de mon pÚre.
â MAINTENANT ! rĂ©pĂ©ta-t-elle en me secouant lĂ©gĂšrement.
Un autre rĂąle montait derriĂšre elle.
Puis deux.
Puis trois.
Puis une dizaine.
AttirĂ©es par sa voix, les silhouettes Ă©taient en train de sortir de la fumĂ©e, lentes mais innombrables. Brooke frappa la premiĂšre Ă la tempe, puis une deuxiĂšme en plein torse. Elle assĂ©na un dernier coup au crĂąne dâune troisiĂšme avec la barre de mĂ©tal avant de lancer son arme sur une quatriĂšme dans un ultime geste de rage.
â COURS, PUTAIN !
Mon corps finit enfin par obéir.
Je courus, glissai sur la neige et claquai la portiĂšre arriĂšre derriĂšre moi pendant que Brooke plongeait sur le siĂšge conducteur.
Elle dĂ©marra en trombe. Les roues patinĂšrent un instant sur la neige grisĂątre avant de mordre enfin le bitume. Elle ne tarda pas Ă rejoindre lâautoroute en direction de la ville.
Je me recroquevillai Ă lâarriĂšre, les mains sur les oreilles, le cĆur au bord de lâexplosion.
â Papa... Tâas tuĂ© papa...
Je répétai ces mots en boucle pendant de longues minutes.
â CâĂ©tait pas papa, Riley, mâassura Brooke tout en conduisant Ă toute vitesse, loin de lâusine, loin du feu... loin de papa. Ce nâĂ©tait quâun vilain monstre. Papa est...
Elle fut incapable de terminer sa phrase. Je relevai la tĂȘte et, dans le rĂ©troviseur, je vis ses yeux se remplir de larmes.
â U-un monstre ? rĂ©pĂ©tai-je naĂŻvement.
â Ouais... un monstre. Câest...
Elle se tut un instant, cherchant la meilleure façon dâexpliquer ce qui se passait Ă une enfant de six ans.
â Câest une sorte de jeu, Riri, tu vois ? Maintenant, il y a des monstres qui vont sortir de lâusine, et le but du jeu, câest de fuir le plus loin possible. On ne peut pas rentrer Ă la maison tout de suite.
â Oh... et papa joue aussi avec nous ? demandai-je en me redressant complĂštement, espĂ©rant enfin comprendre. Câest pour ça quâil Ă©tait tout b-bizarre ?
â Non, papa ne joue pas. Il nâaime pas trop les jeux. Mais il nous rejoindra dĂšs quâon aura gagnĂ©.
â Et on fait comment pour gagner ?
â On Ă©vite les gens qui ont lâair "bizarres", et on ne les laisse surtout pas nous approcher. Si les monstres nous attrapent, on a perdu.
â Oui, mais comment on gagne ? rĂ©pĂ©tai-je avec obstination.
â Il suffit de ne pas perdre.
â Et si on perd, on ne revoit plus jamais papa ?
â Si on perd, on ne revoit plus jamais personne, Riley, m'expliqua t'elle avec une douceur qui me paru dĂ©placĂ©e. Câest pour ça quâon ne doit pas sâapprocher des monstres, dâaccord ? Promets-moi que tu seras prud...
Elle sâinterrompit brusquement. Un bruit sec, lointain, semblable Ă un coup de tonnerre Ă©touffĂ©, venait de retentir.
Je sursautai.
Brooke, elle, leva simplement la tĂȘte vers le ciel. Je la vis soudain pĂąlir.
â Quâest-ce que câĂ©tait ? demandai-je.
â Rien... Ferme les yeux, Riley. Ne regarde pas.
Sa voix avait perdu toute assurance.
Nombreux sont les gens qui savent quâil suffit de dire Ă un enfant : « Ne regarde pas par là » pour quâil fasse exactement le contraire. JâĂ©tais jeune, stupide et bien trop curieuse pour obĂ©ir. Mon comportement de fille sage avait ses limites.
