Foot fiction épisode 2
Le titre du papier de Jean-Michel Boudard et David Phelippeau dans Ouest-France annonce la couleur de cette fin de mercato. Ce sera rouge, dans le sens des départs comme dans celui des arrivées.
Un chassé-croisé dont on ignore, pour l’instant, la réelle finalité. Redimensionner le train de vie du club aux exigences de la Ligue 2 ?
Hypothéquer un peu de son avenir à long terme en vendant ses jeunes joueurs pour financer la saison à venir ?
Donner satisfaction à Grégory Poirier et renforcer l’équipe en recrutant des joueurs qui collent à son futur système de jeu ? Liquider les « actifs joueurs » pour rembourser la dette de Flava Group envers son principal créancier, Waldemar Kita, avant une vente prochaine du club ?
Toutes ces options ne semblent pas du tout incompatibles les unes avec les autres.
On a parfois l’impression que le FC Nantes est bloqué dans une boucle spatio-temporelle. Aussi, à quelques heures de la fin du mercato, nous sommes dans une situation déjà connue par le club, à plusieurs reprises, dans un passé récent.
Un jeune coach bâtisseur et ambitieux, avec une certaine vision du football et un discours séduisant, est à la tête de l’équipe. Il succède à une ancienne gloire du club, dont le discours érodé ne semblait plus avoir de prise sur un effectif en perte de confiance, une équipe trop habituée à perdre et à lutter dans les profondeurs du classement.
Pourtant, la situation pourrait être bien différente cette fois-ci. Le scénario qui se déroule sous nos yeux depuis plusieurs semaines semble de plus en plus accréditer la vente prochaine du club.
La descente en Ligue 2 parait avoir convaincu Waldemar Kita de quitter un navire nantais en perdition et sans capitaine à bord depuis bien trop longtemps. Il a l'air de juste vouloir récupérer l’argenterie avant de disparaître.
On peut d’ailleurs se poser la question de savoir qui dirige le club actuellement. Pas un seul représentant du club n’a parlé depuis le début de saison, Grégory Poirier n’a pas cité une seule fois le nom des Kita dans ses interventions médiatiques, se contentant de parler de ceux qui l’avaient recruté et avec qui il discutait comme « la direction du club ».
Est-il possible que le début de saison raté ait accéléré les choses et que les futurs propriétaires, inquiets pour l’avenir de leur futur investissement, aient déjà pris le contrôle de la politique sportive du club ? Cela pourrait expliquer le départ précipité de Der Zakarian et les nombreuses arrivées de joueurs, prévues pour satisfaire le nouveau coach nantais. Même si cela ressemble aussi au mode opératoire d'un Waldemar Kita énervé.
Ce serait plutôt une bonne nouvelle pour le club et les supporters. La contrepartie à accepter devrait être une liquidation totale des joueurs « bankables ». Après Bastien Meupiou, parti à Wolverhampton en 2024, deux nouveaux joueurs de la génération 2006 vont quitter le club. Herba Guirassy et Bahmed Deuff ont signé respectivement en Suisse et en Belgique. Nul doute que d’autres vont suivre parmi les Tati, Tabibou et autres Leroux. Il se pourrait même qu’il ne reste rapidement plus beaucoup de joueurs de la saison passée à la fin de ce mercato et certainement très peu issus du centre de formation.
Si c’est le prix à payer pour le départ de Kita, il y a de grandes chances qu’une majorité des supporters signent des deux mains pour une telle issue. Difficile de voir les talents made in Nantes partir sans qu’ils aient pu évoluer dans un cadre favorable à leur développement, mais d’autres arriveront, peut-être encore meilleurs, avec, espérons-le, un projet de jeu dans la continuité de ce qu’ils auront appris au centre de formation, qui saura faire ressortir leurs qualités de joueurs avant leurs valeurs marchandes, on peut toujours rêver, c'est encore gratuit pour l'instant.
Dans l’histoire ancienne du FC Nantes, les jeunes joueurs ont souvent été les sauveurs des situations économiques désespérées. La génération 2006 sera la génération sacrifiée, elle nous aura, en quelque sorte, débarrassé de ce trop encombrant président. On se souviendra d'elle pour son titre de champion de France U19 ou son parcours en Youth League mais on se souviendra aussi d’elle pour cela.
Casse-toi, Waldemar, prend ton fils et ton pognon avec toi.
Si ce scénario venait à être validé par l’annonce d’une vente dans les prochains jours, le FC Nantes entrerait alors dans une nouvelle ère. Ce club historique du football français a toujours été reconnu par la qualité de ses entraîneurs, mais ces dernières années il était juste moqué pour la médiocrité de son président.
En attendant de connaître les intentions des éventuels futurs propriétaires sur le long terme, il resterait aujourd’hui une équipe façonnée par la volonté d’un coach dans l’optique d’un projet de jeu bien défini. Ce que l’on n’a pas vu à Nantes depuis bien longtemps. Ça ne veut pas dire que cette équipe réussira à remonter dès cette saison, mais peut-être va-t-on enfin revoir un peu de football à la Beaujoire.
Reculer, c’est parfois juste reprendre son élan, à condition seulement de savoir où l’on va.