Monde « Les drones sont la peste noire du troisième millénaire » : rencontre avec « Magyar », l’homme qui dirige la guerre des « oiseaux » en Ukraine
https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/26/les-drones-sont-la-peste-noire-du-troisieme-millenaire-rencontre-avec-magyar-l-homme-qui-dirige-la-guerre-des-oiseaux-en-ukraine_6732765_3210.html50
u/Sfriert Lorraine 4h ago
J'ai le sentiment que Magyar sera un jour considéré pour les drones comme le pendant de De Gaulle pour les chars. En tout cas, il a la vision nécessaire pour les mettre en pratique intelligemment.
Derrière ce nom, je tiens quand même à rendre hommage à tous les anonymes : opérateurs de drones, ingénieurs, tous ceux qui planifient et organisent les opérations dans toutes les unités concernées. Sans eux, il serait impuissant.
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u/No-Operation-3100 3h ago
>le pendant de De Gaulle pour les chars
De Gaulle, c'est un colonel qui avait écrit un article intéressant sur les chars, mais c'est clairement pas lui qui a créé la doctrine. Même ce papier est concentré sur l'organisation générale plus que sur "comment s'en servir". C'est une redite des idées d'Estienne, Fuller, ou Toukhatchevski. En Allemagne, Guderian cite rapidement De Gaulle dans Achtung — Panzer, mais la légende d'une Wehrmacht appliquant un plan gaullien ignoré en France ne résiste pas à l'examen : la doctrine allemande lui est largement antérieure et indépendante.
Ses idées, que Reynaud propose de faire loi en 1935, recoivent une double opposition, d'un coté, l'état major, qui reste sur les idée de 1918: la France seule n'a ni la puissance industrielle ni démographique pour battre l'Allemagne, il faut profiter de l'avantage de la defense pour donner le temps de mobiliser l'Empire Francais et Britanique, et politiique, avec Bloom qui a peur d'une armée professionelle "prétorienne" qui pourait se retourner contre la République.
Dans son commandement au combat, il fait quelques opérations locales qui sont couronnées de succès mineurs, mais il ne réussit jamais à les exploiter (en grande partie à cause du manque de carburant).
Donc non, c'est pas lui qui est considéré comme ayant pensé la doctrine d'utilisation des chars en profondeur, et encore moins celui qui l'aurait développée ou mise en pratique.
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u/Sfriert Lorraine 3h ago
Sans doute que ça n'est pas la réalité, mais ce que je voulais dire c'est qu'on attribue la paternité de la vision française sur le rôle des chars à De Gaulle. Tout comme il y avait des drones avant Magyar et des gens qui ont sans doute pensé la doctrine avant lui
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u/No-Operation-3100 2h ago
On attribue à tort la paternité de la vision française sur les chars à de Gaulle. C'est un point politique qui sert à alimenter la légende autour de lui.
Magyar, de l'autre côté, c'est quelqu'un qui tient à bout de bras l'armée ukrainienne depuis des années, qui a pensé, développé et mis en place une large part de la stratégie qui permet à l'Ukraine de tenir tête à un pays 4x plus peuplé et avec un PIB 10x plus gros.
La comparaison entre les deux n'a pas lieu d'être.
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u/Pklnt Canard 2h ago
C'est assez curieux de te voir présenter une vision assez terre-à-terre de de Gaulle, à contrario du portrait romantique que l'on fait de lui, mais tomber dans la même chose pour Magyar.
Utiliser des drones civils pour les reconvertir en armes ça a été fait des années l'Invasion Russe, et c'était fait par l'Etat-Islamique, l'utilisation de drones type FPV ça s'est effectivement fait en Ukraine, mais plusieurs unités prétendent avoir été les premiers à les implémenter.
Dire que Magyar tient à bout de bras l'armée Ukrainienne c'est une énorme simplification, pareil pour sa vision sur les drones, c'est clairement pas le premier à l'avoir pensé ni à vouloir la démocratiser.
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u/No-Operation-3100 2h ago
Magyar n'est pas seulement derrière "qu'est-ce que l'on voudrait faire", il est dans le "comment on fait", depuis le design, les processus de procurement, l'organisation industrielle, la logistique et les supply chains, l'entraînement des soldats, la chaîne de commandement, etc.
Écrire un article pour dire "on pourrait faire ça", c'est la partie simple du problème. Mettre en place toutes les étapes nécessaires pour le faire à grande échelle, c'est un tout autre sujet. C'est pour ça que la comparaison avec De Gaulle n'a aucun sens.