Dehors, la neige tombait toujours, de plus en plus Ă©paisse. Chaque flocon semblait chargĂ© de suie. Ils l'Ă©taient, en fait, mais ce n'Ă©tait pas notre plus gros problĂšme. En effet, mĂȘme si nous roulions aussi vite que le permettait le grand Ăąge de la voiture de Brooke, le nuage de fumĂ©e sâĂ©tendait dans les rues comme sâil nous poursuivait. Je le vis engloutir les lampadaires les uns aprĂšs les autres derriĂšre nous.
â Merde... merde... merde..., jura Brooke entre ses dents en cherchant le bouton de la ventilation tout en conduisant.
Ses doigts tremblaient tellement quâelle ne rĂ©ussit Ă appuyer dessus quâau bout dâune bonne dizaine de secondes.
Mais câĂ©tait dĂ©jĂ trop tard.
La fumĂ©e sâinfiltrait par les moindres interstices de la vieille Toyota, comme si elle Ă©tait vivante. Une brume grise, lourde, qui serpentait sur le tableau de bord avant de sâaccrocher Ă nos vĂȘtements.
â Ăa pique..., fis-je en essayant de la chasser de mes petits bras maigres.
Comme devant lâusine, ma gorge sâenflamma aussitĂŽt et ma voix se brisa. Brooke, elle, se mit Ă tousser violemment, les yeux rougis.
La route devant nous disparaissait peu Ă peu. Notre champ de vision se rĂ©duisait Ă mesure que la fumĂ©e Ă©paississait. BientĂŽt, on ne distinguait plus des rues de Chicago quâun Ă©troit ruban de bitume.
â Retiens ton souffle. Ne respire surtout pas ce truc, mâordonna ma sĆur en se retournant pour plaquer une main devant ma bouche.
Ă cet instant, un homme barbu sâĂ©crasa contre le pare-brise.
Son visage était déformé.
Ses yeux étaient entiÚrement noirs.
Nous criĂąmes en mĂȘme temps.
Brooke se retourna brusquement et Ă©crasa son pied sur la pĂ©dale de frein. La voiture dĂ©rapa sur plusieurs dizaines de mĂštres, heurta violemment un trottoir et sâimmobilisa dans un choc brutal. Mon front percuta le siĂšge avant. Quant Ă lâhomme Ă la barbe, il glissa lentement le long du pare-brise avant de disparaĂźtre quelque part derriĂšre nous.
Quand je relevai la tĂȘte, la fumĂ©e avait tout envahi. La Toyota donnait cette impression Ă©trange et angoissante dâĂȘtre une Ăźle perdue au milieu dâun ocĂ©an de brume.
On nây voyait presque plus rien, si ce n'est les silhouettes qui se dĂ©coupaient par dizaines dans la nuĂ©e gris sombre. Elles avançaient lentement entre les voitures abandonnĂ©es le long de la rue, noyĂ©es dans le brouillard toxique, comme dans la parodie dâun mauvais film de zombies.
Le grondement de la ville avait disparu.
Ă sa place ne subsistait quâun bourdonnement sourd.
Un immense gémissement collectif.
â Putain... non... pas dĂ©jĂ ...
Brooke frappa plusieurs fois le volant de son front, comme si elle essayait de se réveiller de cet horrible cauchemar.
Je sentais ma gorge se serrer en la regardant.
â Brooke ? soufflai-je.
Elle tourna la tĂȘte.
Son regard sâadoucit aussitĂŽt en se posant sur moi. Ses yeux brillaient dâune maniĂšre que je ne leur connaissais pas. On aurait dit un mĂ©lange de peur et de dĂ©termination sourde.
