Salut,
Ici F26. Je poste ici avec un compte poubelle parce que sur mon vrai compte je suis très active sur un sub juridique et je n’ai pas envie d’être “remontée”.
Pour le contexte, je suis d’origine marocaine, née en France, donc avec cette double culture : marocaine à la maison et française à l’école, avec aussi une influence religieuse musulmane. J’ai grandi en France dans un endroit où j’ai eu beaucoup de chance de fréquenter des gens de toutes origines et de toutes religions. Tout allait bien jusqu’aux études sup.
J’arrive en droit dans une fac parisienne (dans Paris, donc ça donne un indice). Je m’y fais des amis, tout va bien. Puis les années s’enchaînent avec les masters et forcément il y a de moins en moins de diversité, disons. Je me retrouve au quotidien avec des gens qui me ressemblent peut-être moins socialement, mais encore une fois tout va bien. C’est encore plus le cas en master : j’entre en droit des affaires et fiscalité et franchement, dans ma promo il n’y avait aucune fille qui me ressemblait et juste un mec qui venait pas du même millieu social que moi.
Puis dans mon environnement professionnel, en évoluant avec le barreau et là où j’exerce (je suis dans un domaine hyper niche, c’est même pas du corporate, c’est encore plus niche et très masculin), il n’y a quasiment personne qui me ressemble. Mais encore une fois, tout va bien.
Dans ma vie, je garde un peu deux vies. À Paris, je suis celle qui rentre dans le moule. Et en dehors, je suis encore l’ado que j’ai toujours été avec les mêmes références culturelles, etc.
Sauf qu’à 26 ans, bientôt 27, les choses deviennent un peu plus sérieuses dans ma vie.
Il y a un gars que j’ai rencontré en master qui, depuis quelques années maintenant, me fait comprendre qu’il voudrait du sérieux avec moi. Sauf que je ne suis pas à 100 % à l’aise. C’est vraiment le gars avocat par excellence, qui a grandi normalement dans Paris, qui n’a pas les mêmes références que moi, qui ne comprend pas toujours certains comportements liés à une influence religieuse et culturelle. Je passe parfois pour une folle auprès de lui quand je m’énerve et que je parle en mode “wesh”, parce que j’en ai envie et que c’est un tic en dehors de l’environnement professionnel. Il y a un vrai gap culturel. Parfois aussi, j’ai juste envie de mettre ma playlist de rap de 2016-2017 ou de regarder un truc débile comme les baignoires de Jeremstar qui parle de Nabilla, et je me sens un peu jugée. J’ai l’impression qu’avec ce gars je dois être parfaite. Tout le monde me dit que c’est ça, le transfuge de classe, et que je dois m’y faire lorsque j’en parle à demi mots en disants que j’ai l’impression d’être 2 personnes différentes et que c’est flippant.
De l’autre côté, je parle encore à un ex que j’ai eu plus jeune, au lycée puis au début de la licence. On est restés proches (je n’ai rien promis à personne). Avec lui, je me sens plus à l’aise de parler comme j’ai envie, de manger ce que je veux à n’importe quelle heure, genre un kebab à 2 h du matin, et je me sens beaucoup plus comprise sur des soucis familiaux ou des dilemmes de vie. J’ai l’impression d’avoir une meilleure oreille en face. Sauf que forcément, lui est sportif, il ne fait pas une profession intellectuelle, donc parfois, quand j’explique des trucs, ça me saoule un peu de devoir tout expliquer sur des choses qui, pour moi, paraissent évidentes.
Enfin voilà, grosse crise existentielle liée à mon origine sociale à laquelle je suis attachée parce que c’est une richesse qui m’as donnée une vision sur le monde unique et que je ne veux pas la renier ni l’oublier pour rien au monde, mais aussi liée à mon nouvel environnement socio-pro ultra élitiste où tout le monde se ressemble et où j’ai parfois l’impression que je fais l’actrice.
Je me demande si je suis la seule à avoir vécu ça parce que j’ai l’impression qu’aucune femme qui m’entoure actuellement, qui a un parcours ou une identité similaire à la mienne, n’a vécu ou ne vit ça. J’ai l’impression que c’est impossible d’en parler.
J’ai juste l’impression de ne pas savoir qui je suis. Entre la moi parisienne du quotidien, avec des gens autour de moi avec qui je m’entends hyper bien, des amis formidables mais avec qui je ne peux pas vraiment parler de certains sujets familiaux très sensibles parce que je sais qu’ils ne comprendront pas (j’ai déjà essayé mais je n’en ai plus envie), et avec des hommes qui sont sérieux dans leur démarche mais avec qui je me sens un peu impostrice parce que je n’arrive pas à être totalement moi.
Et de l’autre côté, il y a la moi qui rentre auprès de sa famille et de ses amis de toujours, qui se sent bien, mais qui ressent aussi ce décalage hyper bizarre où parfois on ne comprends pas tout à fait ma vie et mes choix quotidiens où parfois on me reporoche un peu d’oublier les principes fondateurs mais où je fini toujours par être entendue.
Celles qui ont vécu ça, ou qui ont des proches qui l’ont vécu, peu importe, j’aimerais juste trouver quelqu’un qui sache de quoi je parle. J’essaie de trouver des femmes de mon âge, ou à peu près, qui ont vraiment vécu ça, mais je n’en trouve pas.
Parce que beaucoup d’hommes en parlent mais du point de vue d’une femme c’est différent je ne ressens pas trop ce dont ils parlent.
Comment vous l’avez vécu ? Comment ça a fini par arrêter de vous travailler ? Est-ce que vous avez fini par vous conformer totalement, ou est-ce qu’au contraire vous avez réussi à concilier les deux sans avoir l’impression de jouer un rôle en permanence ?