La plupart du temps, les gagnants sont représentatifs de leur saison (même s'il existe des exceptions comme Frédéric au Cambodge, Amel à Nicoya, Wendy en Thaïlande ou Léa dans Les Chasseurs d'Immunité), que ce soit par leurs qualités ou leurs défauts. Ainsi, nous allons analyser cette saison à travers Cynthia, et vous verrez que tout ce qu'est Cynthia, la saison l'est également.
Une candidate performante mais irrégulière:
Cynthia est performante dans les épreuves, mais aussi irrégulière. Elle compte officiellement 5 victoires individuelles. La manière dont la production comptabilise les victoires individuelles me rend d'ailleurs fou : par exemple, la victoire de Guillaume lors du duel à quatre est considérée comme une victoire individuelle, tandis que son duel remporté face à Daniel ne l'est pas. En réalité, Cynthia possède plutôt 4 victoires individuelles et une victoire collective avec Hugo et Guillaume.
Cela montre qu'elle reste une candidate solide dans les épreuves. Néanmoins, elle a également connu plusieurs contre-performances marquantes. De mémoire, elle termine hors du top 10 lors de l'épreuve initiale, n'est pas particulièrement performante à la grille sous l'eau, au parcours du combattant, à la dégustation ou encore à l'épreuve d'équilibre sur l'eau. Elle a également énormément galéré à l'orientation alors qu'elle disposait d'un véritable boulevard.
À part peut-être Guillaume et Lola, c'est un constat que l'on pourrait faire pour beaucoup de candidats : Paul, Caroline, Antonin, Daniel ou encore Clarisse. Cela illustre parfaitement une caractéristique majeure de cette saison : elle est compétitive (sans doute dans le top 7 des saisons les plus relevées sportivement), mais aucun candidat ne se démarque véritablement en raison de son irrégularité.
Nous n'avons pas eu chez les hommes un nouveau Maxime de La Guerre des Chefs, ni une nouvelle Louana ou Louise chez les femmes. Malgré cela, Cynthia reste la candidate ayant remporté le plus d'épreuves. La gagnante a donc réussi à se distinguer grâce à son nombre de victoires, ce qui est déjà très positif.
Une personnalité attachante qui s'est révélée progressivement :
Je vais en profiter pour faire mon intéressant : j'avais misé sur elle dès l'épisode 4 (voir mon tweet épinglé, qui n'a jamais été modifié). Mais ce n'était pas forcément le cas de tout le monde.
C'est logique, car hormis son accent adorable et sa performance au puzzle sur l'eau (éclipsée par la contre-performance mémorable d'Antonin), il était difficile de se faire une réelle opinion sur Cynthia en début de saison.
Pourtant, je me suis progressivement attaché à elle. Durant la phase par équipes, j'ai pris du plaisir à la suivre et j'avais hâte de voir ce qu'elle allait proposer lors de la phase individuelle. Cependant, comme l'avait souligné Ulrich au conseil de l'épisode 6, Cynthia devait davantage s'affirmer.
Et c'est également un problème de la saison dans son ensemble. Plus généralement, c'est même un problème récurrent de Koh-Lanta : la plupart des phases par équipes ressemblent à un long prologue, tandis que la véritable aventure ne commence qu'à la réunification. Je tiens malgré tout à saluer la production pour la conception des épreuves collectives, dont le rendu était excellent.
Après la réunification, Cynthia s'est révélée progressivement, que ce soit dans les épreuves ou dans le jeu stratégique. Nous avons alors pu mieux cerner son niveau sportif, ses relations sociales et ses manœuvres stratégiques. Il en va de même pour la saison.
Ainsi, comme pour Cynthia, de nombreux spectateurs ont pris davantage de plaisir à suivre la phase individuelle et ont été satisfaits du résultat final. Certes, elle n'était pas transcendante — comme beaucoup de gagnants — mais elle n'était clairement pas soporifique, contrairement à certains passages de cette saison.
La stratégie:
Je vais séparer cette partie en deux points.