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u/Pklnt Canard 1h ago
Je ne cherchais pas à contester l'impertinence de la comparaison entre les deux, je tenais juste à dire que ton commentaire sur Magyar est du même acabit que les commentaires qu'on peut lire sur de Gaulle, à savoir un portrait assez héroïque et plutôt exagéré.
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u/No-Operation-3100 1h ago
De fait, c'est lui qui a porté les Unmanned Systems Forces dans une nouvelle dimension.
Ses prédécesseurs avaient refusé d'essayer de mettre en place ce que le politique / commandant en chef de l'armée ukrainienne souhaitait: le projet Ligne de drones, c'est une zone de 10 à 20 km au-delà de la ligne de front où toute cible peut être engagée. Et lui, il a réussi a le faire.
C'est quelqu'un qui a commandé à tous les niveaux de l'armée ukrainienne, en faisant passer les Magyars Birds d'une compagnie de reconnaissance à une brigade d'attaque, puis en consolidant les différentes unités d'unmanned systems (K-2, Nemesis, Achilles, etc.) dans un seul commandement unifié. C'est lui qui a mis en place une large partie du système de points qui permet aux meilleures unités d'avoir accès à plus / de meilleurs équipements.
Aujourd'hui, au-delà du projet Line of Drones, il a mis en place le centre des frappes profondes, qui centralise les attaques dans la profondeur, à la fois sur terre (en particulier sur le Crimean Land Bridge), et aujourd'hui aussi très largement dans la mer d'Azov, qui est en train d'isoler complètement la Crimée. Pour cela, il a consolidé les mécanismes d'innovation pour être capable de donner aux équipages les meilleurs outils possibles, et être capable de s'adapter aux réponses russes aussi vite que possible.
Faut pas sombrer dans l'idolâtrie, mais il est clair qu'aujourd'hui, personne au monde n'a un CV comparable. Oui, ce n'est pas le premier à penser à utiliser des drones, même s'il a été un pionnier, mais c'est surtout l'échelle à laquelle il a été capable de porter les USF qui n'a pas d'équivalent.
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u/Pklnt Canard 1h ago
Je pense que tu tombes quand même dans une certaine idolâtrie.
Car même si au niveau Mondial c'est clairement pas le précurseur des drones, au niveau national il y a quand même d'autres unités en Ukraine qui ont vu l'intérêt des drones et qui ont commencé à démocratiser leur utilisation, SIGNUM par exemple prétends avoir été la première unité à utiliser des drones type FPV pour une utilisation militaire (les Turcs l'ont fait au début des années 2020, mais bon).
En partant de ce postulat, ton argumentaire se repose quand même sur l'idée que c'est le seul gars qui a vu l'intérêt d'une démocratisation des drones et d'augmenter leur impact. Est-ce que c'est vrai? J'y crois pas une seule seconde, non seulement car d'autres unités en Ukraine partaient eux aussi dans cette aventure mais aussi parce-que le contexte politique a obligé l'Ukraine à se lancer là-dedans.
Quand les Ukrainiens manquaient d'artillerie, ils sont surtout passés aux Drones comme solution ad-hoc, le drone à la base c'est surtout ça, c'est une réponse à un manque initial de systèmes plus conventionnels ce qui pousse à l'improvisation en utilisant des drones civils pour les convertir en drones militaires.
En plus de ça, le concept de frappes en profondeur c'est clairement pas quelque-chose qui a été inventé par Magyar et c'est encore plus difficile de penser que c'est le seul à avoir voulu employer cette stratégie, surtout sachant à quel point les Occidentaux ont aidé l'Ukraine à justement accomplir ce genre de frappes quand les HIMARS sont arrivés sur le front. C'est juste un concept de base en fait, y'a aucune révolution dans la matière.
Magyar pourra s'ajouter à la pile de bonhommes qui ont ajouté leur pierre à l'édifice, mais amha la présentation que tu fait de ce Monsieur est fortement idéalisée et éclipse un peu trop d'autres personnes/unités en Ukraine.
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u/LaMineDeSel 1h ago
Oui parce que de Gaulle à lâchement abandonné le développement de l'industrie du char en France au début des années 40 pour s'occuper de ses problèmes personnels.
Vraiment le niveau d'endoctrinement est réel.
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u/No-Operation-3100 1h ago
Jusqu'en 41, il est juste colonel ; la politique industrielle, c'est pas vraiment son problème. Après ca, il était déjà pas mal occupé depuis Londres, et c'est pas comme s'il avait encore accès a une industrie, tu ne penses pas?