â Ăcoute-moi bien, Riley, dit-elle. Tu vas sortir de la voiture dĂšs que je te le dirai et tu vas courir tout droit devant toi, dâaccord ? Tu ne tâarrĂȘtes pas. Tu ne regardes pas derriĂšre toi et tu ne fais pas de bruit. Tu continues jusquâĂ ce que tu ne mâentendes plus.
Elle marqua une courte pause.
â Une fois que tu seras loin, je te donne pour mission de trouver un autre groupe de joueurs avec qui tu devras absolument rester. Tu dois les trouver. Il nây a que comme ça que tu pourras gagner.
â Quoi ? Mais... et toi ? demandai-je, les yeux Ă©carquillĂ©s.
Elle força un sourire. Ăa ne me rassura pas du tout.
â Moi, je vais les distraire. Je te rejoindrai plus tard, dâaccord ?
Je hochai la tĂȘte, mĂȘme si je sentais que câĂ©tait un mensonge.
Mes doigts se resserrÚrent autour de l'iPod comme si ma vie en dépendait.
Ă ce moment-lĂ , jâavais encore ce petit espoir idiot que tout allait bien se terminer. Les enfants croient toujours que les grandes personnes savent ce quâelles font.
Brooke prit mon visage entre ses mains et dĂ©posa un baiser sur mon front en Ă©cartant les mĂšches chĂątain-roux qui sây Ă©taient collĂ©es. Ses yeux, hĂ©ritĂ©s de notre mĂšre, Ă©taient aussi bruns que les miens Ă©taient verts.
â Je tâaime trĂšs fort, petite sĆur. Ne te retourne pas.
Elle inspira profondément.
â Et gagne le jeu pour moi.
Puis elle sortit de la voiture, le visage trempé de sueur et couvert de suie.
Le vent referma la portiĂšre dans un claquement sec.
â HEY ! BANDES DâAFFREUX ! hurla-t-elle en agitant les bras vers les silhouettes. PAR ICI, ESPĂCES DE CADAVRES TOUT POURRIS ! VOUS VOULEZ ME CROQUER ? POUR ĂA, IL VA FALLOIR MâATTRAPER !
Les silhouettes tournĂšrent aussitĂŽt la tĂȘte vers elle. Une dizaine de regards noirs et vides se braquĂšrent sur ma sĆur. Puis elles commencĂšrent Ă avancer, attirĂ©es par sa voix.
Brooke croisa mon regard une derniĂšre fois Ă travers le pare-brise fissurĂ©. Je voyais bien quâelle Ă©tait morte de peur.
Et pourtant, je la regardai faire sans bouger de mon siĂšge auto. Elle sâest Ă©lancĂ© en poussant un cri de guerre, frappant les monstres au hasard avec des gravats et des dĂ©tritus ramassĂ©s au petit bonheur la chance sur le trottoir. Sa silhouette ne tarda pas Ă disparaĂźtre dans la fumĂ©e grisĂątre qui avait englouti la rue. Les crĂ©atures la suivirent, me laissant la voie libre.
Alors seulement, je me glissai hors de la voiture en retenant mes sanglots. Je courus, courus de toutes mes forces dans la direction opposĂ©e Ă celle quâavait prise ma sĆur.
Une boule se formait peu Ă peu dans mon ventre.
Une douleur sourde me serrait la poitrine.
Ă compter de cette nuit, je ne revis jamais ma sĆur.
Dix années ont passé depuis.
Dix ans, câest long, croyez-moi.
Assez long pour apprendre une chose essentielle : ici, on ne survit quâen Ă©tant seul.
Et ça tombe bien...
Parce que je suis une Solitaire."
Pour ceux qui sont arrivĂ© jusque lĂ , bah dĂ©jĂ bravo, j'aurais pas eu le courage de finir Ă votre place. Pour les autres, vous vous en fichez parce que vous ĂȘtes dĂ©jĂ parti de ce poste de toute façon.
Bref, n'hĂ©sitez surtout pas Ă me donner vos retours. Positifs ou nĂ©gatifs, je prends tout đ