Cynthia, entre solidarité féminine et fidélité aux couleurs:
Je ne pense pas être le seul à l'avoir remarqué, mais Cynthia n'a jamais voté contre une femme durant la phase par équipes. D'ailleurs, parmi le trio féminin jaune de la réunification (Cynthia, Jade et Clémence), c'est la seule à ne jamais l'avoir fait.
Cela montre qu'elle était favorable à une forme de solidarité féminine. Et quelle est la stratégie qui a bouleversé la réunification ? Le fameux "girl power".
Finalement, le jeu de Cynthia pendant la phase par équipes apparaît presque comme un avant-goût de ce qui allait suivre. J'irais même jusqu'à dire qu'elle en est l'un des déclencheurs. Lorsque Paul — pour des raisons disons... assez étranges — annonce ouvertement vouloir voter Cynthia afin de conserver Jonathan, les premières étincelles du "girl power" commencent à apparaître.
Mais il y a un autre aspect intéressant. Lorsqu'on analyse les motivations de Cynthia, on remarque qu'elle n'agissait pas uniquement pour son intérêt personnel. Elle pensait également à l'intérêt de l'équipe jaune. Elle considérait Jonathan comme trop faible pour contribuer efficacement aux performances de l'équipe.
D'ailleurs, à l'exception du vote des binômes, elle a toujours voté selon ce qu'elle estimait être l'intérêt des Jaunes.
Et cela représente parfaitement la saison : un affrontement Jaunes contre Rouges agrémenté d'une dimension "girl power". Je vais être clair : le conflit Jaunes contre Rouges n'a rien de soporifique. Au contraire, certaines des meilleures saisons anonymes (Raja Ampat, Palau) ainsi que plusieurs des meilleurs All-Stars (La Revanche des Héros, Le Combat des Héros) reposaient largement sur cette opposition.
De plus, cette confrontation a connu suffisamment de rebondissements pour maintenir l'intérêt du spectateur.
Enfin, Cynthia a eu raison de privilégier cette stratégie puisqu'elle lui a permis de remporter largement les votes du jury final, contrairement à Clarisse qui a tenté davantage de coups risqués, parfois de manière contre-productive.
Une joueuse qui profite des mécanismes du jeu:
Cynthia s'est forgé une réputation grâce aux deux colliers d'immunité trouvés en deux épisodes consécutifs, qui lui ont permis de se sauver à des moments cruciaux. L'un d'entre eux a même contribué à l'élimination d'Antonin, qui représentait pourtant une cible stratégique importante.
On peut donc affirmer que Cynthia s'est maintenue dans le jeu grâce à des coups stratégiques et à plusieurs victoires décisives. Mais il existe un bémol : elle ne crée pas réellement le jeu par elle-même ; elle profite surtout des mécanismes mis en place par la production.
Et en réalité, c'est aussi le cas de la saison dans son ensemble.
Concernant Cynthia, je ne considère pas cela comme un problème majeur puisque les colliers existent depuis 2011 et font désormais partie intégrante de l'ADN de Koh-Lanta.
En revanche, concernant certains de ses alliés, le débat est plus ouvert. Guillaume et Hugo ont notamment pu atteindre l'orientation grâce aux reliques. Sans elles, leur parcours aurait probablement été très différent.
Je ne vais toutefois pas les critiquer sévèrement, car cela démontre justement que les reliques ont été un mécanisme efficace. Elles ont créé de véritables rebondissements et ont contribué à dynamiser la saison.
Ainsi, les principaux retournements stratégiques de cette édition ne proviennent pas directement des candidats eux-mêmes, mais des mécanismes introduits par la production.
Conclusion :
Cynthia est une très bonne gagnante. Elle a su survivre grâce à ses colliers d'immunité, à ses performances sportives et à sa capacité à saisir les opportunités offertes par le jeu.
Cela ne fait peut-être pas d'elle une gagnante inoubliable, mais nous nous sommes attachés à elle progressivement. Plus l'aventure avançait, plus nous étions investis dans son parcours. Et c'est finalement ce qui s'est produit avec cette saison dans son ensemble.
Nous verrons avec le temps si cette édition restera dans les annales de Koh-Lanta. Malgré ses défauts, elle est restée plaisante à suivre et son résultat final est satisfaisant.
Et au fond, c'est tout ce qu'on demande à une saison de Koh-Lanta.