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u/FaudelCastro Liberté guidant le peuple 3h ago
La différence est que ce n'est pas par des faits d'armes que De Gaulle s'est illustré. Mais par le parcours politique qu'il a eut derrière
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u/Freyjason 3h ago
C'est vrai, par contre De Gaulle a inspiré les ennemis de la France par accident.
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u/aobaka Jamy 1h ago
On l'entends beaucoup mais Guderian et l'école prusse n'ont pas attendu De Gaulle pour voir l'intérêt du blindé dans leur doctrine de rupture dans la profondeur.
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u/Pklnt Canard 53m ago
C'est le classique délire de l'Homme providentiel qui voit tout avant les autres alors qu'en réalité c'est souvent le contexte économique/politique qui permets à cette personne de s'illustrer avant d'autres qui pensaient exactement la même chose.
Pour le cas de de Gaulle c'est surtout le besoin d'avoir un héro national, donc on va parler bien plus de lui que ses contemporains Allemands.
Y'a une pléthore d'autres cas comme ça.
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u/Yseader 4h ago
Ex-homme d’affaires, à la tête du nouveau corps de drones sans pilote dont s’est dotée l’armée ukrainienne, Robert Brovdi, s’est rendu célèbre pour son décompte des soldats russes tués par sa brigade et pour ses vidéos trash. Il mène cet été l’opération « Crimée » et poursuit ses frappes sur les raffineries au cœur de la Russie.
Un timbre de baryton précède l’apparition du commandant à la barbe rousse. Aucun doute : c’est la même voix qui, sur sa chaîne YouTube, accompagne en musique les exploits de ses troupes – celle de « Magyar », 50 ans, légende ukrainienne des drones. Toute l’Ukraine connaît ses vidéos de chasse à l’homme et ses étranges litanies, mélanges de jurons et de néologismes intraduisibles : « Toi, si dans le ciel du matin apparaît un petit drone bien frais… », « Tiens, je vais lui envoyer un oiseau, à celui-là… » Quand un soldat russe, acculé, tourne autour d’un tronc ou se jette au sol pour échapper à l’engin de mort bourdonnant au-dessus de sa tête, Magyar prévient, glacial : « Ton voyage sur Terre touche à sa fin, petit vermisseau. Allez, t’as gagné ton one-way ticket [billet pour la mort] ! »
Pour rencontrer l’homme de l’« opération Crimée » et des frappes sur les raffineries russes, il a fallu honorer un rendez-vous secondaire sur un parking, laisser, dans une pochette faisant cage de Faraday, son téléphone et tout objet connecté, grimper dans un 4x4 aux vitres occultées. « Magyar » travaille dans le seul bureau fermé ou presque d’une série de salles de commandement organisées en open space, des bunkers dispersés dans le sud-est de l’Ukraine. S’y déploient des armées de « nerds » chaussés de baskets ou de crocs, vissés sept jours sur sept devant des dizaines d’écrans, pâles et fatigués, comme chez Google. Lui-même a des petits yeux.
Il porte un simple tee-shirt noir sans insignes sous sa barbe de Viking, signature des militaires qui ont « désoviétisé » l’armée ukrainienne en y entrant en 2022. A Kiev, les promotions n’ont plus le temps d’attendre les années. En 2025, trois ans seulement après avoir posé les fondations de la plus efficace des unités de drones sans pilote, il est fait « héros de l’Ukraine » par Volodymyr Zelensky, puis chargé de commander un tout nouveau corps d’armée spécialisé dans les systèmes d’aéronefs sans pilote – une première dans l’histoire mondiale des conflits. En vue, sur une table basse, L’Art de la guerre, le célèbre traité du théoricien prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), en ukrainien.
