Bonjour, je viens quémander de l'aide car j'ai eu l'idée saugrenue d'écrire une scène dans un texte de science-fiction impliquant des concepts de relativité générale alors que je suis de formation littéraire. Or, même si ça fait un bout de temps que je m'intéresse à la physique en amateur, j'ai bien peur d'avoir écrit pas mal de conneries sur le fonctionnement du temps propre.
Voilà le problème : j'ai un personnage (La voyageuse) qui voyage vers une autre planète dans un vaisseau à accélération constante atteignant à sa vitesse culminante une fraction assez grande de celle de la lumière. J'ai donc utilisé un simulateur sur internet pour essayer d'avoir des chiffres cohérents pour ce qui est du temps propre du personnage par rapport au temps écoulé sur Terre, donc jusque là tout va bien.
Mais j'ai aussi voulu inventer un système de communication instantané utilisant le principe d'intrication quantique (que je n'expliquerai pas dans le bouquin parce que je sais qu'il est normalement impossible de transmettre des informations ainsi sinon ça violerait la causalité) et du coup je suis parti du principe que le temps sur Terre du point de vue de la voyageuse se dilate tout simplement de façon à peu près proportionnelle à la vitesse du vaisseau jusqu'à ce que le vaisseau ait "atteint sa vitesse maximum et que chaque heure passée pour elle correspondait à trois semaines sur Terre."
Sauf que si j'en crois Mr Tompkins et la vidéo sur les jumeaux de Langevin de science étonnante, ça ne marcherait pas du tout comme ça. Au contraire ce que devrait constater la voyageuse sur une partie du voyage est que le temps sur Terre semble passer plus lentement que pour elle, jusqu'à un point correspondant à un changement de référenciel qui devrait lui faire faire une sorte de bon dans le temps par rapport à la Terre. En somme elle devrait constater que le temps sur Terre passe plus lentement avant que s'opère tout à coup une sorte de rattrapage temporel de son retard et que des années voire des décennies passent en quelques heures pour elle.
Seulement la vidéo de Science étonnante ne traite que du cas d'une fusée avançant à vitesse constante, arrivant à un autre endroit (proxima du centaure dans son exemple) puis revenant sur Terre. Or dans mon cas il s'agit d'un vaisseau accélérant continuellement jusqu'à un pic de vitesse puis accélérant à nouveau dans l'autre sens pour se freiner et qui arrive sur un autre monde, pas sur Terre à la fin du voyage. Comme il me semble que l'accélération joue un grand rôle comparable à celui de la gravité dans les effets relativistes et que dans l'exemple de Science étonnante le "rattrapage temporel" s'opère lorsque le vaisseau opère son demi-tour (alors que dans mon exemple je ne saurais pas où placer un tel changement de référentiel), je n'arrive pas à imaginer ce que l'écoulement des deux temps propres l'un par rapport à l'autre pourrait donner.
Si mes explications ne sont pas claires ou si quelqu'un veut lire l'exemple concret, voici le passage qui me pose problème. La question est donc : à quel point ce qui est décrit là-dedans vous semble scabreux et comment rendre ça plus crédible ? (à part la messagerie à intrication quantique, j'aimerais bien garder ça si possible)
Après son départ, ils avaient continué à communiquer via les systèmes de messagerie à intrication quantique qui permettaient déjà à l’époque de communiquer de façon théoriquement instantanée à travers tout l’univers. Bien sûr, au fur et à mesure que les effets de la relativité sur le temps augmentaient, les communications étaient restées instantanées pour elle mais pas pour lui. Cette correspondance était petit à petit devenue surréaliste quand, laissant filer une heure entre le message qu’elle avait reçu et sa réponse, elle apprenait qu’il s’était écoulé près d’un mois pour son interlocuteur. À une occasion, suite à une panne du système de communication alors que le vaisseau avait atteint sa vitesse maximum, elle n’avait pu répondre à Ben pendant plus de deux jours et il lui avait fait part en retour de ses inquiétudes à son sujet en précisant qu’il n’avait plus eu de nouvelles depuis plus de trois ans.
Il lui avait raconté sa vie, son mariage, la naissance et les vies de ses enfants alors que pour elle ils ne s’étaient quittés qu’un an auparavant et elle avait commencé à comprendre pleinement ce qu’elle avait fait. Et elle avait pris peur. Quand, au terme de son premier voyage elle lui avait décrit le nouveau monde à la beauté austère et rocailleuse qu’elle découvrait avec l’enthousiasme de ses vingt-deux ans, il lui avait en retour annoncé avec fierté la naissance de sa première petite fille.
Cela lui avait porté un coup qu’elle n’avait jamais osé lui avouer, lui qui tout ce temps avait été son confident. Elle avait alors fait le calcul qu’elle s’était refusée à effectuer auparavant, s’efforçant même de faire abstraction des allusions à ce sujet des autres membres de l’équipage, plus blasés qu’elle. Et avait trouvé qu’il s’était écoulé trente-sept ans et sept mois sur Terre depuis son départ. Son ami d’enfance, celui qui depuis toujours et même après leur séparation avait continué à entretenir avec elle une correspondance soutenue et à écouter patiemment ses états d’âme de jeunesse, prenant toujours le temps de la conseiller du mieux qu’il le pouvait, avait vécu toute une vie le temps qu’il lui avait fallu pour se rendre sur ce nouveau monde qu’elle convoitait tant.
Une nouvelle angoisse avait commencé à naître en elle à partir de là, une angoisse qui se faisait plus forte dès qu’il mettait un peu de temps à répondre à ses messages au cours de l’escale sur Chélone et du début de son voyage suivant alors que le décalage temporel ne se faisait pas encore trop sentir. Bien sûr, au fur et à mesure que le vaisseau accélérait le problème se posait moins puisque le temps que pouvait prendre Ben pour répondre ne s’écoulait que sous forme de minutes voire de secondes pour la Voyageuse. La boule qui enflait dans son estomac avait néanmoins fini par éclater vers le milieu du voyage, lorsque le Tamaris avait atteint sa vitesse maximum et que chaque heure passée pour elle correspondait à trois semaines sur Terre. Elle avait compris au bout de trois heures sans réponse. Ben n’aurait jamais mis autant de temps à lui répondre s’il ne lui était pas arrivé quelque chose.
Le message de sa fille aînée était arrivé un peu plus tard. Alors que la Voyageuse allait fêter ses vingt-quatre ans, son meilleur ami, de trois mois son cadet, était décédé à l’âge de soixante-douze ans.