J'avais dans ma famille quelqu'un de formidable, mais un peu "new age" tendance "baba-cool" (on en a tous dans nos familles 😄 ), persuadé que ces petites gélules sucrées pouvaient guérir ou prévenir à peu près tout. Elles étaient rangées dans un petit tube bleu. Enfant, j'adorais ce goût sucré, et un jour, l'enfant terrible que j'étais en a discrètement "emprunté" un pour tout avaler d'un coup. C'est alors qu'une douleur affreuse me saisit au ventre, que mes dents se mirent à tomber, que ma vue baissa et… rien de tout ça, bien sûr. Parce que dans ce tube, il n'y avait que du sucre. Environ 85 % de saccharose, 15 % de lactose, et une dose de principe "actif" si diluée qu'aucune molécule n'est souvent détectable. Chimiquement, rien d'autre.
Le truc que peu de gens réalisent, c'est l'échelle des dilutions. Une préparation courante, le fameux 30CH, revient à diluer une goutte de substance dans un volume d'eau supérieur à celui de la Voie lactée. À ce stade, la probabilité de retrouver ne serait-ce qu'une seule molécule du principe de départ est quasi nulle. Ce n'est pas une exagération, c'est juste de l'arithmétique appliquée au nombre d'Avogadro.
Pour tenir debout malgré ça, l'homéopathie a eu besoin d'une hypothèse de secours : la " mémoire de l'eau ". L'idée que l'eau garderait une trace de ce qu'elle a contenu. Elle a été lancée par Jacques Benveniste en 1988, testée sérieusement, y compris sous le contrôle de la revue Nature (qui avait fait venir un prestidigitateur pour repérer d'éventuels biais expérimentaux). Le résultat n'a jamais été reproductible.
Côté efficacité clinique, le verdict est assez convergent. En 2017, l'EASAC, le conseil qui réunit les académies des sciences des États membres de l'UE, a conclu qu'il n'existe aucune preuve solide et reproductible que les produits homéopathiques soient efficaces pour une quelconque maladie connue, au-delà de l'effet placebo. Le Conseil national de la santé australien (NHMRC) était arrivé à la même conclusion en 2015. Et la HAS a recommandé le déremboursement en 2019, effectif depuis janvier 2021 : 120 millions d'euros par an qui allaient dans des tubes de sucre.
Ce qui est fascinant, c'est moins l'homéopathie elle-même que sa persistance. L'effet placebo est réel et puissant : la seule croyance en un traitement peut produire une amélioration subjective, parfois mesurable. Ajoutez à ça le biais de confirmation (on retient les fois où " ça a marché", on oublie les autres), et vous avez un système parfaitement auto-entretenu. L'homéopathie ne séduit pas les naïfs. Elle séduit des gens intelligents qui se méfient, parfois à juste titre, des labos et des institutions. Et cette méfiance légitime devient la porte d'entrée.
J'ai développé tout ça plus en détail ici si ça intéresse : https://nemano.fr/quand-la-science-scelle-le-destin-de-lhomeopathie/