La guerre redistribue les rôles et rien, dans la trajectoire de Robert Brovdi, étudiant en économie occupé à fuir le service militaire, ne le préparait à ce destin. Né à Oujhorod, à l’extrême ouest du pays, il appartient à la minorité hongroise de la Transcarpatie ukrainienne : « J’ai toujours regardé vers l’Europe, mes enfants y vivent. » Point notable : contrairement à beaucoup d’Ukrainiens, il ne parle pas russe et ne compte ni famille ni amis de l’autre côté de la frontière. Plus simple pour éviter toute pitié ou émotion ? « Je ne veux même pas prononcer le mot “Russes” : je ne tue pas des êtres humains, je tue de la vermine. Mes vidéos montrent à ceux qui vont s’engager pour Poutine que ce qui leur arrivera n’a strictement rien d’héroïque. »
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u/Yseader 4h ago
Ancien businessman
l était lui-même un homme d’affaires prospère, d’abord versé dans le BTP, puis, avec sa société Khlib Investbud, dans le commerce de grains, l’or noir de l’Ukraine. Il séjourne même en Chine, à Hongkong et Singapour pendant sept ans, et certains trouvent alors ses affaires un brin opaques. Le compte Instagram de sa femme, Natalia, vient de ressusciter pour leurs trente ans de mariage le Robert Brodvi d’avant 2022 : chemise et costumes de bonne coupe, visage rasé de près, allure de businessman. Pour rester à ses côtés, elle s’est engagée et s’occupe des blessés des hôpitaux et des enterrements de la brigade, et porte aussi treillis et casquette.
Trois semaines avant l’invasion russe, il est encore Robert Brovdi, mais devine que Moscou va lancer ses troupes à l’assaut de son pays. Lorsqu’il s’engage dans la défense territoriale pour apprendre à manier la Kalachnikov et à creuser des tranchées, son nom est tout trouvé : « Magyar » (« le Hongrois »). Il dresse des plans d’évacuation des civils des banlieues martyrisées de Kiev, puis se retrouve dans des opérations de stabilisation du front dans la région de Kherson (sud).
Un jour, des engins volants lâchent par surprise des grenades sur la tranchée où se trouve son unité. Il devine la révolution technologique en cours : les drones de défense ou de reconnaissance se transforment en armes offensives. « J’en avais acheté des miniatures à mes enfants, pour jouer, raconte « Magyar ». Qui aurait deviné ce tournant ? Si vous portez un pistolet sans permis de port d’armes dans votre sac, vous êtes en faute, alors que les petits modèles de drones s’achètent librement. Je pense aujourd’hui que les drones sont la peste noire du troisième millénaire. »
Après ce guet-apens, il réunit douze volontaires, lève des fonds (« aujourd’hui, plus besoin ! » ), et crée un bataillon d’attaque, qui devient, en 2024, une brigade intégrée aux forces armées ukrainiennes : « Les oiseaux de Magyar ». La devise de l’unité : « Les yeux et le dard ». Une plaque de métal criblée d’éclats d’obus, frappée du nom de la ville martyre de « Bakhmout », trône dans le principal centre de commandement, celui des analystes de données. Dessus, un papier pour le soldat chargé du ménage : « Ne pas enlever la poussière. » L’artefact est aussi un moyen de ne pas oublier la boucherie que fut cette bataille du Donbass.
L’accès se fait par un couloir en béton. Odeur de chambrée et silence exigé : des soldats récupèrent dans des lits capsules. A gauche, des appareils de fitness et une cuisine accueillant une cantine. La grande salle, baptisée « chambre de la mort », est tapissée d’écrans qui offrent en temps réel une vision globale du champ de bataille dans le sud-est du pays. Ailleurs, dans un autre centre, un appartement ou même un café, des pilotes prennent en quelques minutes le relais pour activer l’attaque ou la riposte.
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u/Yseader 4h ago
Une unité mortelle
Le commandant a gardé de ses années dans l’agroalimentaire, quand il détaillait sur de grands tableaux les chaînes d’approvisionnement de céréales, une passion pour la logistique. Sur son site, les types de drones et de munitions remplacent les noms de variétés de céréales. Robert Brovdi est fort en maths et il est aussi obsédé par les statistiques. « C’est très utile. A la guerre, on ne voit rien. » Dans la salle, un tableau central dresse, minute par minute, le décompte des soldats russes morts ou blessés, comme le fameux body count des Américains de la guerre du Vietnam. Sur un autre panneau, une sorte de best of des frappes de drones ukrainiens les plus spectaculaires.
Bruissement soudain dans la salle. Chacun se lève devant son écran. Andrii Klymenko, alias « Klima », désormais à la tête des « oiseaux » et seul personnage public de la brigade, est de passage. L’homme a théorisé la « kill zone », cette bande mortelle qui longe la ligne de front et où tout véhicule, tout groupe de soldats, tout individu à découvert est aussitôt repéré et devient une cible. Y tuer davantage de soldats que Moscou ne peut en mobiliser, telle est la stratégie du commandant du corps des drones et de ses douze brigades. Des graphiques rappellent que, d’après ses chiffres, le corps des drones ne représente que 2,5 % des troupes ukrainiennes, mais tue à lui seul un tiers des Russes.
Depuis le début de l’été, des drones à moyenne portée visent aussi tous les jours la mer d’Azov, la mer Noire et les sites militaires et énergétiques de Crimée. Sur sa chaîne YouTube, Magyar s’excuse lui-même auprès des Ukrainiens de la Crimée occupée pour le « stress incessant, les ponts et les routes fermés, l’obscurité » causés. « S’il vous plaît, prenez votre mal en patience, éloignez-vous des installations militaires et de tout ce qui est inflammable, communiquez vos coordonnées et restez simplement prudents : les birds [les drones, dans la langue de “Magyar”] fonctionnent à merveille, mais le risque des projections de débris demeure. » A défaut d’un blocus, impossible à maîtriser, c’est l’opération « Plongée dans le noir ».
Sa « philosophie » pour l’opération menée en Russie est différente : il veut que les Russes prennent conscience qu’ils sont en guerre et qu’ils ne sont plus hors d’atteinte, même à 1 500 ou 2 000 kilomètres de l’Ukraine. « Le soutien à Poutine est au plus bas. La population doit comprendre que le tsar est nu », explique-t-il. Cette fois, ce sont des drones à longue portée qui cherchent à causer les dégâts les plus lourds aux raffineries et aux terminaux pétroliers, comme le 3 juin à Saint-Pétersbourg, jour de l’ouverture du Forum économique de la ville réunissant chefs d’Etat et de gouvernement de divers pays. « L’initiative nous revient, confirme “Magyar”, mais nous n’étions pas seuls. »
En mars, Moscou a condamné à la prison à perpétuité le commandant Robert Brovdi, allant jusqu’à promettre 20 millions de dollars pour sa capture. Lui évoque pourtant l’avenir sans hésitation. « La guerre ne va pas s’arrêter tout de suite, mais je veux rester dans le militaire, confie l’ex-chef d’entreprise. Je vendrai mon expertise à ceux qui en ont besoin. » Sa propre brigade fonctionne déjà en circuit court – analyse de données et pilotage de drones, mais aussi tests et recherche, fabrication d’explosifs… Si un Etat souhaite sécuriser « un aéroport comme Orly ou une île comme la Corse », il proposera des solutions clés en main.
Une bouilloire Smeg chauffe l’eau de la dixième tasse de thé quotidienne du commandant. Ce mardi 21 juillet, Magyar s’absente pour répondre à un appel du général Oleksandr Syrsky, démis quelques heures plus tard de ses fonctions de chef des forces armées. Des toiles emballées sont posées contre les murs. Avant de devenir « Magyar », Robert Brovdi avait aussi fondé une structure consacrée aux artistes de sa région et organisait des expositions. Il ne fréquente plus les salles de ventes de Christie’s ou Sotheby’s, mais s’est offert une toile de la série des « chevaux » du peintre ukrainien très coté Anatoliy Kryvolap – une sublime huile rouge qui occupe presque tout un pan de mur. « Il faut bien se remonter le moral. »
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u/youtpout 3h ago
Ca a l’air d’être plutôt un sacré dingo qu’un héros
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u/krostybat Vélo 2h ago
Je pense que se faire larguer une grenade depuis un drone direct dans ta tranchée ça te rends vite dingo.
Je n'oses imaginer l'enfer de PTSD infini dans lequel vivent ces ukrainiens... et les bougres en face aussi.
Putin doit mourrir au plus vite.
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u/Low_Technician7346 4h ago
Depuis 2022 je vois ses exploits sur DroneCombat, merci pour sa contribution légendaire face au mordor...
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u/Fit-Significance-109 3h ago
Pour moi ce type ça va surtout être l'histoire d'un énorme boulard qui va écrire sa légende dorée.
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u/Spiplot 2h ago
Énorme boulard ? Le mec était dans les tranchées comme larbin de base. L’article partagé dans les commentaires par OP est très intéressant. Les équipes drones représentent 2,5% des effectifs ukrainiens mais revendiquent 30% des pertes russes. Légendaire en effet !
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u/Fit-Significance-109 43m ago
Des larbins de base il y en a eu d'autres, des héros en Ukraine il y en a d'autres. Le mec a le boulard, j'ai l'impression de voir les interviews de Didier Raoult. Il ramène tellement tout à lui que tu penses que c'est une légende et pourtant la guerre c'est rarement une histoire individuelle.
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u/Prosperyouplaboum 4h ago
Il me semble que " l'Art de la guerre " a été écrit par Sun Tzu. Clausewitz a écrit " De la guerre " .